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MALI/ENLEVEMENT DE SOUMAÏLA CISSE : LE NEGOCIATEUR ENLEVE

Le 25 mars, le leader de l’opposition malienne et président de l’Union pour la République et le développement (URD), Soumaïla Cissé, a été enlevé, en même temps que des membres de sa délégation, eux, libérés. Il faisait alors campagne dans sa région natale de Niafunké, près de Tombouctou, dans le nord du pays, pour le premier tour des législatives tenu le dimanche 29 mars. Médiateur dans les négociations pour la libération de l’opposant, Amadou Kolossi, le maire de la commune de Koumaïra, est à son tour pris en otage.

Enlevé depuis le 25 mars dernier au cours de la campagne pour les législatives qu’il menait dans son fief, le chef de fil de l’opposition malienne, Soumaïla Cissé est toujours aux mains de ses ravisseurs. Les membres de sa délégation enlevés avec lui, environ une douzaine, ont été libérés quelques jours après. Quatre parmi eux ont été blessés et une personne décédée selon les informations relayées par les médias internationaux. Pour obtenir sa libération, son parti a monté une cellule de crise le lendemain, avant celle du gouvernement installée une semaine après l’enlèvement et après le premier tour des élections législatives, maintenues malgré cette disparition et le risque de la pandémie du Covid-19.

Amadou Oumar Kalossi, membre du même parti que Soumaïla Cissé, et maire de la commune de Koumaïra, située au sud de Tombouctou, conduit les négociations tente. Mais, selon les informations relayées par Jeune Afrique ce 10 avril, ce dernier est lui aussi devenu otage. Il serait retenu par des jihadistes de la Katiba Macina, un groupe armé apparu en 2015 au nord du Mali lors de la guerre qui y a sévi.

Le point des recherches

On ignore encore la date précise de l’enlèvement du médiateur. Mais mardi 7 avril, le ministre malien des Affaires étrangères, Tiébilé Dramé, a réclamé sa libération immédiate devant le Conseil de sécurité de l’ONU. Quant à Soumaïla Cissé, jusqu’à ce deuxième enlèvement, les négociations semblaient sur la bonne voie pour sa libération, selon les informations officielles, même si aucune preuve de vie n’a été donnée jusqu’à ce jour. .

Le jeudi 26 mars, vingt-quatre heures après l’enlèvement de leur leader, le responsable de la cellule de crise mise en place par son parti déclarait au micro de RFI que Soumaïla Cissé se porterait bien. « Nos représentants locaux, notamment ceux de Koumaïra, sont en relation avec tout le monde dans la zone. [Ils] certifient qu’il se porte bien. », rassurait-il. De son côté, le gouvernement indiquait que « Toutes les dispositions pratiques sont prises » pour le retrouver. La Mission de l’ONU au Mali, la Minusma, avait même fait décoller un avion pour participer aux recherches, quelques jours après l’enlèvement.

Selon RFI, il n’y a eu à ce jour aucune revendication pour ces deux enlèvements. « Soumaïla Cissé et Amadou Kalossi sont-ils ensemble ? Nous n’avons pas de réponse », explique Salifou Sanaogo, vice-président de l’URD au micro de cette radio.

Le jeudi 2 avril, le ministère malien de l’Administration territoriale a rendu public les résultats provisoires du premier tour des élections législatives. Sur dix-sept députés élus, le parti au pouvoir le Rassemblement pour le Mali (RPM) a obtenu huit sièges, contre trois pour l’Union pour la démocratie et la République (URD), parti de l’opposant enlevé, qui figure parmi ces députés élus dès le premier tour. Le second tour est prévu pour le dimanche 19 avril, alors que le pays est touché par le Covid-19 et que la situation sécuritaire ne s’est pas encore améliorée. Reste à savoir les revendications réelles des ravisseurs des deux otages et si ce deuxième enlèvement ne complique pas les négociations.

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Sante/coronavirus : une pandémie qui remet tout en cause

Depuis mi-décembre 2019, le monde fait face à une crise sanitaire sans précédent dû au nouveau coronavirus du nom de Covid-19. Parti de la ville de Wuhan, en Chine centrale, l’infection s’est étendue aujourd’hui à 191 pays et territoires et touche désormais plus de 1 500 000 cas confirmés avec plus de 90 000 morts dans le monde. L’Afrique, avec 52 pays touchés selon le Centre pour la prévention et le contrôle des maladies de l’Union africaine, compte 11 424 de cas confirmés pour 572 morts. La mobilisation générale contre cette maladie a donné lieu à des mesures extrêmes jamais envisagées dans le monde libre et les habitudes autrefois jugées indispensables entre les humains sont déconseillées, le temps que la pandémie disparaisse.

Le virus Covid-19, détecté sur le marché de Wuhan, en Chine, lieu à partir duquel il s’est répandu dans presque tous les pays à travers le monde, infectait seulement des animaux sauvages. Désormais, il se transmet d’homme à homme. La transmission interhumaine est avérée par voie respiratoire, contact étroit avec un malade à moins d’un mètre (postillons, toux, éternuements).

Une maladie particulière …

Le Covid-19 a un fait remarquable : sa rapidité d’expansion. Le virus voyage très vite. Cette particularité, Serge Morand, écologue de la santé au Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), le décrit si bien dans un article publié sur le site de RFI. « (…) il était tranquillement dans une chauve-souris au mois d’octobre, quelque part en Asie, et cinq mois plus tard, il est dans toutes les populations humaines sur toute la planète. C’est absolument incroyable et invraisemblable cette rapidité. (…) » Pour se prémunir du nouveau coronavirus, des mesures unanimes sont recommandées dans tous les pays du monde. Il s’agit des « gestes barrières ». Se laver très régulièrement les mains (avec du savon ou du gel hydroalcoolique) ; tousser ou éternuer dans son coude ou dans un mouchoir ; utiliser des mouchoirs à usage unique puis les jeter immédiatement ; saluer sans se serrer la main et éviter les embrassades ; conserver au moins un mètre de distance avec les autres personnes. En plus de ces mesures communes, chaque pays, selon l’appréciation de la situation par ses dirigeants, adopte d’autres. Dans de nombreux pays occidentaux, le confinement s’est imposé comme une nécessité absolue pour stopper la propagation de l’épidémie. Le vendredi 27 mars, comme le rapporte le site vaticannews.va, le Pape François a présidé un temps de prière devant une Place Saint-Pierre totalement vide en raison de la pandémie du Covid-19. Inédit ! Il faut dire qu’avec le nouveau coronavirus, tout ce qui était de l’ordre de la normalité est désormais anormal et vice-versa !

Des actes que des gouvernements dits démocratiques ne pouvaient jamais imaginer prendre, même en secret, se sont imposés comme mesures indispensables pour endiguer la propagation. En tant de paix sanitaire, fermer une école ou interdire une prière religieuse soulèverait des protestations jusqu’au Conseil de Sécurité de l’ONU. En Algérie, le Hirak, mouvement populaire qui a balayé l’ex-président Abdelaziz Bouteflika et qui, depuis le 22 février 2019, manifestait chaque semaine pour exiger entre autres le départ du système est suspendu. Avant, les répressions, encore moins les promesses du nouveau pouvoir n’ont pu les convaincre d’arrêter. De l’autre côté, des décisions que des régimes dits dictatoriaux ou des groupes radicaux n’auraient jamais prises, même sous la menace d’une quelconque sanction se sont avérées des mesures indispensables pour freiner l’expansion du virus. L’Iran a libéré des milliers de prisonniers. L’un des trois principaux groupes armés séparatistes anglophone au Cameroun a répondu favorable à l’appel au cessez-le-feu « partout dans le monde » lancé le 23 mars par le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres dans le contexte de lutte contre le Covid-19. Les plus grands médiateurs du monde n’ont pu avoir gain de cause auprès des belligérants et aucune sanction n’a pu infléchir les positions des gouvernements autoritaristes. A cause du Covid-19, Emmanuel Macron a eu un répit avec les gilets jaunes, et la très controversée et combattue réforme des retraites a été rangée pour le moment.

