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MALI/ENLEVEMENT DE SOUMAÏLA CISSE : LE NEGOCIATEUR ENLEVE

Le 25 mars, le leader de l’opposition malienne et président de l’Union pour la République et le développement (URD), Soumaïla Cissé, a été enlevé, en même temps que des membres de sa délégation, eux, libérés. Il faisait alors campagne dans sa région natale de Niafunké, près de Tombouctou, dans le nord du pays, pour le premier tour des législatives tenu le dimanche 29 mars. Médiateur dans les négociations pour la libération de l’opposant, Amadou Kolossi, le maire de la commune de Koumaïra, est à son tour pris en otage.

Enlevé depuis le 25 mars dernier au cours de la campagne pour les législatives qu’il menait dans son fief, le chef de fil de l’opposition malienne, Soumaïla Cissé est toujours aux mains de ses ravisseurs. Les membres de sa délégation enlevés avec lui, environ une douzaine, ont été libérés quelques jours après. Quatre parmi eux ont été blessés et une personne décédée selon les informations relayées par les médias internationaux. Pour obtenir sa libération, son parti a monté une cellule de crise le lendemain, avant celle du gouvernement installée une semaine après l’enlèvement et après le premier tour des élections législatives, maintenues malgré cette disparition et le risque de la pandémie du Covid-19.

Amadou Oumar Kalossi, membre du même parti que Soumaïla Cissé, et maire de la commune de Koumaïra, située au sud de Tombouctou, conduit les négociations tente. Mais, selon les informations relayées par Jeune Afrique ce 10 avril, ce dernier est lui aussi devenu otage. Il serait retenu par des jihadistes de la Katiba Macina, un groupe armé apparu en 2015 au nord du Mali lors de la guerre qui y a sévi.

Le point des recherches

On ignore encore la date précise de l’enlèvement du médiateur. Mais mardi 7 avril, le ministre malien des Affaires étrangères, Tiébilé Dramé, a réclamé sa libération immédiate devant le Conseil de sécurité de l’ONU. Quant à Soumaïla Cissé, jusqu’à ce deuxième enlèvement, les négociations semblaient sur la bonne voie pour sa libération, selon les informations officielles, même si aucune preuve de vie n’a été donnée jusqu’à ce jour. .

Le jeudi 26 mars, vingt-quatre heures après l’enlèvement de leur leader, le responsable de la cellule de crise mise en place par son parti déclarait au micro de RFI que Soumaïla Cissé se porterait bien. « Nos représentants locaux, notamment ceux de Koumaïra, sont en relation avec tout le monde dans la zone. [Ils] certifient qu’il se porte bien. », rassurait-il. De son côté, le gouvernement indiquait que « Toutes les dispositions pratiques sont prises » pour le retrouver. La Mission de l’ONU au Mali, la Minusma, avait même fait décoller un avion pour participer aux recherches, quelques jours après l’enlèvement.

Selon RFI, il n’y a eu à ce jour aucune revendication pour ces deux enlèvements. « Soumaïla Cissé et Amadou Kalossi sont-ils ensemble ? Nous n’avons pas de réponse », explique Salifou Sanaogo, vice-président de l’URD au micro de cette radio.

Le jeudi 2 avril, le ministère malien de l’Administration territoriale a rendu public les résultats provisoires du premier tour des élections législatives. Sur dix-sept députés élus, le parti au pouvoir le Rassemblement pour le Mali (RPM) a obtenu huit sièges, contre trois pour l’Union pour la démocratie et la République (URD), parti de l’opposant enlevé, qui figure parmi ces députés élus dès le premier tour. Le second tour est prévu pour le dimanche 19 avril, alors que le pays est touché par le Covid-19 et que la situation sécuritaire ne s’est pas encore améliorée. Reste à savoir les revendications réelles des ravisseurs des deux otages et si ce deuxième enlèvement ne complique pas les négociations.

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Politique en Afrique : l’ivresse du pouvoir (2ème partie)

Yahya Jammeh a fini par céder face à la pression de la communauté internationale. Son successeur, Adama Barrow peut enfin entrer dans ses fonctions de président de la Gambie. Place à la réalité du pouvoir.

Alpha Condé et Adama Barrow face à leurs opposants

Elu en 2010, Alpha Condé a été réélu en 2015 pour ce qui doit être son dernier mandat selon la constitution actuellement en vigueur en Guinée, adoptée en 2010. Selon cette constitution, « en aucun cas, nul ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels, consécutifs ou non ». Sauf qu’entre-temps, Condé a décidé de rabattre les cartes dans son pays. En septembre 2019. Profitant d’un voyage à New York, il suggère l’organisation d’un référendum pour modifier la Constitution. En réaction, un important mouvement de contestation, le Mouvement FNDC, fédérant les principaux partis d’opposition (l’UFDG de Cellou Dalein Diallo et l’UFR de Sidya Touré) ainsi que les plus importantes organisations de la société civile, se dresse contre l’initiative présidentielle depuis des mois. Cependant, rien ne semble arrêter Alpha Condé dans sa volonté de réforme constitutionnelle. Pas même les dégâts humains et matériels des suites de la répression des manifestations. Le bilan est moins reluisant pour un « démocrate ». La revue de presse Afrique du 16 janvier 2020 sur RFI nous renseigne sur la situation du pays. « Les manifestations à l’appel du Front national pour la défense de la Constitution, collectif de partis, de syndicats et de membres de la société civile qui mène la protestation, ces manifestations ont été violemment réprimées (…). »

Des mouvements de colère sont nombreux sur le continent

Exemple, pointe le site guinéen Aminata, « à Ratoma, dans la banlieue de Conakry, où ont eu lieu « de graves exactions » sur les populations. À Koloma, des agents de services de sécurité sont accusés d’avoir mis le feu à des commerces. À Cosa, Wanidara et Bailobaya, des éléments des forces de l’ordre se seraient introduits dans des concessions pour renverser des marmites sur le feu et des repas. Plusieurs arrestations arbitraires ont été signalées, des vieilles personnes molestées. (…) L’image qui a le plus choquée, relève encore Aminira, est celle d’un enfant de moins de 10 ans dont la tête a été écrasée par des balles des forces de l’ordre, selon des voisins de la victime. Une version balayée d’un revers de main par le gouvernement. » Dans cette revue, il est rapporté que « la journée de mobilisation a fait deux morts, confirmés par les autorités (…). »

Voilà là un récit digne des régimes autoritaires que peu aurait imaginé sous le règne d’un président ayant souffert de la répression des libertés fondamentales et ayant dénoncé et combattu ces mêmes pratiques quand il était dans l’opposition.

En se portant candidat en 2016, Adama Barrow avait promis quitter le pouvoir après trois ans d’exercice. Mais, à échéance, le désir de finir un mandat de cinq ans l’a gagné. Position contre laquelle un collectif s’est créé. « Trois ans, ça suffit ! » demande au président Barrow de respecter sa promesse électorale de quitter le pouvoir au bout de trois ans ; l’échéance étant tombée le 19 janvier 2020. En réponse, signale Frédéric Couteau dans la revue de Presse Afrique sur RFI le 28 janvier 2020, « le gouvernement a lancé (…) une contre-attaque drastique pour éteindre le mouvement de contestation qui réclame [son] départ. Le collectif est interdit avec effet immédiat, 137 personnes ont été interpellées, soupçonnées de mener des actions subversives, dont 4 journalistes et 2 stations de radio ont été suspendues. »

Tant dans leurs pays respectifs qu’en dehors, les présidents Alpha Condé et Adama Barrow par leurs réactions aux manifestations légitimes de leurs populations. Poursuivant la Une de la presse africaine, Frédéric Couteau ajoute, en rapportant les interrogations du quotidien Aujourd’hui au Burkina : « Pourquoi celui-là même qui a battu par les urnes le tyran de Banjul se retrouve aujourd’hui contesté ? Si le retournement de la parole présidentielle explique en partie cette clameur de la rue, ça n’est pas la seule raison. (…) 22 ans durant, et sous la férule de Jammeh, les Gambiens n’avaient ni liberté, ni économie prospère. Actuellement cet existant n’a pas fondamentalement changé et on nage toujours en pleine choucroute en matière des droits de l’homme, malgré l’exhumation des crimes « yayamesques » et l’instauration de la commission vérité et réconciliation. »

