CRISBA : la #nououndobuzz interview

Par le 29/03/2018 0 41 Views

Par son freestyle sur le titre WO de l’artiste Nigérian Olamidé, Crisba a signé d’un buzz retentissant son entrée dans le rap game ouest africain. Avec sa voix légèrement éraillée, il est capable de glisser dans ses textes des punchlines qui claquent, et, est doté d’une facilité à faire des refrains simples ; ce genre de refrains qui vous restent dans la tête et que vous chantonnez à tue-tête dans votre salle de bain. Il est fort à parier qu’il marquera de son empreinte l’industrie musicale d’ici quelques années. Il a répondu à nos questions lors d’un entretien franc que notre bloggeur Sam « Fort » a eu avec lui.

Kaya Maga(KM) : Bonsoir Crisba

Crisba(C) : Bonsoir Sam

KM : Tu veux bien te présenter à nous ?

C : Euh moi je suis Crisba, à l’état civil GUEZO Ahouéha Aurel Terrence. J’ai 23 ans et je suis titulaire d’une licence en Administration Générale et Territoriale à l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature du Bénin. Voilà un peu.

KM : D’accord. Sinon d’où t’est venu  »Crisba » comme nom de scène?

C : Euh  »Crisba », ça n’a pas une signification vraiment profonde sinon que c’est une longue histoire mais ce que je dis de façon plus courte pour abréger,  »Crisba » c’est pour simplement dire « le ChRIst d’ici BAs ». C’est un peu ça.

KM : À quel âge t’es-tu lancé dans la musique ?

C : Je vais dire que ça s’est fait au collège il y a un peu plus de neuf ans, et c’était quand j’étais entré en studio pour la première fois pour enregistrer une chanson avec des amis du collège, en classe de 3ème je crois en 2003 au collège Père Aupiais. Donc après je suis allé à Calavi pour continuer ma scolarité; j’ai rencontré IChrist et les Twins, mais avant ça j’avais créé un groupe de rap nommé  »Magistral » avec d’autres gars de Calavi. Ensuite je me suis lancé en solo en travaillant avec IChrist et les Twins donc c’est avec eux que j’ai participé au concours  »MOOV Teste Mon Flow » où Shamir m’a repéré depuis  le Canada et il m’a proposé travailler ensemble et voilà comment les choses se sont faites.

KM : Et parmi tous les styles de musique pourquoi avoir choisi le RAP ?

C : Euh le RAP parce que c’est en fonction de mon environnement, c’est en fonction des personnes que je fréquente. C’est d’abord parce que quand j’étais petit j’ai un oncle qui ne jouait que des musiques américaines et beaucoup de RAP,  tu vois donc c’est un truc que j’ai aimé depuis tout petit et ensuite avec les potes à l’école c’était pas du « tchinkounmin » qu’on faisait, mais c’était du RAP donc tu vois c’est comme ça que le RAP a été ma musique de prédilection en fait.

KM : D’accord. Tout à l’heure tu as dit avoir une licence en Administration Générale et Territoriale. Études et Musique… ça n’a pas été un peu difficile?

C : Non mais moi j’ai toujours dit que c’est plutôt facile. Faut être vraiment taré pour dire qu’à cause de la musique tu n’arrives pas à suivre tes cours et à étudier. C’est vrai qu’à un certain moment quand tu t’engages vraiment dans la musique tu n’as plus assez de temps pour aller au cours mais je pense qu’à l’université ce n’est plus une question de temps mais c’est une question de volonté et de détermination, à un certain âge de toujours étudier de toujours apprendre tes cours, de toujours suivre les cours comme il le faut. Donc je pense que ce n’est pas impossible à gérer ; ce qui décourage un peu c’est quand tu sais que tu étudies et que le diplôme universitaire que tu es en train de viser ou que tu as ne va pas te permettre de gagner plus que ce que tu gagnerais dans la musique, c’est un peu ce qui contraint beaucoup de personnes à dire que bon à cause de la musique on a « fuck les études » Sinon moi je pense qu’on peut faire les deux. Je l’ai fait et je n’ai pas été un mauvais étudiant. Même la veille de mon bac j’étais sur une prestation donc voilà ça peut se faire.