Le virus contraint à la propreté
Internet ; lalibre.be

Qui laissera des traces

L’épisode de cette crise sanitaire inédite induira à coup sûr un nouvel ordre, dans un sens comme dans l’autre. Du point de vue des relations humaines, le Covid-19 a créé de la distance entre les hommes, à travers les gestes barrières. Par mesure de sécurité, même dans les familles, la mesure de la distanciation sociale d’au moins un mètre est recommandée. Par peur de les contaminer, les parents se méfient d’embrasser leurs enfants de retour à la maison, sauf après s’être nettoyé convenablement. La spontanéité a disparu dans l’expression de la chaleur humaine et chacun s’y fait pour se sauver et sauver l’autre. Ce virus éteint notre humanité.

Sur le plan économique et industriel, comme le relève Perpétue Houéfa AHOMAGANON dans son article où elle s’interrogeait sur l’impact du nouveau coronavirus sur l’environnement, on assiste à une « réduction du transport routier, baisse du trafic aérien, confinement de la population, diminution de la consommation et arrêt temporaire des usines ». Ce qui, renchérit-elle, a entraîné des bénéfices inattendus pour le climat. Des études ont montré la baisse de la pollution dans le monde. La pollution sonore a baissé avec la fermeture des bars et des lieux de culte. Avec le coronavirus, on s’est subitement rendu compte qu’on pouvait vivre ou agir autrement que d’habitude.

Dans un article publié le 28 mars, RFI rapporte les témoignages des habitants dans certaines villes occidentales durement touchées par la pandémie. Des propos qui résument mieux la nouvelle donne qu’induit le Covid-19. « C’est une situation sans précédent pour tout le monde, y compris pour ceux qui ont connu les restrictions des années 40. Je pense que la vie ne sera plus vraiment comme avant. », concède Jonet Bown, 75 ans, retraitée à Harrogate au Royaume-Uni. Pour Ricard Closa, 56 ans, agent d’assistance à la personne dans un centre de santé à Igualada en Espagne, « Cette situation devrait nous faire réfléchir à notre modèle de société. Quelle échelle de valeurs avons-nous ? De quoi nous soucions-nous vraiment ? Nous devons ouvrir les yeux et changer nos habitudes. (…) » Parmi ces témoignages, c’est Léon Kruitwagen, 55 ans, directeur d’une agence en évènementiel à La Haye au Pays-Bas qui conclut, sur un ton de défi lancé aux humains à travers le monde. « Cette crise mondiale nous montre la fragilité de notre existence. (…)  C’est le moment opportun pour inventer un autre monde. »

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SANTE/CORONAVIRUS: Une pandémie et un bouleversement mondial

Apparu mi-décembre 2019 dans la ville de Wuhan en Chine, le nouveau coronavirus s’est aujourd’hui étendu à tous les continents, avec chaque jour un bilan funeste. En raison de sa propagation rapide, l’OMS l’a déclaré pandémie. Pour s’en prémunir, chaque Etat a pris des mesures, les unes plus drastiques que les autres. Du confinement des populations à la mise en quarantaine de tout un pays, en passant par la fermeture des écoles et des frontières, on assiste à une remise en cause générale de tout ce qui était mondialement admis comme la norme. Pour endiguer cette maladie mortelle, toutes les mesures sont envisagées, tout devient possible.

« Mi-décembre 2019, dans la ville de Wuhan, en Chine centrale, une épidémie de coronavirus s’est déclarée, causée par un nouveau type de coronavirus d’abord nommé 2019-nCoV, puis renommé SARS-CoV-2. Encore jamais observé avant son apparition dans cette métropole de 11 millions d’habitants, les autorités sanitaires chinoises ont officiellement annoncé sa découverte le 7 janvier 2020. Le 30 janvier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré une urgence de santé publique de portée internationale. Le 11 février, l’OMS a donné un nom à la maladie causée par ce nouveau coronavirus : Covid-19. Le 11 mars, l’OMS a requalifié l’épidémie en pandémie. » Ainsi RFI décrit la chronologie de cette maladie qui progresse avec un effet boule de neige. Le 25 mars 2020, on décompte plus de 340 000 cas d’infection détectés dans 164 pays et territoires depuis le début de l’épidémie avec au moins 19 000 morts. Selon l’OMS, 85% des cas recensés se trouvent en Europe et aux Etats-Unis. L’Afrique compte environ 1 988 cas confirmés pour 58 décès selon le Centre pour la prévention et le contrôle des maladies de l’Union africaine. 44 pays sur 54 sont désormais touchés. C’est dire combien la situation est alarmante. Et les dirigeants du monde en ont pris la mesure.

Les manifestations du nouveau coronavirus

Le coronavirus appartient à une famille de virus dont certains n’affectent que les animaux. La maladie respiratoire engendrée par ce virus est désignée par le terme Covid-19, pour Coronavirus Disease 2019. Les coronavirus sont zoonotiques et se transmettent entre les animaux et les humains. Le SARS-CoV-2 désigne l’agent pathogène qui se transmet entre les hommes. L’hôte intermédiaire du SARS-CoV-2 (Covid 19) pourrait être le pangolin, petit mammifère à écailles menacé d’extinction, estiment des scientifiques chinois. Le virus serait apparu en décembre sur un marché de Wuhan où étaient vendus des animaux sauvages destinés à être consommés.

La peur de la contagion bouleverse tous les programmes mondiaux
Image: Huffigton post

La transmission interhumaine est avérée par voie respiratoire, contact étroit avec un malade à moins d’un mètre (postillons, toux, éternuements), rappelle RFI. Dans la crainte d’une contamination, la curiosité est donc portée sur la durée de vie du virus une fois projeté par un porteur. A ce propos, de récentes analyses permettent d’en apprendre davantage. L’Institut américain de recherche sur les allergies et les maladies infectieuses s’est penché sur la question de la survie du Covid-19 sur différents supports. Sur les « aérosols », c’est-à-dire les micro-gouttelettes en suspension dans l’air, le virus peut y être détecté 3 heures après leur projection. C’est dire qu’un malade qui éternue ou tousse sans se protéger la bouche, comme il est recommandé, diffuse autour de lui ces gouttelettes infectées pendant trois heures. Concernant les surfaces, la même étude montre que le Covid-19 résiste 4 heures sur du cuivre, 24h sur du carton et jusqu’à 2 ou 3 jours sur du plastique ou de l’acier inoxydable. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il est conseillé de désinfecter régulièrement des surfaces comme les poignées de porte, les boutons d’ascenseur ou encore les bureaux d’entreprises à l’eau de javel ou de l’eau et du savon. En Chine par exemple, une équipe a étudié le cas d’un immeuble où 7 personnes, travaillant dans des bureaux différents et n’ayant pas eu de contacts directs, étaient tombées malades. Ils ont alors émis l’hypothèse selon laquelle les toilettes communes pourraient être la source d’infection, via de la matière fécale. Cela rappelle l’importance de désinfecter les lieux de passage et surtout de se laver les mains et d’éviter les contacts humains, insiste la Radio française.