Et comme pour rappeler des exemples de promesses non tenue sur le continent africain, le quotidien Le Pays toujours au Burkina Faso rétorque : « il est temps, en Afrique, que la politique réponde à une certaine éthique » : « les peuples ne sont pas toujours dupes ni amnésiques. Et Adama Barrow est en train de vivre l’expérience de la parole donnée, que certains de ses pairs, avant lui, se sont vus rappeler par leur peuple, à des degrés divers. Comme, par exemple, le président béninois, Patrice Talon, qui promettait de s’en tenir à un mandat unique, pour nettoyer les écuries de… Boni Yayi et qui n’est manifestement pas en train d’en prendre le chemin. Bien au contraire. Ou encore Macky Sall dont la promesse de réduire le mandat présidentiel de deux ans en commençant par appliquer ladite mesure à lui-même, semble aujourd’hui reléguée aux oubliettes, (…) »

Des mouvements réprimés avec violence parfois

Concernant Alpha Condé, le quotidien analyse « Le pays de Sékou Touré est en train de tanguer à cause du président Alpha Condé qui, contre vents et marées, tient à rester au pouvoir. (…) Depuis que l’opposition a officialisé son refus de prendre part aux élections législatives du 16 février prochain, il s’est radicalisé. (…) C’est à croire que la boulimie de pouvoir lui a fait perdre la tête au point de dresser un bûcher contre son pays. (…) »

En Guinée comme en Gambie, une accalmie semble s’observer. Mais, jusqu’à quand, vu la détermination des manifestants dans ces pays à faire entendre leur voix.

Dans sa parution n°3083 du 9 au 15 février, le magazine Jeune Afrique titre, parlant du président gambien : « Adama Barrow tombe le masque », avant de s’interroger « a-t-il pris goût au pouvoir ? » Question valable pour tous ces présidents, hier opposants, dont le régime semble être le prolongement des pratiques qu’ils reprochaient hier à leurs prédécesseurs quand ils étaient dans l’opposition. Le pouvoir enivre est-on tenté de penser.

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Politique en Afrique : L’ivresse du pouvoir (1ère partie)

Hier encore, ils étaient des irréductibles opposants, dénonçant avec force et vigueur ce qu’ils appellent les tares du régime qu’ils combattaient. Mais à leurs tours, des présidents de la république, anciens ou encore au pouvoir, se retrouvent eux aussi, au centre des critiques de leur opposition, concentrant sur leur régime les mêmes critiques que quand ils étaient opposants. Certains, au nom du maintien de l’ordre public, déploient l’armée et la police contre leur opposition avec parfois des scènes de répression rappelant le temps où ils étaient opposants. D’autres, envisageant des réformes constitutionnelles auxquelles ils tiennent à tout prix malgré les marches de protestation, et se taxent de vouloir régner à vie. Le pouvoir, une fois acquis, transforme ou monte à la tête, est-on tenté de dire.

Alpha Condé, actuel Président de la Guinée ; Adama Barrow, président de la Gambie. Ces deux-là, pour ne citer qu’eux, ont en commun d’avoir été des opposants aux régimes qu’ils ont défaits dans les urnes dans leurs pays respectifs.

Les opposants Condé et Barrow face aux présidents Conté et Jammeh

Dans un article intitulé « La Guinée depuis l’arrivée au pouvoir de Lansana Conté » et publié le 23 décembre 2008, au lendemain de son décès, le journal français La Dépêche, rappelle sur son site le parcours du prédécesseur d’Alpha Condé, actuel président de la Guinée. Le 3 avril 1984, une semaine après la mort de Sékou Touré, au pouvoir depuis 1958, un Comité militaire de redressement national (CMRN) prend le pouvoir en renversant le président intérimaire, Louis Lansana Beavogui et porte à sa tête le colonel Lansana Conté, qui devient alors chef de l’Etat. Le nouveau chef de l’État, explique Le Nouvel Observateur dans un portrait sur son site le 23 juin 2008, dénonce le régime de son prédécesseur Sékou Touré et s’engage à établir un régime démocratique, à sortir la Guinée de son isolement international et à exploiter les ressources naturelles. Il se pose en défenseur des droits de l’Homme en libérant 250 prisonniers politiques, encourageant ainsi le retour d’environ 200 000 Guinéens de l’exil. Ces actions d’éclat lui valent, quelques mois plus tard, sa nomination comme Secrétaire général du Parlement international pour la sécurité et la paix, une organisation intergouvernementale basée en Italie. Mais, cette embellie démocratique n’aura duré que neuf ans, sur les vingt-quatre qu’aura durés son règne. Dès 1993, le régime bascule.

Difficile pour les opposants d’hier de céder le pouvoir quand ils se retrouvent Président
Image: Esprit africain

Lors de l’élection présidentielle de 1993, Lansana Conté, candidat du Parti de l’unité et du progrès, est opposé à huit candidats, dont Alpha Condé. Le président sortant l’emporte dès le premier tour de scrutin avec 51,7 % des suffrages. Cette élection vivement contestée par les partis d’opposition à la suite de la décision de la Cour suprême d’annuler les résultats de deux préfectures où Condé avait obtenu plus de 90 % des voix finit de dévoiler un visage plus radical du régime Conté. Réélu avec 56,1 % des suffrages en 1998, il renoue peu à peu avec les pratiques autoritaires de Sékou Touré, son prédécesseur qu’il a dénoncé dès sa prise de pouvoir en 1984, en faisant notamment arrêter de nombreux opposants. Parmi les victimes des années Lansana Conté, figure l’actuel président de la Guinée, Alpha Condé.

Candidat à nouveau aux élections présidentielles de décembre 1998, Alpha Condé est arrêté et emprisonné avant la fin du scrutin. Il est maintenu en prison pendant plus de vingt mois avant que le gouvernement ne constitue une cour spéciale pour le juger. Son incarcération sans procès soulève un fort mouvement de protestation international. Amnesty International dénonce une violation des droits de l’homme et le Conseil de l’Union interparlementaire, une violation de l’immunité parlementaire dont Alpha Condé bénéficie en tant que député guinéen. Reggaeman engagé, l’ivoirien Tiken Jah Fakoly compose « Libérez Alpha Condé » qui est adopté par la jeunesse comme hymne à la gloire des martyrs et prisonniers politiques africains. Condamné en 2000 à cinq ans de prison pour « atteintes à l’autorité de l’État et à l’intégrité du territoire national », il est finalement libéré le 18 mai 2001, à la suite d’une grâce présidentielle, 28 mois après son arrestation et huit mois après son procès organisé par la « Cour de sûreté de l’État guinéen » qui était spécialement constituée à cet effet.

Changement de décor, mais situation similaire. En Gambie, Yahya Jammeh a régné pendant 22 ans en maître absolu et incontesté. Il accède le 22 juillet 1994 à la faveur d’un coup d’État qui renverse Dawda Jawara qui dirigeait le pays depuis l’indépendance. Il est élu une première fois le 29 septembre 1996, avant d’être réélu dès le premier tour de l’élection présidentielle du 18 octobre 2001 avec près de 53 % des suffrages. Après un troisième mandat en 2006, il obtient un quatrième mandat de cinq ans le 24 novembre 2011. Le dernier de son long règne entaché d’actes de violation des droits des humains.

Selon l’AFP dans un article paru le 31 mars 2012, avant les élections législatives de cette année-là, il menace « d’isoler » les régions où son parti ne remporterait pas le scrutin — menace qu’il avait prononcée et mise en application lors de précédentes élections.

