CRISE AU MALI : CLAP DE FIN POUR IBK

Par le 19/08/2020 0 444 Views

Secoué par un mouvement de protestation populaire qui a commencé le 5 juin, le président malien Ibrahim Boubacar Kéita est arrêté ce mardi 18 août en début d’après-midi au terme d’une mutinerie militaire. Cette mutinerie qui a débuté tôt dans la matinée de ce mardi a également emporté des ministres du gouvernement restreint et le premier ministre Boubou Cissé dont les manifestants réclamaient la démission. IBK sort ainsi par la petite porte à seulement trois ans de la fin de son deuxième et dernier mandat.

Tôt dans la matinée de ce mardi 18 août, des coups de feu ont été entendus au niveau du camp militaire situé à Kati, près de la capitale malienne Bamako selon plusieurs témoins, rapporte la Radio France Internationale. Ce mardi matin, renchérit le media français, des militaires ont pris des armes au camp « Soundiata Keïta » de Kati, à 15 kilomètres de Bamako, où se trouve une garnison militaire, l’une des plus importantes du pays. Par ailleurs, des tirs ont été également entendus au camp de la garde nationale dans le centre-ville. Des témoins ont aussi aperçu des mouvements de véhicules non loin de ce camp-là. Les militaires frondeurs ont pris le contrôle du camp et des routes qui mènent vers Bamako, située à 15 kilomètres de là. Mais, très vite, les choses se sont précipitées.

Sur son site, le magazine panafricain Jeune Afrique informe que le président malien a été arrêté par des militaires, ce mardi en fin de journée à Bamako. Ibrahim Boubacar Keïta se trouvait dans sa résidence de Sebenikoro, à Bamako, lorsqu’il a été arrêté par des militaires mutins, vers 16h30, heure locale. Il était alors en compagnie du Premier ministre, Boubou Cissé, et de son fils, le député Karim Keïta. Cette information a été confirmée par plusieurs sources gouvernementales et diplomatiques, précise le magazine.

A la tête de cette fronde qui emporte le régime malien, le flou persiste. Ce qu’on sait à cette heure selon RFI, ce sont des officiers qui auraient procédé à l’arrestation de hauts gradés de l’armée. Des personnalités civiles auraient également été arrêtées et la situation est plutôt confuse, surtout que les frondeurs n’expliquent pas pourquoi ils sont mécontents et qu’elles sont leurs intentions.

Le Président IBK annonçant sa démission dans la nuit du 19/08/2020

Une chute inévitable ?

Tout a commencé le 5 juin lorsque le M5 – mouvement du 5 juin – réunissant une partie de la société civile, de l’opposition et de religieux a appelé les maliens à descendre dans les rues pour exprimer leur ras-le-bol contre le régime IBK. Menés par l’influent chef religieux Mamadou Dicko, sur fond de revendications politique et sociale, les manifestants ont réclamé dans un premier temps la démission du Président malien. Le 10 juillet, une troisième manifestation a fait onze morts et des dizaines de morts selon plusieurs médias. Selon l’ancien président Nigérian, Olosegun Obasanjo, dans une tribune publiée dans Jeune Afrique le 15 juillet, « les sources [du] mécontentement sont nombreuses : celui-ci est en effet directement lié aux accusations de corruption et d’incompétence qui visent régulièrement l’administration IBK, mais aussi à la lenteur des progrès réalisés dans la lutte contre l’insécurité dans le Nord et le Centre, à la pauvreté, au chômage, … ». Mais, l’élément déclencheur reste les résultats des législatives d’avril dernier. Alors que les résultats provisoires ont annoncé 43 députés pour le parti au pouvoir, le Rassemblement pour le Mali, la Cour a ainsi annoncé qu’il avait emporté 51 sièges sur les 147 que compte l’Assemblée nationale. « Comment comprendre qu’une communauté choisisse une personne pour la représenter, et que la Cour décide de passer outre ce choix ? », fulminait Souleymane Boundy, secrétaire général du bureau national de la jeunesse de la Convergence pour le développement du Mali (Codem) qui totalise cinq sièges. « En faisant solennellement du vainqueur un vaincu, il est normal que cela suscite l’indignation. C’est pour cela que lundi [4 mai] soir c’était le chaos à Bamako. », déclarait-il en mai dernier pour justifier les mouvements de protestation.

Pour tenter de mettre fin à la crise, la CEDEAO a dépêché une délégation conduite par l’ancien président nigérian Obasandjo. Face à l’échec de la médiation de cette délégation, cinq chefs d’Etat de la CEDEAO ont fait le déplacement à Bamako pour rencontrer à leur tour les différents acteurs de la crise. Mais, les présidents ivoirien, Nigérian, ghanéen, nigérien et sénégalais n’ont pu faire mieux et ont convoqué pour le 27 juillet une réunion extraordinaire de l’organisation sous-régionale à l’issue de laquelle ils ont exigé la démission immédiate des 31 députés dont l’élection est contestée. Sauf que les concernés ont refusé de céder. En face des députés contestés qui refusaient de rendre le tablier, il y avait la détermination du Mouvement du 5 juin – Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP) qui, finalement a fait de la démission de IBK une exigence. Ragaillardi par le soutien de ces pairs, le président malien Ibrahim Boubacar Kéita, a, de son côté durci le ton et pris à partie l’Imam Mamoudou Dicko, le visage le plus connu de la contestation qui ébranlait son régime depuis le 5 juin. Selon des propos rapportés par la Radio France internationale et démenti par la présidence malienne, lors du sommet extraordinaire, IBK affirmait que « Le but de ces manifestations organisées par l’imam Dicko est de conduire à une transition dirigée par le célèbre marabout et qui devrait ouvrir la voie à un État islamique. C’est là, la rançon de guerre de l’imam Dicko, un crime impardonnable. », avant de dénoncer un coup d’Etat rampant de l’opposition. C’était l’impasse et la trêve déclarée par les manifestants dans le cadre de la Tabaski n’a pu permettre d’aplanir les divergences.

Comme en 2012 pour la chute d’Amadou Toumani Touré, c’est de Kati qu’est venu le coup de grâce qui est venu mettre fin au régime de son successeur. Cette année-là, « des soldats avaient pris les armes, officiellement parce que sur le terrain, au centre et au nord du pays, il n’y avait pas à l’époque assez de munitions pour combattre l’ennemi. La révolte s’était changée en mutinerie et les militaires en colère étaient descendus à Bamako, où ils avaient pris le contrôle de l’Office de radio et télévision du Mali. » Les jours qui vont suivre permettront d’en savoir plus sur les motifs de ce nouveau coup d’Etat. Déjà Ibrahim Boubacar Keita a annoncé dans la nuit du mardi 18 août au mercredi 19 août sa démission et la dissolution de l’Assemblée Nationale ainsi que de son gouvernement. A suivre…