Le grand bouleversement

Le Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), maladie respiratoire contagieuse et parfois mortelle, également  causée par le coronavirus, apparue en 2002, n’est transmissible par un malade que 4 ou 5 jours après l’apparition des premiers symptômes. Mais, le Covid 19 est transmissible dès le début, aussitôt les premières toux, fièvre ou difficulté respiratoire. Chez certains patients, avant même qu’il ne se sente souffrant. Ce qui constitue une difficulté à enrayer la propagation du virus et explique la vitesse exponentielle de son évolution dans chaque pays touché et d’un pays à un autre au gré de la mobilité des personnes.

Le Covid 19 dicte à toutes les nations du monde un mode de fonctionnement jamais imaginé auparavant. Quelques jours après l’apparition du nouveau coronavirus en Europe, Daniele Rugani, le défenseur de la Juventus a été le premier joueur de l’élite testé positif. En Liga le défenseur argentin du FC Valence, Ezequiel Garay a contracté la maladie. En réponse, les dirigeants de ces clubs ont décidé de mettre en quarantaine ces derniers et leurs coéquipiers avec qui ils sont entrés en contact. Le virus se propageant d’homme à hommes, l’idée de jouer les matches à huis-clos a pris rapidement corps. Mais, la maladie va à une vitesse très rapide et extraordinaire. Les foyers de contamination se multiplient. Ce qui a poussé les dirigeants du sport mondial à envisager l’inédit : suspendre ou reporter tous les événements sportifs. Les championnats européens, la Ligue des champions de l’UEFA 2019-2020, la League Europa, la saison NBA 2019-2020 ont été suspendus jusqu’à nouvel ordre. En Afrique, les 3e et 4e journées des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN 2021) prévues pour les 25 et 31 mars ont été reportées sine die. Le Championnat d’Afrique des nations (CHAN) programmé du 4 au 25 avril au Cameroun a également été repoussé. L’Euro 2020 n’a pas échappé à la règle, l’UEFA s’étant résolue à la reporter en 2021.  Les Jeux olympiques d’été de 2020 qui doivent avoir lieu à Tokyo à partir de la fin juillet ont finalement été programmés pour une date ultérieure.

Tous les grands rendez vous sont reportés

Du jamais vu, sauf durant les deux guerres mondiales qui ont induit pareille décision. Le secteur du divertissement n’est pas du reste, divers groupes de musique suspendant ou annulant leurs tournées de concerts. Les cultes religieux sont suspendus. Plus impensable dans ce monde libre ou la libre circulation des personnes et des biens est un principe sacro-saint, la fermeture des frontière ! Lors d’une allocution à la télévision le 11 mars au soir, le président américain Donald Trump déclarait que « Pour empêcher de nouveaux cas de pénétrer dans notre pays, je vais suspendre tous les voyages en provenance d’Europe vers les États-Unis pour les 30 prochains jours ». Les dirigeants européens n’en revenaient pas et n’avaient même pas apprécié une telle « démesure ». Mais depuis, la mode s’est généralisée. L’UE s’est à son tour barricadée ! Quarantaine, confinement obligatoire, état d’urgence, couvre-feu, rares sont les pays à ne pas avoir encore franchi le pas. L’Italie fut le premier pays à se mettre en quarantaine, confinant toute sa population. En France, en Grande-Bretagne, en Côte-d’Ivoire, au Sénégal, pour ne citer que ces pays, les écoles sont fermées et les rassemblements interdits. Du jamais vu !

Même en période de guerre ou après un attentat terroriste quelque sanglant qu’il soit, le discours des dirigeants à l’unisson est un appel à la sérénité. En dehors d’un appel à la vigilance, les populations sont même invitées à vaquer à leurs occupations pour « montrer à l’ennemi qu’il n’a pas réussi à atteindre le cœur de la république » et que l’axe du mal ne gagnera pas. Mais, le Covid 19 n’est pas qu’un ennemi. Il est un monstre invisible et terrifiant. Il modifie même la manière habituelle de vivre la maladie. Auparavant, le malade était entouré de ses proches qui sont là pour lui apporter les soins, lui éviter l’angoisse de la maladie. La personne infectée au nouveau coronavirus doit le vivre seul et loin de tous. Tout ce qui était impossible, même sous une menace est aujourd’hui possible. Face au Covid 19, tout le monde est appelé à rester chez lui, sauf les personnes dont le travail ou l’intervention contribue à prendre en charge les maladies et à lutter contre la maladie. En attendant un traitement curatif et un vaccin approuvés, seul un respect strict des recommandations sanitaires est un gage pour vaincre la maladie. Quand elle passera, elle laissera des traces et l’humanité aura à coup sûr un nouveau sens.

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JIF 2020/HASHTAG #VRAIEFEMMEAFRICAINE : L’expression d’un ras-le-bol contre les stéréotypes et les violences subies par les femmes

Fin février, est apparu sur les réseaux sociaux le hashtag (mot-dièse) #VraieFemmeAfricaine repris en boucle par les internautes, des femmes pour la plupart. Dénonçant les clichés sexistes que la société véhicule sur les femmes en général et africaines en particulier, #VraieFemmeAfricaine a l’allure d’un ras-le-bol qui vise à libérer la parole sur ce qui est vécu comme une violence par ces dernières.

Aux origines d’un hastag devenu viral

Un soir de février, rappelle Le Monde Afrique, elle regardait « une émission où il se disait que, pour être “une vraie femme africaine”, il ne fallait pas accoucher par césarienne ou avec l’aide d’une péridurale. Comme si, à cause de notre mélanine, nous étions vouées à souffrir ».  Elle, c’est Bintou Mariam Traoré, journaliste et féministe ivoirienne de 26 ans à l’origine de cette campagne. Son sang n’a fait qu’un tour, poursuit le journal qui ajoute que lui sont revenues « toutes les remarques sur ce qui faisait [d’elle] une vraie ou une fausse femme africaine ». 

Alors, le 26 février, en publiant son premier post pour exprimer son indignation, elle était loin d’imaginer que son sentiment trouverait un écho aussi retentissant sur tout le continent. Très tôt, la parole s’est libérée. Sur la toile, on a aperçu un florilège de petites phrases reprenant les stéréotypes sur la femme africaine. Sur un ton ironique, chacune y est allée de son vécu et de son inspiration. « Je subis, je me tais … J’encaisse, je vis le supplice. L’Afrique ne me comprend qu’à ce prix! Et le silence devient mon crédo, wehh je suis une #vraiefemmeafricaine » ; « Une #VraieFemmeAfricaine reste derrière son mari quand ils marchent dans la rue. Marcher à côté est un manque de respect. » ; « Une vraie femme africaine ne s’offusque pas quand son mari la trompe, elle se remet en question ». A la manière du mouvement #MeToo né aux Etats-Unis et amplifié avec l’affaire Harvey Weinstein (du nom du producteur accusé d’agressions sexuelles) pour encourager la prise de parole des femmes, afin de faire savoir que le viol et les agressions sexuelles sont plus courants que ce qui est souvent supposé, et de permettre aux victimes de s’exprimer sur le sujet, #VraiFemmeAfricaine, grâce à la magie des réseaux sociaux, a permis de lever un coin de voile sur ces clichés qui justifient encore des violences que continuent de subir des femmes.