Des mouvements de colère sont nombreux sur le continent

Jammeh est classé comme un prédateur de la liberté de la presse par l’organisation Reporters sans frontières, avec la promulgation de deux lois, en 2004 et 2005, restreignant cette liberté, ainsi que depuis l’assassinat en 2004 du journaliste opposant Deyda Hydara. Le 28 septembre 2009, il menace de mort les défenseurs des droits de l’homme lors d’un entretien à la télévision d’État, accusant ces derniers de vouloir « déstabiliser le pays », rapporte une dépêche de l’AFP du 21 septembre 2009. Le régime Jammeh est accusé d’assassinats des opposants. Le travail de la Commission vérité et réconciliation mise sur pied en décembre 2017 permet de faire la lumière sur son règne à la tête de la Gambie. En novembre 2016, il annonce qu’il se présente à l’élection présidentielle pour un cinquième mandat successif. Confronté à une opposition de plus en plus importante à l’intérieur de la Gambie, il est battu le 1er décembre par son opposant Adama Barrow, et reconnaît sa défaite dès le lendemain. Rétropédalage ! Une semaine après sa précédente déclaration, il conteste à la télévision nationale sa défaite et dénonce une erreur dans le comptage des voix par la Commission électorale indépendante, selon Le Monde dans un article publié en ligne le 10 décembre 2016.

Mais, face à la pression de la communauté internationale, il s’exile en Guinée Equatoriale.

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Musique : ANGÉLIQUE KIDJO la fierté des béninois et de l’Afrique

Originaire du Bénin, un pays situé entre le Togo et le Nigeria, Angélique Kidjo fait partie des fiertés du continent africain.  La béninoise amazone ne porte plus seulement la fierté des béninois, mais elle représente tous les noirs partout où elle pose ses empreintes. Quatrième Grammy reçu dans sa vie d’artiste, la star du Bénin a remporté ce grand titre dans la catégorie musique du monde, dépassant ainsi son challenger Burna boy du Nigeria. Zoom sur l’artiste. 
Qui est la star béninoise qui porte l’Afrique ?
Nous sommes en 1960.  Angélique Kidjo est née à Ouidah, au Bénin. Son père, un Fon de Ouidah , est receveur des postes. Sa mère, une Yorouba dirigeante d’une troupe de théâtre, est également une femme d’affaire avertie. Angélique Kidjo est le septième de leurs dix enfants. Angélique Kpasseloko Hinto Hounsinou Kandjo Manta Zogbin Kidjo, dite Angélique Kidjo, est non seulement lauréate des Grammy Awards, mais aussi de l’Académie Charles Cros. La digne fille du Bénin est connue pour la diversité de ses influences musicales, l’originalité de ses clips et son engagement humanitaire comme ambassadrice internationale de l’UNICEF. Les chansons Agolo, We We, Adouma, Wombo Lombo, Afrika et Batonga l’ont révélée et poussée loin.

Des magazines et chaînes de télévision ont naturellement inclut l’artiste sur la liste des personnes les plus influentes d’Afrique. La BBC l’a incluse dans sa liste des cinquante icônes du continent africain, The Guardian la classe parmi les « 100 femmes les plus influentes du monde », alors que le Time la présente comme la « première diva africaine ». Angélique Kidjo, c’est aussi des influences musicales comme la pop africaine, la musique des Antilles, le zouk, la rumba congolaise, le jazz, le gospel, et différents styles de musique latine. Elle s’inspire aussi des artistes qui ont bercé son enfance : Bella Bellow, James Brown, Aretha Franklin, Jimi Hendrix, Miriam Makeba et Carlos Santana . Mariée  à Jean Hebrail avec lequel elle a d’ailleurs écrit et tournée la plupart de ses chansons, Angélique Kidjo est mère d’une fille : Naïma-Laura Hebrail. Kidjo parle couramment le Fon, le français, le yoruba, le mina et l’anglais. Sa chanson Malaika, de l’album Logozo, est en Swahili.  Elle a collaboré avec de grands noms comme Youssouf N’dour, Alicia Keys, Oprah Winfrey, Angelina Jolie, John Legend, Black Eyed Peas…

Actu de l’artiste

Kidjo n’est pas seulement une amoureuse de la musique. Elle s’intéresse aussi au bien-être de son entourage et surtout à l’éducation des filles. C’est ce qui a suscité en elle la création de “Batonga », une fondation qui soutient les études secondaires de jeunes filles africaines afin qu’elles puissent prendre part au développement du continent. La fondation offre donc des bourses, milite pour la prise de conscience de l’importance de l’éducation des filles, et encourage également des programmes de mentors.   La star béninoise a épaté en 2019 lors du sommet du G7 les chefs d’États présents. Ce qui a poussé la Banque Africaine de Développement à débloquer un prêt de 251 millions de dollars pour soutenir l’initiative AFAWA (Action Positive pour le financement en faveur des femmes en Afrique) en faveur de entrepreneuriat féminin en Afrique. Lancée en 2016, cette initiative vise à faciliter l’accès au financement pour les femmes entrepreneures, a défendu l’artiste. L’auteure compositrice et chanteuse franco-béninoise, Angélique Kidjo a écrit aussi une autobiographie publiée aux États-Unis et traduite aujourd’hui en français.  Une autobiographie préfacée par Desmond Tutu et une introduction écrite par Alicia Keys.  Dans  »la voix est le miroir de l’âme, mémoires d’une diva engagée”, ouvrage de 300 pages, paru aux éditions Fayard, Angélique Kidjo dit tout de sa vie.

Angélique Kidjo, la lady des africains, félicitée pour son quatrième Grammy

Abgélique Kidjo chantant devant des présidents du monde

Ce quatrième Grammy Awards décroché grâce à son album Célia vient après ceux remportés en   2008, 2015 et 2016.  Un album qui rend tout simplement hommage à la reine de la salsa cubaine Célia Cruz décédée en 2003. La diva de Ouidah célèbre ainsi les racines africaines de Célia Cruz à travers cet album. Cette distinction qu’elle a remportée, elle l’a dédiée à son challenger nigérian Burna Boy. « La dame là je l’aime trop. On dirait ma maman. Je suis juste fière d’elle. Bref, c’est l’Afrique qui gagne.  Avec ce quatrième prix remporté, c’est juste clair qu’on peut se faire connaître et aller loin sans tapage sur les réseaux sociaux, sans nudité et sans dépigmentation, notre ambassadrice a encore frappé. Moi je suis content pour elle et pour nous. Angélique Kidjo est tout simplement une vraie combattante. Ça n’a jamais été facile mais elle ne lâche rien. C’est le fruit d’un travail bien fait ». Ces commentaires sont lus sur les différentes pages sociale de l’artiste. Le ministre béninois du tourisme, de la culture et des arts, dans un communiqué, s’est joint au peuple béninois, et a aussi félicité la diva béninoise Angélique KIDJO pour l’immense performance qu’elle vient de réaliser.  Et il n’est pas le seul, le Président de la République ainsi que celui de l’Assemblée Nationale ont aussi témoigné leur félicitation à celle qui porte le Bénin, toute l’Afrique. Le producteur de l’album Celia, a aussi exprimé sa fierté. David Donatien musicien et multi-instrumentiste a dans un tweet remercié l’heureuse gagnante. « Merci du fond du cœur à Angélique Kidjo et à tous les artistes incroyables qui nous suivent dans cette belle aventure » a-t-il tweeté.

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République Démocratique du Congo Coalition Cap pour le Changement (CACH)-Front Commun pour le Congo (FCC) : La fin du mariage ?

Après son élection surprise à la tête de la RDC en décembre 2018, Félix Tshisekedi a formé une coalition gouvernementale inimaginable avant les élections avec le FCC de l’ancien chef de l’Etat Joseph Kabila. Si les résultats des élections législatives et provinciales qui ont donné gagnant le camp de ses alliés imposaient de fait ce mariage, un an après, cette union bat de l’aile et des questions se posent sur son avenir.

