PRESIDENTIELLE 2020 EN CÔTE-D’IVOIRE : Ouattara envers et contre tous

Par le 11/09/2020 0 87 Views

Le 31 octobre prochain, les Ivoiriens iront aux urnes pour les élections présidentielles. Au terme du délai de dépôt des candidatures lundi 31 août, quarante-quatre dossiers de candidatures sont enregistrés par la Commission électorale indépendante (CEI). Bien que radiés de la liste électorale, les dossiers de Laurent Gbagbo et Guillaume Soro ont été déposés au dernier jour par leurs partisans. Egalement dans le starting block, l’ancien président Henri Konan Bédié représente le Parti démocratique de Côte-d’Ivoire. Candidat pour un troisième mandat, le président Alassane Ouattara doit faire face à de vives protestations de l’opposition, ayant déjà causé des morts, rappelant des pages sombres de l’histoire du pays.    

Le 6 août dernier, veille de la célébration du 60e anniversaire de l’accession de son pays à l’indépendance, le président ivoirien Alassane Dramane Ouattara, a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle du 31 octobre. Mettant ainsi fin à un faux suspense après la mort du premier ministre Amadou Gon Coulibaly, candidat désigné du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), il brigue un troisième mandat après y avoir renoncé dans un premier temps. A la suite de cette annonce, des manifestations ont éclaté à Abidjan et l’intérieur du pays. Des groupes proches de l’opposition ont appelé la société civile à protester dans tout le pays, malgré l’interdiction par le gouvernement de toute manifestation non autorisée. Comme dans d’autres villes du pays, des jeunes du quartier de Yopougon ont tenté de manifester et de bloquer la voie. « On n’a pas encore marché. On le voulait, mais les policiers sont venus, nous ont poursuivis avec des grenades lacrymogènes. Ce pouvoir, c’est la dictature », protestait un homme, pendant qu’un autre encore enchérit : « Le peuple a le droit de revendiquer ses droits. Si les gens ne sont pas pour ton 3e mandat, c’est à toi de leur expliquer en fonction de ce qui est dans la Constitution. » Les journées du mercredi et du jeudi 12 et 13 août ont donc été le théâtre d’incidents ayant quatre morts. La situation a vite dégénéré en affrontements à Daoukro, où les sièges des PDCI et RHDP ont été saccagés et à Bonoua, où un commissariat a été incendié. Le PDCI a même parlé de près de 90 blessés pour la seule ville de Daoukro, fief de Henri Konan Bédié. Malgré ce début de violences qui fait craindre le pire, Ouattara maintient son cap sur l’élection.

Rencontre entre le Président Ivoirien et son homologue Français
image: RFI

Ouattara avance tête foncée malgré les protestations de l’opposition et l’appel au dialogue

Comme si de rien n’était, Alassane Ouattara déroule son agenda politique sous un air de campagne pour l’élection présidentielle du 31 octobre. De retour de Paris où il a rencontré le président français, Emmanuel Macron, le président ivoirien déclarait à la presse avoir « rassuré » son homologue après les violences qui ont fait suite à sa candidature. Pour lui, « ces perturbations sont le résultat de manipulations » et « des dispositions sont prises pour que cela ne se reproduise plus ». Mais, c’est sans compter avec la détermination des partisans de l’opposition qui estiment que sa candidature est inconstitutionnelle. Pascal Affi N’Guessan, candidat du Front populaire ivoirien (FPI), EDS, la plate-forme de soutien à Laurent Gbagbo, les avocats d’Henri Konan Bédié et de Guillaume Soro, tous ont déposé un recours devant le Conseil constitutionnel pour invalider la candidature du président ivoirien. Pour Affi N’Guessan, cette candidature est illégale parce que « Le candidat Alassane Ouattara ne peut prétexter d’une virginité de mandature lui permettant de briguer un troisième mandat. […] De toute évidence, il a poursuivi son deuxième mandat sous l’empire de la Constitution de 2016 ». Même son de cloche du côté de la plateforme EDS qui invoque la « continuité législative énoncée dans l’article 183 de la Constitution de 2016 ». Stéphane Kipré, président de l’Union des nouvelles générations appelle même à un report de l’élection, dénonçant le silence d’Emmanuel Macron après sa rencontre avec le président ivoirien. Face à cette montée de violence et à ce durcissement des positions qui rappellent les épisodes de guerre de 2002 et 2010, des voix s’élèvent pour appeler Ouattara à revenir sur sa décision de se porter candidat.

Le 31 août, alors que les candidats se bousculaient pour déposer leurs dossiers de candidature dans le délai, l’archevêque d’Abidjan, le cardinal Jean Pierre Kutwa a pris la parole et appelé au respect de la Constitution, à l’apaisement et au dialogue comme préalable aux élections. « Je ne puis me taire plus longtemps, j’en appelle solennellement à la conscience individuelle et collective afin qu’un terme soit mis à la violence et que place soit faite au dialogue. Je voudrais inviter les uns et les autres à aller au dialogue et à la concertation dans la recherche de solutions à cette crise qui n’augure pas des lendemains meilleurs quant à l’organisation paisible des élections. », affirme le cardinal Kutwa. Se prononçant sur le cas Ouattara, il « déplore que des lectures antagonistes de la Constitution soient faites par les différents camps politiques et appelle de ses vœux une exégèse scientifique et définitive de la loi fondamentale. ». Estimant que la candidature du président ivoirien « n’est pas nécessaire », le prélat en appelle à « son devoir régalien de garant de la Constitution et de l’unité nationale (…) en vue de ramener le calme dans le pays, de rassembler les Ivoiriens, de prendre le temps d’organiser les élections dans un environnement pacifié par la réconciliation ».

La voix de la sagesse finira-t-elle par l’emporter ou Ouattara ira jusqu’au bout de son projet ? En tout cas, selon Jeune Afrique, Emmanuel Macron se serait inquiété des tensions en Côte d’Ivoire. Le président français aurait même demandé à Alassane Ouattara de reporter l’élection présidentielle afin « de lui permettre, ainsi qu’à ses principaux opposants Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié, de se retirer » après avoir organisé un dialogue avec eux.