Autant de préjugés que subissent les femmes en Afrique

Transformer le ballon d’essai en une action pérenne pour un changement de comportement

Après quelques jours de publications quotidiennes et de commentaires parfois passionnés, l’engouement autour de #VraiFemmeAfricaine s’éteint. Ce qui fait redouter que mouvement ne soit qu’un buzz qui passe une fois la passion retombée. Or, l’importance du sujet en question appelle à une action pérenne. C’est d’ailleurs par une question qu’un internaute homme a lancé la réflexion. « Au-delà de la campagne, que fait chaque femme (attitudes et comportements) pour changer la perception de la société sur la Femme? », interroge-t-il. Comme pour lui répondre, rapporte Le Monde Afrique, Bintou Mariam Traoré compte bien surfer sur l’élan de son hashtag pour organiser le mouvement et concrétiser des actions. Sur l’intérêt des internautes, elle analyse : « On me disait que ce hashtag ne tiendrait pas soixante-douze heures, mais il est encore là, car il libère la parole des femmes ». En ce jour de la Journée internationale de la femme, il y a lieu de porter #VraieFemmeAfricaine sur le terrain afin que, comme le conclut Sarah-Jane Fouda, universitaire et consultante d’origine camerounaise, le 8 Mars en Afrique « ne soit plus seulement la journée du pagne ».

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Santé/ Obésité : la Banque Mondiale tire la sonnette d’alarme

Début février, la Banque mondiale a publié un rapport intitulé : « Obesity, Health and Economic Consequences of an Impending Global Challenge ». Rappelant que les maladies liées au surpoids et à l’obésité, comme le diabète, les maladies cardiaques et le cancer, figurent parmi les trois principales causes de décès dans la plupart des pays du monde à l’exception de l’Afrique subsahariennes, la Banque mondiale alerte sur le danger que constitue cette affection. Dans son rapport, elle indique les cinq moyens pour inverser la tendance.

Les chiffres sont inquiétants. Dans son communiqué de presse N° : 2020/111/HNP, la Banque mondiale signale que le coût de l’obésité devrait atteindre plus de 7 000 milliards de dollars dans les pays en développement à l’horizon des quinze prochaines années. Pendant longtemps, le surpoids et l’obésité ont été considérés comme un problème de pays riches alors que 70 % des deux milliards de personnes en surcharge pondérale dans le monde vivent en réalité dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. L’obésité, précise le communiqué, est devenue une préoccupation croissante dans tous les pays, quel que soit leur niveau de revenu parce qu’elle entraîne une augmentation des limitations fonctionnelles, de la mortalité et des dépenses de santé et qu’elle fait baisser l’espérance de vie et la productivité. Ainsi, selon des données récentes, la surcharge pondérale a presque triplé depuis 1975 et elle est désormais responsable de quatre millions de décès dans le monde chaque année. Par exemple, en Chine, entre 2000 et 2009, le coût des soins liés à l’obésité est passé de 0,5 à plus de 3 % des dépenses annuelles de santé du pays. Au Brésil, ces dépenses devraient doubler et passer de moins de 6 milliards de dollars en 2010 à plus de 10 milliards en 2050. En 2016, plus de deux milliards d’adultes (44 %) étaient en surpoids ou obèses, et plus de 70 % d’entre eux vivaient dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. Cette situation préoccupe la Banque mondiale qui rappelle les causes de qu’elle appelle épidémie mondiale.

Causes et conséquences de l’obésité

Selon le rapport de la Banque mondiale, les facteurs favorisant la progression de l’obésité sont en grande partie liés aux comportements et à l’environnement. Il y a également la consommation des aliments ultratransformés et sucrés, le recul de l’activité physique lié aux progrès technologiques au travail et à la maison, sans oublier la consommation plus importante d’aliments nocifs pour la santé, souvent consécutive à un changement de statut du fait de l’augmentation de la richesse et des revenus. A ces causes, il faut ajouter l’exposition aux risques environnementaux, tels que la pollution de l’air et l’accès limité aux services de base qui contribuent aussi de manière significative à l’obésité. Les conséquences sont énormes tant pour l’Etat que pour les individus.

Le rapport le souligne, de nombreux pays du monde souffrent aujourd’hui de ce que l’on appelle le « double fardeau de la malnutrition », à savoir des taux élevés de retard de croissance chez les enfants et des taux d’obésité en augmentation rapide, compromettant encore plus leur capital humain. Cela se traduit par des modifications des structures familiales, car les membres de la famille, en particulier les femmes, deviennent par la force des choses les aidants de proches plus âgés. Ce phénomène pèse également plus lourdement sur les personnes pauvres qui sont plus vulnérables aux chocs sanitaires et économiques. Pour endiguer cette l’épidémie qui la préoccupe, la Banque mondiale recommande aux Etats des actions concrètes et des mesures à prendre.

Lutter contre l’obésité

Malgré l’augmentation de l’espérance de vie, la progression des pathologies chroniques et non transmissibles comme entre autres l’obésité demeure une menace mondiale. Préoccupée par cette situation, la Banque mondiale, tirant leçons des réussites de certains pays, a recensé cinq mesures prometteuses. Il s’agit de l’étiquetage obligatoire des aliments transformés, d’une meilleure éducation des consommateurs, des politiques fiscales fortes comme la taxation des aliments nocifs pour la santé, l’investissement dans des programmes de nutrition de la petite enfance et de meilleurs aménagements urbains, tels que des aires de jeux dans les écoles et des voies pour cyclistes et piétons.

Aux Tonga par exemple, le gouvernement a introduit un système de « taxes pour la santé » qui vise principalement à décourager les achats et à réduire la consommation de produits nocifs, comme le tabac, l’alcool et les boissons sucrées. Dans l’État du Kerala, au sud de l’Inde, la Banque mondiale travaille avec les pouvoirs publics pour éduquer les consommateurs et les producteurs de denrées alimentaires afin de réduire les acides gras trans (AGT) et le sel dans les aliments du commerce, en particulier ceux préparés dans les boulangeries, les restaurants et les points de vente d’aliments frits, en sensibilisant le public et les producteurs aux effets nocifs des huiles contenant des AGT et en proposant des solutions de rechange accessibles.

Manger sain, faire du sport

Comme le soulignait déjà en 2018 un rapport de la banque mondiale rédigé par des « économistes agricoles sensibles aux questions nutritionnels », La problématique de l’obésité comporte de nombreuses facettes. Si les pays veulent améliorer leur capital humain, avertit le nouveau rapport, ils ne pourront plus négliger les maladies non transmissibles ni l’un des principaux facteurs qui les sous-tendent, à savoir l’obésité. Tout l’enjeu sera de parvenir à adopter une approche globale qui mobilise l’ensemble du gouvernement et de la société et embrasse les secteurs de la santé, de l’éducation et de la protection sociale, mais aussi le climat, l’urbanisme et les transports, tout en s’attachant à associer le secteur privé et à consacrer des ressources suffisantes à la protection des générations futures. Pour insister l’urgence que représente l’épidémie, Annette Dixon, Vice-présidente de la Banque mondiale pour le Développement humain affirme en guise de conclusion « La réduction des taux de surcharge pondérale et d’obésité relève d’un bien public mondial. Lutter de manière proactive contre ce fléau contribuera de manière significative à renforcer le capital humain, à favoriser une croissance économique plus forte et à préserver la bonne santé d’une population active bien préparée pour un avenir productif. »

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LA COUPE D’AFRIQUE DES NATIONS TOUS LES 4 ANS : Didier Drogba pris à contre-pied

Ces derniers jours, un débat agite le monde du football africain. Organiser la Coupe d’Afrique des Nations tous les deux ans comme c’est le cas jusque-là ou l’organiser désormais tous les quatre ans comme le suggère le Président de la FIFA Gianni Infantino. Réagissant à cette proposition, l’ex-attaquant ivoirien Didier Drogba, avait trouvé que « cela peut être une bonne chose (…) ». Mais pour Samuel Eto’o, « (…) Gianni Infantino a manqué de tact ». Et il n’est pas le seul à prendre l’ancienne gloire ivoirienne à contre-pied.