« Une atmosphère inédite : les combattants de l’Union Démocratique pour le Progrès Social (UDPS), le parti présidentiel [parti du Président élu Félix Tshisekedi], tombent dans les bras de policiers qui les ont si souvent réprimés. Félix Tshisekedi et son prédécesseur Joseph Kabila, tout sourire, se donnent l’accolade. C’est une transition civilisée, s’enthousiasment les médias d’État. ». En ce jour anniversaire, c’est ainsi que la Radio France Internationale (RFI) décrit l’ambiance du 24 janvier 2019, jour de l’investiture du nouveau président de la RDC. Mais, c’était il y a un an !

Justement, RFI renchérit « il y a un an jour pour jour, Félix Tshisekedi, fils de l’opposant historique en République démocratique du Congo, était investi président à l’issue d’élections très controversées. Une première transition pacifique un peu particulière, parce que le nouveau chef de l’État n’a quasi aucun contrôle sur les assemblées nationales comme provinciales, dominées par son prédécesseur Joseph Kabila. »

De fait, pour gouverner sans écueil, le nouveau président n’avait d’autre choix que de s’allier avec son prédécesseur. On pouvait croire que l’intérêt supérieur de la nation prendrait le pas sur les considérations partisanes, même si à l’annonce de cette alliance, les plus sceptiques avaient prédit une relation tumultueuse. Un an après, le nombre et la fréquence des actes de frictions dans ce compagnonnage obligé renforce les doutes sur la sincérité de ce mariage contre nature.

Joseph Kabila, ancien Président de la RDC

Les signes annonciateurs

Comme le dit un adage populaire, « le ver est dans le fruit ». Le pouvoir Tshisekedi est un improbable attelage. Son défunt père Etienne Tshisekedi, fondateur de l’UDPS, a combattu le pouvoir de Joseph Kabila toute sa vie. Le fils, Félix Tshisekedi, après son élection inattendue, forme un gouvernement dominé par les pro-Kabila. Composé de 66 membres, 42 sont issus des rangs du Front Commun pour le Congo avec des postes clés comme ceux du premier ministre, du vice-premier ministre et ministre de la justice, du ministre de la défense et celui des finances. Gouvernement formé après plus de huit mois de négociations. Et les premières difficultés n’ont pas tardé. Fin décembre 2019, la tension était palpable entre les partisans du nouveau président congolais et ceux de son prédécesseur. « À l’origine, les propos tenus par les partisans de Joseph Kabila réunis en séminaire à Lubumbashi » signale RFI dans un article paru le 29 octobre 2019.  Au terme de cette réunion d’évaluation du Parti du peuple pour la reconstruction (PPRD), parti de l’ancien président, Néhémie Mwilanya, le coordonnateur du FCC déclarait : « ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui, aucun obstacle constitutionnel ou inconstitutionnel voire politique, n’empêcherait le retour de [Joseph Kabila] et surtout ne pourrait empêcher qu’il soit candidat ». Après ce pied de nez au nouveau président, ce sont les affiches à son effigie qui ont été brûlées en représailles au sabotage de celles de son prédécesseur. Une situation que le quotidien congolais Le Potentiel avait qualifiée en son temps de « signe avant-coureurs d’une insurrection qui ne dit pas son nom. ». Dans la même période, des combattants de l’UDPS accusaient Joseph Kabila du crash d’un Antonov affrété par la présidence et qui transportait le chauffeur et plusieurs escortes de Tshisekedi. Ambiance !

Mais, ce n’était pas tout. Jusqu’à fin octobre 2019, plus de trois mois après la formation du gouvernement, les nominations traînaient encore dans les entreprises publiques, la magistrature, la diplomatie et d’autres secteurs de la vie nationale. Un goulot d’étranglement dans l’exécution harmonieuse du programme d’actions du nouveau président.

La désescalade ….

Félix Tshishekedi est élu sur le rejet massif du pouvoir de son prédécesseur. C’est dire les fortes attentes de la population congolaise. Le nouveau président n’a donc rien à gagner à attiser la tension. Le camp Kabila non plus. Un mois après ces tensions palpables, le geste d’apaisement est venu du camp de ce dernier. Comme le rapporte RFI fin novembre 2019, réunis pendant trois jours à Kisantu, les chefs des regroupements et partis membres du Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila ont renouvelé leur soutien à la coalition de gouvernement formée avec la Coalition pour le changement (Cach) du président Félix Tshisekedi. Mais, cette trêve n’aura pas duré trop longtemps. Le premier acte qui ravivera les tensions viendra du camp Tshisekedi.

 

… avant l’escalade

Le nouveau sujet de discorde, le limogeage en décembre de la même année de deux ambassadeurs proches de Joseph Kabila qui étaient accrédités à l’ONU, et le rappel définitif du représentant accrédité au Japon. Les réactions à cette décision ne se sont pas faites attendre au sein du FCC. La décision de la cheffe de la diplomatie congolaise est ouvertement contestée, selon RFI. Pour Yves Kisombe, l’ancien vice-ministre des Affaires étrangères, « ce qui est certain, c’est que la ministre a outrepassé ses attributions, elle n’a pas compétence pour agir dans ce sens-là. » Estimant que ces limogeages « ne renforcent pas » la confiance entre les deux coalitions au pouvoir, il poursuit que « cet acte qui n’est pas régulier peut effectivement susciter des interrogations sur le plan politique par rapport à la coalition gouvernementale, et à la volonté du président de la République de faire avancer les choses de manière harmonieuse. » Et il n’a pas tort.

Félix Tshisekedi
Actuel Président de la RDC

Alors qu’il a qualifié l’année 2020 d’année de l’action, c’est de Félix Tshisekedi lui-même qu’est venue l’étincelle pour enflammer la poudrière. Ce mois de janvier, comme à son habitude chaque fois qu’il est en voyage à l’étranger, il a profité de son séjour à Londres au Royaume-Uni pour accuser ouvertement ses partenaires du FCC. Dans des propos acerbes rapportés par la Radio France Internationale, il déclare que « (…) Dans notre coalition, tout le monde n’est pas attaché à la victoire du peuple. (…) Ma mission est de servir mon peuple. Celui qui s’y opposera, surtout s’il s’agit d’un ministre nommé par moi, sera sanctionné. Tous les jours, quand je préside le Conseil des ministres, je rappelle aux ennemis du FCC [Front commun pour le Congo] que je sais qu’ils ont signé des documents. Jusqu’à présent, je n’ai vu aucun ministre s’opposer à mes décisions. (…) celui qui ne veut pas suivre mes instructions et qui s’attachera aux instructions de sa famille politique, il sera viré ». Se montrant plus dur, il menace de dissoudre l’Assemblée nationale. « (…) si je me rends compte que la mission pour laquelle je suis à la tête du pays d’être au service de mon peuple et que l’on commence à faire obstruction à cette mission, je serai contraint en fin de compte de prendre la décision de dissoudre l’Assemblée nationale. », conclut-il. Mais, la réplique n’a pas tardé et elle est venue de Jeannine Mabunda, présidente de l’Assemblée nationale. Profitant d’un échange avec la presse au cours d’une cérémonie traditionnelle de vœux, elle réplique au président de la République, le menaçant à son tour à mots couverts de destitution. « Il ne faut pas jeter les articles de la Constitution en pâture à des incompréhensions ou des malentendus. L’article 148 parle bien de dissolution de l’Assemblée nationale, mais dans des cas précis. (…) selon les prescrits de cet article, par ailleurs, le président de la République est invité dans le cas de cette crise à consulter le Premier ministre, le président de l’Assemblée nationale, et le président du Sénat avant toute décision. Faute de quoi, on serait dans une violation de texte. Et cette violation est régie par l’article 165 de la Constitution, qui dit que toute personne qui méconnaît notre loi fondamentale peut être exposée au cas de haute trahison pour violation intentionnelle de la Constitution. Je ne cite que des articles. Je ne prends pas position ». Pour Vital Kamerhe, le directeur de cabinet du Président de la République, «La présidente de l’Assemblée a franchi la ligne rouge».

Comment une relation aussi troublée entre deux camps que tout oppose peut finir par s’apaiser ? Comment deux camps qui se sont combattus durant des années peuvent se résoudre à parler de la même voix ? Les signes d’un lendemain meilleur dans cette coalition gouvernementale sont à rechercher avec une loupe. Les faits et gestes des partisans des deux camps diront si le mariage durera.

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LES GRANDS HOMMES POLITIQUES NOIRS DU 20e SIECLE: KWAME NKRUMAH (2e partie)

Président de la République du Ghana dès 1957, Kwame Nkrumah a été un grand artisan du panafricanisme et de la libération des États africains du joug du colonialisme. Dans le premier volet de cet article qui lui est consacré, nous avons relaté ses luttes qui ont conduit à l’indépendance de son pays. Cette dernière partie aborde son engagement pour l’unité africaine ainsi la fin de son règne.

En faisant accéder son pays à l’indépendance, il compte répandre ses idées panafricanistes auprès de ses pairs. Comme le renseigne le volume « Le mouvement panafricaniste au XXe siècle » publié au terme de la Conférence des intellectuels d’Afrique et de la Diaspora (CIAD I) organisée à Dakar du 7-9 octobre 2004 par l’Union africaine en partenariat avec le Sénégal, dès avril 1958, la Conférence des États Indépendants d’Afrique réunit dans la capitale ghanéenne les délégués des huit États souverains répartis équitablement entre l’Afrique méditerranéenne (Egypte, Libye, Maroc et Tunisie) et l’Afrique subsaharienne (Éthiopie, Ghana, Liberia et Soudan). Dans son discours inaugural, il déclare que cette conférence marquait l’entrée en scène de « la personnalité africaine » et obtint de ses pairs une déclaration finale qui déclinait clairement les principes panafricains d’indépendance et d’unité. Il revendique non seulement l’indépendance immédiate de l’Afrique, mais prône la formation d’une identité supranationale : les « États-Unis d’Afrique » qui permettrait au continent de devenir l’une des plus grandes forces du monde. Comme rapporté dans la 3e partie de l’émission Archives d’Afrique sur RFI le 4 août 2006, la même année, il est le premier à apporter son soutien à la Guinée indépendante d’Ahmed Sékou Touré, en lui accordant un prêt de dix millions de livres sterling. Il tente un premier pas vers une réalisation concrète du panafricanisme en formant le 1er mai 1959 une union avec la Guinée, rejointe le 24 décembre 1960 par le Mali. En mars 1963, il participe activement à la rédaction de la charte de l’Organisation de l’unité africaine. Pour reprendre Tirthankar Chanda, la pensée visionnaire de Nkrumah sur l’intégration africaine faisait de lui le symbole vivant du panafricanisme et son idéologie commençait à s’enraciner dans les esprits à travers le continent.

Fidel Castro et Kwame Nkrumah

Mais, s’il était perçu en Afrique comme un héros du panafricanisme, dans son pays, il devait faire face à des mécontentements. Des grèves et des manifestations se multipliaient à travers le pays pour protester contre “la pratique de plus en plus mégalomaniaque et solitaire du pouvoir par le chef de l’État.”, explique Tirthankar Chanda. Il était donc de plus en plus isolé à l’intérieur de son pays, mais aussi à l’extérieur. Ses initiatives lui valent l’hostilité tant des pays occidentaux que de certains dirigeants africains qui l’accusent, dans ses projets de panafricanisme, de vouloir propager le communisme en Afrique. Le 24 février 1966, Kwame Nkrumah, premier président de la République du Ghana, est renversé lors d’un coup d’Etat. Ce jour-là, alors qu’il est en visite officielle en Chine, l’armée ghanéenne a profité de son absence pour s’emparer du pouvoir et le déclare persona non grata. Il se réfugie alors en Guinée, chez son ami Sékou Touré. Là, il fonde une maison d’édition qui publie ses théories révolutionnaires et ses livres sur l’Unité africaine. Le 27 avril 1972, il décède dans un hôpital de Bucarest, à la suite d’un cancer de l’estomac.

« Cinquante ans après le coup d’Etat, Nkrumah reste un grand Africain en raison de la portée visionnaire de son ambition panafricaine », affirme le checheur Bokhari-Yabaara, rapporté par Tirthankar Chanda dans son article publié le 24 février 2016 sur RFI.

Comme le conclut un article mis à jour le 28 octobre 2013 sur le site du Nouveau Parti Anti-capitaliste, « passé du mythe à la décadence, Kwamé Nkrumah n’en reste pas moins un des plus grands penseurs de l’unité africaine. Sa pensée renaît parmi les jeunes générations africaines et influence tous ceux qui croient fermement que l’Afrique doit se tourner vers ses propres valeurs et se libérer du complexe occidental pour être libre et forte. »

Un documentaire vidéo à lui consacré par la chaîne CCTVNEWS intitulé “Kwame Nkrumah, a story of vision and tragedy” est disponible.

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LES GRANDS HOMMES POLITIQUES NOIRS DU 20e SIECLE: KWAME NKRUMAH (1ère partie)

Kaya Maga poursuit l’exploration des hommes et femmes noirs ayant façonné notre monde actuel par leur personnalité. Après Thomas Sankara en novembre, c’est Kwame Nkrumah, premier président du Ghana indépendant qui est à la Une ce mois, à travers cet article en deux parties.

Naissance et formation

Né le 21 septembre 1909 à Nkroful (alors Côte-de-l’Or (colonie britannique) et actuel Ghana), Kwame Nkrumah est le fils unique d’une mère commerçante et d’un père chercheur d’or. Après avoir suivi ses premières années d’études chez les jésuites, Nkrumah devient à 17 ans moniteur-élève et est remarqué par un inspecteur qui l’envoie poursuivre ses études dans la banlieue d’Accra. Dans son article intitulé « Grandeur et déclin de Kwame Nkrumah, père du panafricanisme », publié sur rfi.fr le 24 février 2016, Tirthankar Chanda le décrit comme un « homme éclairé, soucieux de faire de la politique un moyen de libérer son peuple et unir l’ensemble du continent africain ». Saïd Bouamama renseigne dans Figures de la révolution africaine qu’en 1935, quelques années après sa sortie de l’université, il embarque pour les États-Unis où il poursuit ses études à l’université de Lincoln et obtint une licence en économie et en sociologie en 1939.

Arrivé aux Etats-Unis, il intègre alors une association d’étudiants africains qu’il contribue à transformer en Association des étudiants africains des États-Unis et du Canada et en devient le président entre 1942 et 1945. Dans cette université, Nkrumah se fait remarquer pour son intérêt aux questions du colonialisme et de l’impérialisme. Le journal de l’association se fait le relais des idées panafricaines. Si la lecture de Marx et Lénine l’impressionne car, dit-il, « j’avais la certitude qu’ils avaient développé une philosophie de caractère à résoudre ses problèmes », il est principalement intéressé par les théories du « Retour en Afrique » et de « l’Afrique aux Africains » de Marcus Garvey.

En 1945, il part pour Londres où il adhère au syndicat des étudiants d’Afrique occidentale (la WASU) et entreprend brièvement d’étudier le droit, mais se trouve rapidement absorbé par ses activités politiques.