Samedi 1er février 2020, se tenait à Salé au Maroc le Séminaire sur le développement des compétitions et des infrastructures en Afrique organisé par la Confédération africaine de football (CAF) et la Fédération internationale (FIFA). Etaient présents à ce séminaire, outre les présidents de la FIFA et de la CAF, les présidents des associations membres et les légendes du football. Gianni Infantino qui veut « projeter le football africain dans l’élite mondiale », prenant la parole, laisse entendre ses projets pour le sport roi. Entre autres propos rapportés par RFI, il lâche « On joue la CAN tous les deux ans depuis des décennies. » avant de demander à l’assistance « Est-ce qu’on voit un développement des infrastructures et des revenus du football africain ? ». Ayant bien préparé sa pédagogie, il poursuit « La CAN génère aujourd’hui vingt fois moins que l’Euro. J’ai voyagé dans 41 pays et ce que j’ai vu n’était pas vraiment une explosion de stades modernes ». Ce qui, de l’avis de tout observateur du football sur le continent paraît une lapalissade. Mais, la suite de ses propos prend tout le monde de court. « Ce que je vous demande – mais c’est votre décision – c’est de discuter et de réfléchir au fait de passer la Coupe d’Afrique des nations à tous les quatre ans, au lieu de tous les deux ans. » Il n’en fallait pas plus pour faire réagir les africains.

D’abord, il y a Didier Drogba qui pense que « Cela peut être une bonne chose parce que cela donnerait une saveur bien particulière à ce trophée par sa rareté. » Un avis que ne partagent d’autres gloires du football africain. Parmi elles, la star camerounaise Samuel Eto’o qui se prononçait sur RFI lors de l’émission hebdomadaire « Le débat africain ». « Il y a un partenariat gagnant-gagnant entre la Fifa et la CAF. Je suis proche de Gianni Infantino et d’Ahmad. Mais je crois que Gianni Infantino a manqué de tact. Surtout qu’il a les portes de la CAF grandes ouvertes », lance-t-il, sur un ton assez tranché. Et l’ex-attaquant du FC Barcelone ne s’arrête pas là. Il poursuit : « Avant, entre la CAF et la Fifa, les relations n’étaient pas bonnes. Mais ça ne donne pas le droit aux autres de nous imposer des choses ». Très en verve, l’ancien « Lion indomptable » s’interroge « Est-ce l’intérêt des Africains d’organiser une CAN tous les quatre ans ? » avant de répondre « Je crois que c’est plutôt celui des Européens. Ils veulent avoir à disposition les Mohamed Salah, Sadio Mané ou Pierre-Emerick Aubameyang. La Fifa défend l’intérêt des clubs européens ». Dans son opposition à une CAN tous les quatre ans, Samuel Eto’o n’est pas seul. Habib Béye, l’ancien international sénégalais, aujourd’hui consultant sur Canal plus pense la même chose. Déjà en 2017, ce dernier donnait son avis. « La Can est une compétition exceptionnelle pour le football africain. Il est plus judicieux de l’organiser tous les deux ans au lieu de quatre années. Ce, même si beaucoup de joueurs africains évoluant en Europe subissent d’énormes pressions de la part de leurs clubs employeurs à chaque phase finale ». Tout comme lui, son compatriote El Hadj Diouf, interrogé par l’Agence de presse sénégalaise pense que « La proposition faite à la CAF d’organiser la Coupe d’Afrique des nations (CAN) tous les quatre ans au lieu de la périodicité actuelle manque de pertinence dans un continent où on a besoin de grands événements. Tous les deux ans, c’est bon pour la Coupe d’Afrique des nations ». Il estime que « Le président de la Fifa n’a fait qu’une proposition, et il faudra que quelqu’un décide. » avant de conclure qu’à [son] avis « une fois les quatre ans, c’est trop ! Gianni Infantino est le patron du football mondial, mais l’Afrique doit pouvoir prendre son destin en main ». Les avis de ces voix contraires à position de Drogba sont largement partagés par les internautes.

En grande majorité, ils sont contre l’idée de passer la CAN à quatre ans comme le démontre un sondage réalisé sur la page Facebook de la chaîne de télévision française France 24. Au terme d’un sondage réalisé le 5 février, 70 % des internautes ont voté pour une CAN tous les deux ans contre 30% tous les quatre ans. Comme rapporté par la radio française, les fans africains se sont montrés globalement critiques envers le patron de la FIFA, sur les réseaux sociaux. « Lui, il est qui pour décider ça ? Il y a 54 pays africains, on doit se concerter pour décider », lâche un Internaute furieux sur la page Facebook France 24 / RFI – Sports. « La CAN est un facteur de développement pour l’Afrique qui accuse un gros retard sur les autres continents. Sans cette CAN, le Cameroun aurait-il construit des tops stades ? L’accepter serait une erreur monumentale pour nos dirigeants de foot. », réagit un autre. D’autres, plus sévères pensent que Drogba s’aligne sur la position du président de la FIFA afin de bénéficier de son onction en vue de son élection à la Fédération ivoirienne de football dont il vise la présidence. Le débat ne fait que commencer !

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Politique en Afrique : l’ivresse du pouvoir (2ème partie)

Yahya Jammeh a fini par céder face à la pression de la communauté internationale. Son successeur, Adama Barrow peut enfin entrer dans ses fonctions de président de la Gambie. Place à la réalité du pouvoir.

Alpha Condé et Adama Barrow face à leurs opposants

Elu en 2010, Alpha Condé a été réélu en 2015 pour ce qui doit être son dernier mandat selon la constitution actuellement en vigueur en Guinée, adoptée en 2010. Selon cette constitution, « en aucun cas, nul ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels, consécutifs ou non ». Sauf qu’entre-temps, Condé a décidé de rabattre les cartes dans son pays. En septembre 2019. Profitant d’un voyage à New York, il suggère l’organisation d’un référendum pour modifier la Constitution. En réaction, un important mouvement de contestation, le Mouvement FNDC, fédérant les principaux partis d’opposition (l’UFDG de Cellou Dalein Diallo et l’UFR de Sidya Touré) ainsi que les plus importantes organisations de la société civile, se dresse contre l’initiative présidentielle depuis des mois. Cependant, rien ne semble arrêter Alpha Condé dans sa volonté de réforme constitutionnelle. Pas même les dégâts humains et matériels des suites de la répression des manifestations. Le bilan est moins reluisant pour un « démocrate ». La revue de presse Afrique du 16 janvier 2020 sur RFI nous renseigne sur la situation du pays. « Les manifestations à l’appel du Front national pour la défense de la Constitution, collectif de partis, de syndicats et de membres de la société civile qui mène la protestation, ces manifestations ont été violemment réprimées (…). »

Des mouvements de colère sont nombreux sur le continent

Exemple, pointe le site guinéen Aminata, « à Ratoma, dans la banlieue de Conakry, où ont eu lieu « de graves exactions » sur les populations. À Koloma, des agents de services de sécurité sont accusés d’avoir mis le feu à des commerces. À Cosa, Wanidara et Bailobaya, des éléments des forces de l’ordre se seraient introduits dans des concessions pour renverser des marmites sur le feu et des repas. Plusieurs arrestations arbitraires ont été signalées, des vieilles personnes molestées. (…) L’image qui a le plus choquée, relève encore Aminira, est celle d’un enfant de moins de 10 ans dont la tête a été écrasée par des balles des forces de l’ordre, selon des voisins de la victime. Une version balayée d’un revers de main par le gouvernement. » Dans cette revue, il est rapporté que « la journée de mobilisation a fait deux morts, confirmés par les autorités (…). »

Voilà là un récit digne des régimes autoritaires que peu aurait imaginé sous le règne d’un président ayant souffert de la répression des libertés fondamentales et ayant dénoncé et combattu ces mêmes pratiques quand il était dans l’opposition.