Idéologie et engagement politique

 

Avant de quitter les États-Unis pour la Grande-Bretagne, où devait se tenir le 5e congrès panafricain de 1945 à Manchester, Nkrumah rédige la brochure « Vers la libération nationale » dans laquelle il développe son analyse du colonialisme qu’il décrit comme « conséquence des besoins du capitalisme d’accéder à des matières premières au moindre coût, de disposer d’une main d’œuvre bon marché et d’écouler ses surproductions. Pour lui, les discours sur la mission civilisatrice et sur l’éducation des indigènes ne sont que des prétextes pour dissimuler la réalité du colonialisme. »

Kwame Nkrumah en tenue traditionnelle

Retourné dans son pays en 1947, il prend la tête du nouveau parti pour l’indépendance le « United Gold Coast Convention (UGCC) ». Il retrouvera un pays encore sous forte domination britannique, mais un pays résistant de plus en plus à la puissance coloniale. En 1948, rapporte Amzat Boukari-Yabara dans “Africa Unite, une histoire du panafricanisme”, accusé d’agitation politique, Nkrumah fut arrêté lors d’une manifestation contre le gouvernement et emprisonné pendant deux mois. Cette arrestation lui confère un statut de martyre politique qu’il cultive d’ailleurs.

Avec le soutien de l’organisation de jeunesse de l’UGCC, il annonce le 12 juin 1949 la fondation d’un nouveau parti, la Convention People’s Party (CPP). Souhaitant l’indépendance de son pays, il appelle au boycott et à la désobéissance civile. Ce qui lui vaut d’être à nouveau arrêté par les autorités britanniques en 1950 et condamné à trois ans de prison. Mais, les grèves et manifestations organisées par la CPP ont permis cette même année la promulgation d’une nouvelle Constitution prévoyant une assemblée législative dont 75 membres seront Africains et des élections municipales. Le 8 février 1951, son nouveau parti obtient 34 des 38 sièges du conseil municipal d’Accra et remporte également les législatives. Il est alors désigné pour former un gouvernement. Se basant sur la politique « d’Africanisation de l’administration et de panafricanisme », il décide de développer les infrastructures de son pays grâce aux excédents de l’Office de commercialisation du cacao, signale Samir Amin, dans « Ghana ».

1956 : de nouvelles élections législatives sont organisées et son parti la CPP remporte les trois quarts des sièges. Fort de son succès, il oblige alors le Royaume-Uni à concéder à son pays l’indépendance qui est proclamée le 6 mars 1957. Le jour même de l’indépendance, Nkrumah décide d’abandonner le nom colonial du pays en adoptant Ghana, en hommage à l’ancien empire du Ghana. Dans son discours, il rappelle que « l’indépendance du Ghana n’avait pas de sens si elle n’était pas liée à la libération totale de l’Afrique ». Nkrumah est convaincu que « aucun État ne peut résister individuellement aux grandes puissances. Selon lui, l’arbitraire des frontières des pays anciennement colonisés peut par ailleurs provoquer des guerres. », précise Charles Zorgbibe dans son article « Lusaka : les habits neufs du panafricanisme » publié en 2001 dans la périodique Géopolitique africaine.   

Kwame Nkrumah était en avant-garde des luttes pour l’indépendance et l’unité des Etats africains. Le 24 mai 1963, dans la capitale éthiopienne, Addis-Abeba, 32 pays africains à peine indépendants se sont réunis pour jeter les bases de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA). Il y a tenu un discours dont « le titre – “Unis, nous résistons” (We Must Unite Now or Perish) reflète le désir d’unité du monde africain et le sentiment d’urgence » qui l’animait.

En attendant la suite de cet article qui lui est consacré, vous pouvez accéder au discours via ce lien: http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMDictionnaire?iddictionnaire=1794

Portrait de Kwame Nkrumah
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LES GRANDS HOMMES POLITIQUES NOIRS DU 20e SIECLE: Thomas SANKARA 2ème partie

Dans la première partie de cet article consacré à Thomas Sankara, son parcours scolaire et académique a été abordé de même que les racines de son engagement idéologique et politique. Cette deuxième et dernière partie revient sur ses actions une fois parvenu au pouvoir.

 

A la tête du Burkina Faso, rapporte Bruno Jaffré dans son article intitule « Le rêve assassiné de Thomas Sankara » paru en octobre 2007, Sankara envisageait de développer une économie ne dépendant plus de l’aide extérieure qu’il décrit ainsi : « Ces aides alimentaires […] qui installent dans nos esprits […] des réflexes de mendiant, d’assisté, nous n’en voulons vraiment plus ! Il faut produire, produire plus parce qu’il est normal que celui qui vous donne à manger vous dicte également ses volontés ». Les importations de fruits et légumes sont interdites afin d’inciter les commerçants à se fournir dans les zones de production situées dans le Sud-Ouest du Burkina Faso. En 1986, le Burkina Faso atteint son objectif de deux repas et de dix litres d’eau par jour et par personne. A l’époque, le rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation pour les Nations unies déclare au sujet de Sankara : « Il a vaincu la faim : il a fait que le Burkina, en quatre ans, est devenu alimentairement autosuffisant ».

Décidé à remettre son pays sur le chemin de la croissance, Sankara n’en oubliait pas son engagement sur le front anti-impérialiste. Dans ses discours, il dénonce le colonialisme et le néo-colonialisme, dont celui de la France, en Afrique (notamment les régimes clients de Côte d’Ivoire et du Mali, lequel lance plusieurs fois des actions militaires contre le Burkina Faso, soutenues par la France).

Le 4 août 1986, dans son adresse à ses compatriotes pour commémorer la première révolution burkinabè du 4 août 1983, il rappelait : « Notre lutte anti-impérialiste doit cesser d’être une vision de l’esprit pour se matérialiser dans notre vécu quotidien. Cette œuvre ne peut être entreprise avec succès si le Burkinabè ne se défait de tout ce qui anesthésie la pensée, de tout ce qui corrompt et entretient des habitudes acquises dans la vieille société néocoloniale. (…). Dans le cadre de notre lutte et de notre pratique anti-impérialiste, c’est de nos mentalités que nous devrons extirper les schémas de penser qui, s’ils affirment s’appliquer à notre peuple, font malheureusement des détours à l’étranger vers des espaces culturels totalement différents de nos réalités, quand ce ne sont pas des centres culturels bourgeois capitalistes porteurs du fléau de la domination impérialiste. Notre anti-impérialisme concret et conséquent sera d’abord la toilette de nos mentalités pour nous débarrasser des réflexes de néo-colonisés préoccupés de se conformer à des normes culturelles que la domination étrangère nous a imposées. (…). Ne permettons plus jamais, à l’impérialisme de continuer de nous abuser. Ne lui permettons plus de fabriquer chez nous des hommes et des femmes qui, abdiquant toute responsabilité historique, admettent et encouragent que l’on ne réussit dans la société que lors que l’on peut prouver que l’on est le plus conforme à l’aristocratie étrangère. (…) »

BURKINA FASO – FEBRUARY 01: Captain Thomas Sankara, leader of Burkina Faso. (Photo by William F. Campbell/Time & Life Pictures/Getty Images)

Parallèlement, il rejette le fardeau de la dette qui pèse sur les pays en voie de développement. Son discours contre la dette, prononcé le 29 juillet 1987 à Addis-Abeba lors d’un sommet de l’Organisation de l’unité africaine, est sans doute le plus connu. Il y déclare que son pays ne remboursera pas ses créanciers, et argumente notamment ainsi : « la dette ne peut pas être remboursée parce que si nous ne payons pas, nos bailleurs de fond ne mourront pas. Soyons-en sûrs. Par contre, si nous payons, c’est nous qui allons mourir. Soyons en sûrs également. ». Anticipant la réaction des pays occidentaux à ce sujet, il insiste sur la nécessité d’un refus collectif des pays africains de son paiement : « Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer la dette, je ne serai pas là à la prochaine conférence ». Il refuse d’ailleurs de contracter de prêts avec le FMI, l’organisation voulant imposer ses « conditionnalités ». Thomas Sankara considère en effet ce système comme un moyen de « reconquête savamment organisée de l’Afrique, pour que sa croissance et son développement obéissent à des paliers, à des normes qui nous sont totalement étrangers ».

Ses prises de position contre les grandes puissances lui valent des sanctions. En 1984, il dénonce le soutien des États-Unis à Israël et à l’Afrique du Sud, et appelle les pays africains à boycotter les Jeux olympiques d’été de 1984 à Los Angeles. Devant l’Assemblée générale des Nations unies, il critique également l’invasion de la Grenade par les États-Unis, qui répliquent par des sanctions commerciales contre le Burkina. Il ne manquera pas de répondre à ces sanctions américaines. C’est à travers son discours tenu à Bobo-Dioulasso à l’occasion de la visite de John Jerry Rawlings, Président du Ghana, le 17 février 1984 et publié par Carrefour africain dans son n° 818. « Nous avons condamné et nous condamnerons toujours l’agression de l’île de Grenade par les troupes yankees. Nous avons condamné cela. (…) C’est pourquoi nous avons à l’époque convoqué l’ambassadeur des États-Unis pour lui dire ceci. Nous lui avons dit de transmettre à son président Ronald Reagan ce message : “Il faut qu’il retire ses troupes de l’île de Grenade, sinon la Haute-Volta prendra ses responsabilités, sinon la Haute-Volta condamnera”. Les troupes n’ont pas été retirées et nous avons condamné. Et les Américains nous ont fait des pressions diverses. Ils ont voulu dicter à la Haute-Volta sa position au Conseil de sécurité des Nations unies. Nous avons dit qu’à cela ne tienne, nous n’accepterons pas le chantage. Si l’aide américaine doit être subordonnée à ces pressions, que l’on ne nous apporte pas d’aide ; nous sommes prêts à mourir de faim, mais à mourir de dignité. Nous ne voulons pas de l’aide américaine si elle doit se faire à condition de ce chantage américain. », affirmait-il.

S’il entretient de bonnes relations avec les dirigeants ghanéen Jerry Rawlings et libyen Mouammar Kadhafi, les dirigeants « pro-français » comme Houphouët-Boigny en Côte d’Ivoire ou Hassan II au Maroc lui sont très hostiles. Thomas Sankara est devenu gênant, du fait de sa lutte contre le néocolonialisme, menaçant la place de la France en Afrique ainsi que le pouvoir des autres chefs d’État d’Afrique de l’Ouest, au comportement plus docile. Le 15 octobre 1987, il est assassiné lors d’un coup d’État dont les responsables et les circonstances restent assez mystérieux. Son frère d’armes, Blaise Compaoré, qui lui succède à la tête du Burkina Faso, est soupçonné d’être le principal responsable de cet assassinat, en complicité avec le gouvernement français de l’époque ainsi que plusieurs autres gouvernements africains proches de la France.

La tombe de Thomas Sankara

Sankara est mort. Mais son idéologie et son engagement restent vivaces. Parfois considéré comme un « Che Guevara africain », au Burkina Faso, comme dans d’autres pays africains, une multitude de partis et de mouvements de la société civile se revendiquent de lui. Il a même été proclamé modèle par la jeunesse africaine au Forum social africain de Bamako en 2006 et au Forum social mondial de Nairobi en 2007.

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Violences xénophobes en Afrique du Sud : la résultante du fort taux de chômage ?

Ce début de mois de septembre, des violences xénophobes ont éclaté dans la région de Johannesburg en Afrique du Sud. Ces violences ont visé notamment les commerces tenus par des étrangers et ont duré plusieurs jours. La communauté internationale face à cette situation déplorable qui a vu des morts et des arrestations, a regretté la situation. Mais les violences xénophobes en Afrique du Sud ne sont pas des faits rares et risquent de se répéter dans les mois ou années à venir.
L’artiste béninois Nel Oliver chantait en 1993 « Upheaval ». Un titre contre l’apartheid et en hommage à Nelson Mandela, figure de proue de la lutte contre les violences xénophobes et l’apartheid. « We must refuse segregation. We are born to live together. Open your heart sing in harmony. Apartheid, in South Africa, you will never pass ». Un appel à la paix et au courage pour tous les noirs Sud-Africains qui subissaient les violences xénophobes. Mais en septembre 2019, tout comme en 2008 et en 2015, ce sont les noirs Sud-Africains qui se sont retournés contre les étrangers notamment d’autres africains réclamant des emplois. Faisant le bilan, le Président sud-african Cyril Ramaphosa a annoncé qu’au moins 10 personnes dont un ressortissant étranger, ont été tuées au cours de cette semaine de violences et des centaines de personnes ont été arrêtées.

Des commerces ont été saccagés et brûlés au cours de ces violences
Image: senenews

De multiples causes…
La nation Arc-en-ciel comme l’a surnommée son ancien président Nelson Mandela est une grande puissance industrielle en Afrique. Pour de meilleures conditions de vie, l’Afrique du Sud voit débarquer chez lui chaque année des millions d’immigrés africains. « Mais le pays se débat avec un fort taux de chômage (29%) et d’énormes disparités sociales et économiques qui alignent régulièrement un sentiment xénophobe » explique le site de l’OBS. Sur cette même Léonce Gamai, journaliste, analyste politique nous dit que ce n’est pas la 1ère fois que le pays fait face à ce genre d’évènements. A son avis, l’Afrique du Sud a été ces dernières années le théâtre de ces violences. « Il y en a eu en 2008 avec plus de 60 morts. En 2015 aussi avec 7 morts et il y a eu cette année et face à cela, il faut se poser des questions sur les causes de telles violences ». Le journaliste continue pour expliquer que c’est un ensemble de facteurs. « Il faut noter que ces violences se déroulent dans les Townships qui sont des quartiers précaires habités par les noirs. Donc la 1ère raison déjà, c’est une manifestation d’une certaine frustration. Il faut partir du contexte global. La situation économique du pays est en berne. Ce qui veut dire que les grosses entreprises qui créent de l’emploi et de la richesse ne prospèrent pas. La 2ème raison est la courbe du chômage. Le taux de chômage actuellement en Afrique du Sud est de 29 voire 30%. Et selon certains experts, le taux de chômage dans les quartiers précaires est au-delà de ce chiffre. A cela, il faudra ajouter les rivalités professionnelles. Si les Townships sont des quartiers précaires et donc où le niveau de vie est très bas, l’une des raisons c’est la pauvreté, résultante du manque d’emploi. Et dans le même temps où ces habitants vivent dans la précarité, il y a des ressortissants noirs qui sont employés par des entreprises et qui ont un niveau de vie plus ou moins stables. Du coup, les Sud-africains considèrent que les ressortissants noirs sont leurs rivaux » poursuit Léonce Gamai avant d’aborder aussi les causes politiques de ces violences.

Les ressortissants nigérians rentrent chez eux
Image: France 24

Une situation regrettable
Ces violences xénophobes ont été très vite dénoncées par la communauté internationale et par les internautes. Le Président sud-africain Cyril Ramaphosa diffusé sur le réseau Twitter un message vidéo dans lequel il condamnait fermement les violences. Il a aussi appelé les auteurs de ces actes a cessé immédiatement le massacre. Mais ces violences se sont poursuivies des jours après son message. Des milliers de personnes se sont déplacées, des entreprises pillées sans raison, des commerces de ressortissants africains ont été massacrés durant ces jours de violences.
Les ressortissants nigérians semblent avoir été les plus touchés. Face à cette situation, la diplomatie nigériane a demandé le rapatriement de ses ressortissants. Le site Afrik.com confirme que « après une semaine de violences xénophobes en Afrique du Sud, le Nigéria a pris l’option de rapatrier quelques 600 de ses ressortissants, dans un contexte de tensions entre les deux pays alors que de nouvelles tensions ont éclaté dimanche 08 septembre dans plusieurs quartiers de Johannesburg ». France 24 informe que mercredi 11 septembre, une première vague de 189 ressortissants nigérians a quitté l’Afrique du Sud. « Au total, 600 compatriotes doivent être rapatriés au Nigéria sur les 100 000 qui vivent actuellement en Afrique du Sud ». Et après le Nigéria, de nouveaux pays ont décidé de rapatrier certains de leurs ressortissants en Afrique du Sud. « Des bus ont été mis en place pour permettre à plus de 200 personnes originaires du Zimbabwe et du Mozambique de rentrer volontairement dans leur pays, avec la coopération de l’Organisation Internationale pour les migrations. Après les violences, ces ressortissants ont perdu leur toit ou fui leur quartier. Réfugiés dans des halls aménagés par la ville, ils ont préféré rentrer plutôt que de devoir tout reconstruire » explique RFI Afrique.
Pour Léonce Gamai, analyste politique, pour mettre fin à ces violences, l’homme politique doit avoir le courage de dénoncer ce qui se passe. « Mais au-delà, il faudra mettre en place une politique économique et social assez volontariste pour répondre aux besoins des habitants des Townships. Besoin en termes d’emplois mais aussi d’éducation et de formation pour leur permettre d’être compétitifs sur le marché de l’emploi. Il faudra aussi qu’il y est reprise de l’activité économique et que le pays quitte la situation dans laquelle il se trouve actuellement. La lutte contre la corruption est aussi un point crucial » énumère le Journaliste. Nelson Mandela disait « il ne peut y avoir plus vive révélation de l’âme d’une société que la manière dont elle traite ses enfants ». Il est clair qu’il faut garantir aux Sud-Africains notamment les sous et sans emplois de meilleures conditions de vie pour espérer « une nation arc-en-ciel, en paix avec elle-même et avec le monde » comme le voulait son ancien Président Nelson Mandela.