En se portant candidat en 2016, Adama Barrow avait promis quitter le pouvoir après trois ans d’exercice. Mais, à échéance, le désir de finir un mandat de cinq ans l’a gagné. Position contre laquelle un collectif s’est créé. « Trois ans, ça suffit ! » demande au président Barrow de respecter sa promesse électorale de quitter le pouvoir au bout de trois ans ; l’échéance étant tombée le 19 janvier 2020. En réponse, signale Frédéric Couteau dans la revue de Presse Afrique sur RFI le 28 janvier 2020, « le gouvernement a lancé (…) une contre-attaque drastique pour éteindre le mouvement de contestation qui réclame [son] départ. Le collectif est interdit avec effet immédiat, 137 personnes ont été interpellées, soupçonnées de mener des actions subversives, dont 4 journalistes et 2 stations de radio ont été suspendues. »

Tant dans leurs pays respectifs qu’en dehors, les présidents Alpha Condé et Adama Barrow par leurs réactions aux manifestations légitimes de leurs populations. Poursuivant la Une de la presse africaine, Frédéric Couteau ajoute, en rapportant les interrogations du quotidien Aujourd’hui au Burkina : « Pourquoi celui-là même qui a battu par les urnes le tyran de Banjul se retrouve aujourd’hui contesté ? Si le retournement de la parole présidentielle explique en partie cette clameur de la rue, ça n’est pas la seule raison. (…) 22 ans durant, et sous la férule de Jammeh, les Gambiens n’avaient ni liberté, ni économie prospère. Actuellement cet existant n’a pas fondamentalement changé et on nage toujours en pleine choucroute en matière des droits de l’homme, malgré l’exhumation des crimes « yayamesques » et l’instauration de la commission vérité et réconciliation. »

Et comme pour rappeler des exemples de promesses non tenue sur le continent africain, le quotidien Le Pays toujours au Burkina Faso rétorque : « il est temps, en Afrique, que la politique réponde à une certaine éthique » : « les peuples ne sont pas toujours dupes ni amnésiques. Et Adama Barrow est en train de vivre l’expérience de la parole donnée, que certains de ses pairs, avant lui, se sont vus rappeler par leur peuple, à des degrés divers. Comme, par exemple, le président béninois, Patrice Talon, qui promettait de s’en tenir à un mandat unique, pour nettoyer les écuries de… Boni Yayi et qui n’est manifestement pas en train d’en prendre le chemin. Bien au contraire. Ou encore Macky Sall dont la promesse de réduire le mandat présidentiel de deux ans en commençant par appliquer ladite mesure à lui-même, semble aujourd’hui reléguée aux oubliettes, (…) »

Des mouvements réprimés avec violence parfois

Concernant Alpha Condé, le quotidien analyse « Le pays de Sékou Touré est en train de tanguer à cause du président Alpha Condé qui, contre vents et marées, tient à rester au pouvoir. (…) Depuis que l’opposition a officialisé son refus de prendre part aux élections législatives du 16 février prochain, il s’est radicalisé. (…) C’est à croire que la boulimie de pouvoir lui a fait perdre la tête au point de dresser un bûcher contre son pays. (…) »

En Guinée comme en Gambie, une accalmie semble s’observer. Mais, jusqu’à quand, vu la détermination des manifestants dans ces pays à faire entendre leur voix.

Dans sa parution n°3083 du 9 au 15 février, le magazine Jeune Afrique titre, parlant du président gambien : « Adama Barrow tombe le masque », avant de s’interroger « a-t-il pris goût au pouvoir ? » Question valable pour tous ces présidents, hier opposants, dont le régime semble être le prolongement des pratiques qu’ils reprochaient hier à leurs prédécesseurs quand ils étaient dans l’opposition. Le pouvoir enivre est-on tenté de penser.

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Politique en Afrique : L’ivresse du pouvoir (1ère partie)

Hier encore, ils étaient des irréductibles opposants, dénonçant avec force et vigueur ce qu’ils appellent les tares du régime qu’ils combattaient. Mais à leurs tours, des présidents de la république, anciens ou encore au pouvoir, se retrouvent eux aussi, au centre des critiques de leur opposition, concentrant sur leur régime les mêmes critiques que quand ils étaient opposants. Certains, au nom du maintien de l’ordre public, déploient l’armée et la police contre leur opposition avec parfois des scènes de répression rappelant le temps où ils étaient opposants. D’autres, envisageant des réformes constitutionnelles auxquelles ils tiennent à tout prix malgré les marches de protestation, et se taxent de vouloir régner à vie. Le pouvoir, une fois acquis, transforme ou monte à la tête, est-on tenté de dire.

Alpha Condé, actuel Président de la Guinée ; Adama Barrow, président de la Gambie. Ces deux-là, pour ne citer qu’eux, ont en commun d’avoir été des opposants aux régimes qu’ils ont défaits dans les urnes dans leurs pays respectifs.

Les opposants Condé et Barrow face aux présidents Conté et Jammeh

Dans un article intitulé « La Guinée depuis l’arrivée au pouvoir de Lansana Conté » et publié le 23 décembre 2008, au lendemain de son décès, le journal français La Dépêche, rappelle sur son site le parcours du prédécesseur d’Alpha Condé, actuel président de la Guinée. Le 3 avril 1984, une semaine après la mort de Sékou Touré, au pouvoir depuis 1958, un Comité militaire de redressement national (CMRN) prend le pouvoir en renversant le président intérimaire, Louis Lansana Beavogui et porte à sa tête le colonel Lansana Conté, qui devient alors chef de l’Etat. Le nouveau chef de l’État, explique Le Nouvel Observateur dans un portrait sur son site le 23 juin 2008, dénonce le régime de son prédécesseur Sékou Touré et s’engage à établir un régime démocratique, à sortir la Guinée de son isolement international et à exploiter les ressources naturelles. Il se pose en défenseur des droits de l’Homme en libérant 250 prisonniers politiques, encourageant ainsi le retour d’environ 200 000 Guinéens de l’exil. Ces actions d’éclat lui valent, quelques mois plus tard, sa nomination comme Secrétaire général du Parlement international pour la sécurité et la paix, une organisation intergouvernementale basée en Italie. Mais, cette embellie démocratique n’aura duré que neuf ans, sur les vingt-quatre qu’aura durés son règne. Dès 1993, le régime bascule.

Difficile pour les opposants d’hier de céder le pouvoir quand ils se retrouvent Président
Image: Esprit africain

Lors de l’élection présidentielle de 1993, Lansana Conté, candidat du Parti de l’unité et du progrès, est opposé à huit candidats, dont Alpha Condé. Le président sortant l’emporte dès le premier tour de scrutin avec 51,7 % des suffrages. Cette élection vivement contestée par les partis d’opposition à la suite de la décision de la Cour suprême d’annuler les résultats de deux préfectures où Condé avait obtenu plus de 90 % des voix finit de dévoiler un visage plus radical du régime Conté. Réélu avec 56,1 % des suffrages en 1998, il renoue peu à peu avec les pratiques autoritaires de Sékou Touré, son prédécesseur qu’il a dénoncé dès sa prise de pouvoir en 1984, en faisant notamment arrêter de nombreux opposants. Parmi les victimes des années Lansana Conté, figure l’actuel président de la Guinée, Alpha Condé.