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Rwanda/Génocide : 25 ans après, une nouvelle ère ?

Les cicatrices physiques et psychologiques sont encore présentes, les souvenirs eux, sont aussi assez vivants. 25 ans, même s’il constitue un quart de siècle, reste quand même peu pour faire oublier à toute une communauté, tout un peuple, les massacres auxquels, il a fait face. Aujourd’hui, le Rwanda présente un nouveau visage. Un visage rayonnant qui séduit l’extérieur. Mais le chemin pour y arriver se fait depuis juillet 1994 et constitue un long travail.

Dimanche 07 avril 2019, le Président rwandais Paul Kagamé a lancé les célébrations marquant le 25ème anniversaire du génocide ayant frappé son pays en 1994, en allumant une flamme du souvenir au mémorial de Gisozi à Kigali, où plus de 250.000 victimes du génocide sont enterrées. Le 07 avril 1994, ce pays de l’Afrique de l’Est ouvrait une grande page de son histoire. Pas heureuse.

En effet, le 06 avril 1994, les présidents rwandais et burundais, Juvénal Habyarimana et Cyprien Ntaryamira, meurent, lorsque leur avion, qui s’apprêtait à atterrir à Kigali, est abattu par un missile. Le lendemain de cet attentat et après la mort de plusieurs personnalités hutus du gouvernement, des barrières sont dressées par des milices Hutus à Kigali puis dans le reste du pays, et, au vu de leurs cartes d’identité, les Tutsis sont systématiquement assassinés. Pour les spécialistes, cet attentat, qui n’a pas été élucidé jusqu’à présent, est considéré comme l’élément déclencheur du génocide. Dans son analyse de la situation, le journaliste spécialiste du Rwanda, Mehdi Ba dit en parlant du génocide rwandais qu’il s’agit « fondamentalement d’un état qui a décidé d’exterminer une partie de sa population pour se maintenir au pouvoir et donc d’éliminer les tutsis du Rwanda qui était assimilés à la rébellion de FPR (Front Patriotique Rwandais) à l’époque ».

Campement Improvisé pendant le génocide en 1994

Une analyse appuyée par John R., ancien capitaine des forces de défense du Rwanda. Il affirme que « le gouvernement d’avant 1994 avait prévu ce génocide depuis la 1ère République. En 1963, il y a eu les massacres des tutsis, de même sous la 2ème République en 1973. En 1990, la même République a massacré des tutsis faisant croire que le FPR avait lancé l’attaque au Rwanda. Ensuite, ils sont arrivés à leur objectif ouvertement en commettant le génocide la nuit du 06 avril 1994 ». Mais les victimes se compteront dans tous les camps au Rwanda. Des Hutus comme des Tutsis seront attrapés, massacrés, obligés d’assister à des scènes de violence sur leurs femmes et enfants. Durant les 100 jours qu’a duré le génocide, l’Organisation des Nations Unies (ONU) estimera à 800 000 milles le nombre de rwandais massacrés et tués. Un quart de siècle après, les souvenirs restent assez vivaces dans le cœur des survivants.

Photo des victimes du génocide

Des mauvais souvenirs

John R. est un ancien militaire, ancien capitaine des forces de défense du Rwanda, aujourd’hui, ingénieur en génie civil. En tant qu’ancien militaire, ayant combattu pour l’arrêt du génocide, il décrit cette période de l’histoire rwandaise comme l’horreur. « Une nuit de pleurs, une nuit d’incendie avec criminalité, avec des massacres ciblés pour exterminer les tutsis » raconte t-il en parlant de la nuit du 06 avril juste après l’attentat contre l’avion de l’ancien Président rwandais. Dans son témoignage, il ajoute qu’« il y avait des cadavres partout. Peu importe où on mettait les pieds, on trouvait des morts, des blessés. On faisait les combats tout en aidant la population et en soignant les blessés ».

Tout comme lui, Jean-Hervé Bradol était au Rwanda pendant le génocide pour le compte de Médecins sans frontières (MSF). Dans une interview accordée à la journaliste Sonia Rolley de RFI, il raconte ses souvenirs des journées du 06 et 07 avril 1994. « Une journée de fébrilité, une journée d’inquiétude pour nos équipes, nos personnels, nos patients. On était vraiment catastrophé, au sens strict du terme. On avait prévu évidemment que la situation politique et militaire se dégradant, il y aurait vraisemblablement des massacres contre les Rwandais tutsis. Donc on s’était organisé pour ce faire, on avait prévu des kits d’urgence, on s’était réparti les salles d’urgence de Kigali et autour de Kigali qui pouvaient accueillir des blessés. Donc on s’estimait prêts. Mais ce que l’on n’avait jamais imaginé, c’est que ça puisse être aussi exhaustif, aussi massif » témoigne-t-il à la journaliste.

La réconciliation, le grand projet

« La réconciliation vu ce qui s’est produit pendra peut-être encore 25 ans de plus pour qu’on puisse passer à autre chose. Il faut éradiquer l’idéologie de génocide et permettre aux gens de cohabiter. C’est un processus qui a pas mal avancé mais qui continue de se faire au jour le jour ». A travers ces propos, le journaliste Mehdi Ba, rédacteur en chef du site www.jeuneafrique.com, tout en reconnaissant le grand travail qui a été fait depuis la fin du génocide estime cependant, qu’il reste encore du chemin pour le Rwanda. 25 ans après le génocide au Rwanda, le pays fait de grandes avancées sur plusieurs plans. Lors de la commémoration ce dimanche des 25 ans d’anniversaire, le Président rwandais Paul Kagamé a décrété un deuil de 100 jours, pour le nombre de jours qu’a duré le génocide en 1994. Dans son discours, le Président face à certains de ses pairs africains, et face à son peuple se réjouit du visage actuel de son pays. « En 1994, il n’y avait pas d’espoir, seulement les ténèbres. Aujourd’hui, la lumière irradie de cet endroit. Comment cela est arrivé ? Le Rwanda est redevenu une famille » dira t’il.

Paul Kagamé
Président du Rwanda

John l’ancien combattant, tout comme son Président estime que le pays évolue au jour le jour. « Le gouvernement prône unité et la réconciliation et refuse l’esprit de vengeance. Les ethnies vivent ensemble et les génocidaires ont demandé pardon et ont été pardonnés. Ce pardon est profond car on assiste à des mariages inter-ethniques, mariage entre victimes et génocidaires, mariage entre enfant des rescapés et enfant des génocidaires » s’extasie t’il. Des gestes de réconciliation qui, à coup sûr, contentent l’avocat rwandais Gateté Nyiringabo qui nous disait que ces faits simples marqueront plus la réconciliation au Rwanda.