Candidat à nouveau aux élections présidentielles de décembre 1998, Alpha Condé est arrêté et emprisonné avant la fin du scrutin. Il est maintenu en prison pendant plus de vingt mois avant que le gouvernement ne constitue une cour spéciale pour le juger. Son incarcération sans procès soulève un fort mouvement de protestation international. Amnesty International dénonce une violation des droits de l’homme et le Conseil de l’Union interparlementaire, une violation de l’immunité parlementaire dont Alpha Condé bénéficie en tant que député guinéen. Reggaeman engagé, l’ivoirien Tiken Jah Fakoly compose « Libérez Alpha Condé » qui est adopté par la jeunesse comme hymne à la gloire des martyrs et prisonniers politiques africains. Condamné en 2000 à cinq ans de prison pour « atteintes à l’autorité de l’État et à l’intégrité du territoire national », il est finalement libéré le 18 mai 2001, à la suite d’une grâce présidentielle, 28 mois après son arrestation et huit mois après son procès organisé par la « Cour de sûreté de l’État guinéen » qui était spécialement constituée à cet effet.

Changement de décor, mais situation similaire. En Gambie, Yahya Jammeh a régné pendant 22 ans en maître absolu et incontesté. Il accède le 22 juillet 1994 à la faveur d’un coup d’État qui renverse Dawda Jawara qui dirigeait le pays depuis l’indépendance. Il est élu une première fois le 29 septembre 1996, avant d’être réélu dès le premier tour de l’élection présidentielle du 18 octobre 2001 avec près de 53 % des suffrages. Après un troisième mandat en 2006, il obtient un quatrième mandat de cinq ans le 24 novembre 2011. Le dernier de son long règne entaché d’actes de violation des droits des humains.

Selon l’AFP dans un article paru le 31 mars 2012, avant les élections législatives de cette année-là, il menace « d’isoler » les régions où son parti ne remporterait pas le scrutin — menace qu’il avait prononcée et mise en application lors de précédentes élections.

Des mouvements de colère sont nombreux sur le continent

Jammeh est classé comme un prédateur de la liberté de la presse par l’organisation Reporters sans frontières, avec la promulgation de deux lois, en 2004 et 2005, restreignant cette liberté, ainsi que depuis l’assassinat en 2004 du journaliste opposant Deyda Hydara. Le 28 septembre 2009, il menace de mort les défenseurs des droits de l’homme lors d’un entretien à la télévision d’État, accusant ces derniers de vouloir « déstabiliser le pays », rapporte une dépêche de l’AFP du 21 septembre 2009. Le régime Jammeh est accusé d’assassinats des opposants. Le travail de la Commission vérité et réconciliation mise sur pied en décembre 2017 permet de faire la lumière sur son règne à la tête de la Gambie. En novembre 2016, il annonce qu’il se présente à l’élection présidentielle pour un cinquième mandat successif. Confronté à une opposition de plus en plus importante à l’intérieur de la Gambie, il est battu le 1er décembre par son opposant Adama Barrow, et reconnaît sa défaite dès le lendemain. Rétropédalage ! Une semaine après sa précédente déclaration, il conteste à la télévision nationale sa défaite et dénonce une erreur dans le comptage des voix par la Commission électorale indépendante, selon Le Monde dans un article publié en ligne le 10 décembre 2016.

Mais, face à la pression de la communauté internationale, il s’exile en Guinée Equatoriale.

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Bourses de la Fondation Tony Elumelu : une bouffée d’air pour les jeunes entrepreneurs africains

Depuis 2015, la Fondation Tony Elumelu (Tony Elumelu Fondation, TEF) a mis en place une bourse pour financer chaque année des entrepreneurs ou futurs entrepreneurs africains. Destinée aux africains résidant sur le continent, cette bourse de 100 millions de dollar sur 10 ans offre à chaque lauréat une somme non remboursable de 5 000 dollars. Un véritable coup de pouce dans un contexte où le financement des projets d’entreprise est une gageure.

Créée en 2010 par l’homme d’affaires nigérian Tony Elumelu, la Fondation éponyme, une organisation philanthropique dédiée à l’autonomisation des entrepreneurs africains, a lancé en 2015 un programme décennal d’un montant de 100 millions de dollars afin d’aider les entrepreneurs et porteurs d’idées d’entreprise vivant sur le continent africain. Le Programme d’entreprenariat TEF est ouvert aux entrepreneurs de toute l’Afrique, que ce soit avec de nouvelles idées de démarrage, ou des entreprises existantes de moins de 3 ans, opérant dans tous les secteurs.

Chaque année donc, depuis 2015, ce programme octroie à chacun des milliers de lauréats sélectionnés une somme non remboursable de 5 000 dollars soit pour renforcer leur entreprise ou pour lancer une nouvelle.

 

L’objectif est de créer des millions d’emplois et des revenus nécessaires au développement durable du continent, en appliquant la philosophie de « l’africapitalisme » de son fondateur qui positionne le secteur privé comme moteur de croissance de l’Afrique et souligne l’importance de la création de richesses sociales et économiques. Dans le contexte africain où l’emploi des jeunes est un casse-tête pour les dirigeants et où les banques sont réticentes à financer les projets d’entrepreneuriat, cette initiative est un véritable coup de main à la jeunesse africaine.

 

En lançant ce programme, Tony Elumelu, également créateur de la United Bank of Africa (UBA), ambitionne de « faire émerger une nouvelle race d’entrepreneurs en Afrique » parce qu’il « reste convaincu que le développement de l’Afrique passe par le secteur privé. »

La sixième édition de cette initiative a été lancée le 1er janvier 2020 et sera clôturée le 1er mars 2020. En plus de l’appui financier, les candidats qui seront retenus cette année rejoindront les plus de 9 000 bénéficiaires actuels des 54 pays africains, et bénéficieront d’une formation en affaires, d’un mentorat, et de possibilités de réseautage mondial.

Comme le renseigne le site de la Fondation, la sélection des lauréats se fait sur la base des critères bien définis comme la faisabilité de l’idée d’entreprise ; l’opportunité de marché ; l’évolutivité, c’est-à-dire le potentiel de réplication et de croissance des produits ou services pour créer des emplois et de la richesse ; la maîtrise des exigences de base de la gestion d’une entreprise, des coûts et des revenus ; le potentiel de leadership et la capacité de l’entrepreneur ou du porteur de l’idée d’entreprise d’attirer des clients et des ressources.

L’inscription au programme se fait en ligne sur le lien https://application.tefconnect.com. Contrairement aux éditions précédentes, cette année, l’inscription se fait d’un seul coup et les résultats donnés quelques minutes après donnant au postulant une idée sur la suite de sa candidature. C’est dire qu’il faut de la concentration et du temps au postulant pour réussir son inscription.

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République Démocratique du Congo Coalition Cap pour le Changement (CACH)-Front Commun pour le Congo (FCC) : La fin du mariage ?

Après son élection surprise à la tête de la RDC en décembre 2018, Félix Tshisekedi a formé une coalition gouvernementale inimaginable avant les élections avec le FCC de l’ancien chef de l’Etat Joseph Kabila. Si les résultats des élections législatives et provinciales qui ont donné gagnant le camp de ses alliés imposaient de fait ce mariage, un an après, cette union bat de l’aile et des questions se posent sur son avenir.

« Une atmosphère inédite : les combattants de l’Union Démocratique pour le Progrès Social (UDPS), le parti présidentiel [parti du Président élu Félix Tshisekedi], tombent dans les bras de policiers qui les ont si souvent réprimés. Félix Tshisekedi et son prédécesseur Joseph Kabila, tout sourire, se donnent l’accolade. C’est une transition civilisée, s’enthousiasment les médias d’État. ». En ce jour anniversaire, c’est ainsi que la Radio France Internationale (RFI) décrit l’ambiance du 24 janvier 2019, jour de l’investiture du nouveau président de la RDC. Mais, c’était il y a un an !

Justement, RFI renchérit « il y a un an jour pour jour, Félix Tshisekedi, fils de l’opposant historique en République démocratique du Congo, était investi président à l’issue d’élections très controversées. Une première transition pacifique un peu particulière, parce que le nouveau chef de l’État n’a quasi aucun contrôle sur les assemblées nationales comme provinciales, dominées par son prédécesseur Joseph Kabila. »

De fait, pour gouverner sans écueil, le nouveau président n’avait d’autre choix que de s’allier avec son prédécesseur. On pouvait croire que l’intérêt supérieur de la nation prendrait le pas sur les considérations partisanes, même si à l’annonce de cette alliance, les plus sceptiques avaient prédit une relation tumultueuse. Un an après, le nombre et la fréquence des actes de frictions dans ce compagnonnage obligé renforce les doutes sur la sincérité de ce mariage contre nature.

Joseph Kabila, ancien Président de la RDC

Les signes annonciateurs

Comme le dit un adage populaire, « le ver est dans le fruit ». Le pouvoir Tshisekedi est un improbable attelage. Son défunt père Etienne Tshisekedi, fondateur de l’UDPS, a combattu le pouvoir de Joseph Kabila toute sa vie. Le fils, Félix Tshisekedi, après son élection inattendue, forme un gouvernement dominé par les pro-Kabila. Composé de 66 membres, 42 sont issus des rangs du Front Commun pour le Congo avec des postes clés comme ceux du premier ministre, du vice-premier ministre et ministre de la justice, du ministre de la défense et celui des finances. Gouvernement formé après plus de huit mois de négociations. Et les premières difficultés n’ont pas tardé. Fin décembre 2019, la tension était palpable entre les partisans du nouveau président congolais et ceux de son prédécesseur. « À l’origine, les propos tenus par les partisans de Joseph Kabila réunis en séminaire à Lubumbashi » signale RFI dans un article paru le 29 octobre 2019.  Au terme de cette réunion d’évaluation du Parti du peuple pour la reconstruction (PPRD), parti de l’ancien président, Néhémie Mwilanya, le coordonnateur du FCC déclarait : « ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui, aucun obstacle constitutionnel ou inconstitutionnel voire politique, n’empêcherait le retour de [Joseph Kabila] et surtout ne pourrait empêcher qu’il soit candidat ». Après ce pied de nez au nouveau président, ce sont les affiches à son effigie qui ont été brûlées en représailles au sabotage de celles de son prédécesseur. Une situation que le quotidien congolais Le Potentiel avait qualifiée en son temps de « signe avant-coureurs d’une insurrection qui ne dit pas son nom. ». Dans la même période, des combattants de l’UDPS accusaient Joseph Kabila du crash d’un Antonov affrété par la présidence et qui transportait le chauffeur et plusieurs escortes de Tshisekedi. Ambiance !

Mais, ce n’était pas tout. Jusqu’à fin octobre 2019, plus de trois mois après la formation du gouvernement, les nominations traînaient encore dans les entreprises publiques, la magistrature, la diplomatie et d’autres secteurs de la vie nationale. Un goulot d’étranglement dans l’exécution harmonieuse du programme d’actions du nouveau président.

La désescalade ….

Félix Tshishekedi est élu sur le rejet massif du pouvoir de son prédécesseur. C’est dire les fortes attentes de la population congolaise. Le nouveau président n’a donc rien à gagner à attiser la tension. Le camp Kabila non plus. Un mois après ces tensions palpables, le geste d’apaisement est venu du camp de ce dernier. Comme le rapporte RFI fin novembre 2019, réunis pendant trois jours à Kisantu, les chefs des regroupements et partis membres du Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila ont renouvelé leur soutien à la coalition de gouvernement formée avec la Coalition pour le changement (Cach) du président Félix Tshisekedi. Mais, cette trêve n’aura pas duré trop longtemps. Le premier acte qui ravivera les tensions viendra du camp Tshisekedi.

 

… avant l’escalade

Le nouveau sujet de discorde, le limogeage en décembre de la même année de deux ambassadeurs proches de Joseph Kabila qui étaient accrédités à l’ONU, et le rappel définitif du représentant accrédité au Japon. Les réactions à cette décision ne se sont pas faites attendre au sein du FCC. La décision de la cheffe de la diplomatie congolaise est ouvertement contestée, selon RFI. Pour Yves Kisombe, l’ancien vice-ministre des Affaires étrangères, « ce qui est certain, c’est que la ministre a outrepassé ses attributions, elle n’a pas compétence pour agir dans ce sens-là. » Estimant que ces limogeages « ne renforcent pas » la confiance entre les deux coalitions au pouvoir, il poursuit que « cet acte qui n’est pas régulier peut effectivement susciter des interrogations sur le plan politique par rapport à la coalition gouvernementale, et à la volonté du président de la République de faire avancer les choses de manière harmonieuse. » Et il n’a pas tort.

Félix Tshisekedi
Actuel Président de la RDC

Alors qu’il a qualifié l’année 2020 d’année de l’action, c’est de Félix Tshisekedi lui-même qu’est venue l’étincelle pour enflammer la poudrière. Ce mois de janvier, comme à son habitude chaque fois qu’il est en voyage à l’étranger, il a profité de son séjour à Londres au Royaume-Uni pour accuser ouvertement ses partenaires du FCC. Dans des propos acerbes rapportés par la Radio France Internationale, il déclare que « (…) Dans notre coalition, tout le monde n’est pas attaché à la victoire du peuple. (…) Ma mission est de servir mon peuple. Celui qui s’y opposera, surtout s’il s’agit d’un ministre nommé par moi, sera sanctionné. Tous les jours, quand je préside le Conseil des ministres, je rappelle aux ennemis du FCC [Front commun pour le Congo] que je sais qu’ils ont signé des documents. Jusqu’à présent, je n’ai vu aucun ministre s’opposer à mes décisions. (…) celui qui ne veut pas suivre mes instructions et qui s’attachera aux instructions de sa famille politique, il sera viré ». Se montrant plus dur, il menace de dissoudre l’Assemblée nationale. « (…) si je me rends compte que la mission pour laquelle je suis à la tête du pays d’être au service de mon peuple et que l’on commence à faire obstruction à cette mission, je serai contraint en fin de compte de prendre la décision de dissoudre l’Assemblée nationale. », conclut-il. Mais, la réplique n’a pas tardé et elle est venue de Jeannine Mabunda, présidente de l’Assemblée nationale. Profitant d’un échange avec la presse au cours d’une cérémonie traditionnelle de vœux, elle réplique au président de la République, le menaçant à son tour à mots couverts de destitution. « Il ne faut pas jeter les articles de la Constitution en pâture à des incompréhensions ou des malentendus. L’article 148 parle bien de dissolution de l’Assemblée nationale, mais dans des cas précis. (…) selon les prescrits de cet article, par ailleurs, le président de la République est invité dans le cas de cette crise à consulter le Premier ministre, le président de l’Assemblée nationale, et le président du Sénat avant toute décision. Faute de quoi, on serait dans une violation de texte. Et cette violation est régie par l’article 165 de la Constitution, qui dit que toute personne qui méconnaît notre loi fondamentale peut être exposée au cas de haute trahison pour violation intentionnelle de la Constitution. Je ne cite que des articles. Je ne prends pas position ». Pour Vital Kamerhe, le directeur de cabinet du Président de la République, «La présidente de l’Assemblée a franchi la ligne rouge».

Comment une relation aussi troublée entre deux camps que tout oppose peut finir par s’apaiser ? Comment deux camps qui se sont combattus durant des années peuvent se résoudre à parler de la même voix ? Les signes d’un lendemain meilleur dans cette coalition gouvernementale sont à rechercher avec une loupe. Les faits et gestes des partisans des deux camps diront si le mariage durera.