 

KM : Maintenant alors tu te consacres uniquement à la musique ou tu as une carrière professionnelle en vue ou des biz à côté?

C : Ecoute pour être honnête et franc, je ne vise pas trop une carrière professionnelle dans le domaine de l’administration publique, ce que j’ai étudié, mais j’envisage faire un Master bientôt. C’est vrai que j’ai tout mis en veilleuse parce que les choses devenaient plus sérieuses du côté de la musique mais voilà, je compte toujours étudier parce que dans la vie, il faut de tout pour faire une vie tu vois ; tu ne sais pas là où ton diplôme peut te mener, tu ne sais pas quelle personne tu vas rencontrer, tu ne sais pas si tu peux rencontrer un grand producteur qui a fait l’administration publique avec qui tu peux bien t’entendre. Donc il ne faut rien négliger quoi…tant qu’on est encore jeune, il faut étudier quoi.

KM : Dans tes textes on voit que tu t’accroches beaucoup plus au fon… est-ce à cause de tes origines?

C : Oui y a ça et c’est surtout ça. Ce que je finis par comprendre c’est que si nous ne pouvons jamais rapper mieux que les Américains, ni mieux que les Français c’est simplement parce que nous ne sommes pas Américains et simplement parce que nous ne sommes pas Africains. Et le RAP c’est vrai que c’est né quelque part mais les Français se le sont adoptés et je pense qu’il y a aussi un RAP africain en général et en particulier il y a un RAP ivoirien, un RAP béninois donc moi je me propose de faire du RAP béninois et je ne peux pas faire du RAP béninois en parlant que le Français, mais la langue la plus parlée dans le pays qui est le fon. Donc peut-être tu vas me poser la question à savoir si cela ne constitue pas une barrière ; c’est vrai que la portée de ta musique est réduite mais en même temps ce n’est pas une barrière parce que tu ne comprends pas forcément ce que les américains disent mais tu kiffes le son. Tu vois à la base il s’agit de musique quoi…il s’agit pas forcément de comprendre ce qu’on dit, mais il s’agit d’abord de musique parce que si on peut te transmettre les émotions en jouant juste un instrumental, en jouant juste un piano, tu sais que quand c’est triste. Tu n’as pas besoin de comprendre anglais ou même chinois avant de savoir que cette chanson est une chanson triste ou joyeuse tu vois. Donc c’est une question de musique. La langue ne peut pas déterminer ta musique sinon si c’est le cas ça veut dire que tu n’as aucun fond de musique. Ça veut dire que tu prends juste un beat et tu rappes dessus. Donc ceux qui pensent que la langue constitue un obstacle, je pense que ce sont des gens qui sont musicalement limités.

KM : A tes débuts on a entendu parler du « Creesbyle »? Tu veux nous en dire plus? Et à quel niveau tu en es?

C : « Creesbyle » d’abord linguistiquement c’est un mixage entre Crisba et Freestyle. C’était une série de freestyle que j’avais lancé mais contrairement au freestyle à l’écumoire que j’avais lancé sur Facebook c’est des freestyles qui étaient enregistrés. J’en ai juste fait 3 donc c’était ça le « Creesbyle » en fait.

KM : Ensuite on t’a connu avec « SURSCENEBOLT »…ce single a-t-il eu le succès que tu espérais auprès du public?

C : (rire) C’est les vieux trucs frères.  Non non pas du tout. Ce n’était même pas des singles mais juste un son comme ça, comme un essai. Il n’y avait pas encore l’identité musicale; on se contentait juste d’aligner des rimes mais maintenant tu vois il y a une recherche d’identité musicale. C’est beaucoup plus sérieux quoi.

KM : Jusque-là tu étais avec BIKM Industries. Comment s’est passée la transition avec VSLV?

C : J’ai quitté aussi VSLV il y a quelques jours (je l’ai annoncé sur Facebook) pour me lancer dans une carrière autonome et indépendante tu vois, donc voilà actuellement je ne suis plus artiste VSLV mais je suis à mon propre compte : indépendant et autonome. Je ne suis sous aucun label.

KM : Le remix de Wo et ton single BIA VIVI HOU COCA ont fait l’unanimité auprès de la jeune génération… quelle sensation cela te donne-t-il?

C : Oui il y a d’abord le fait que moi-même je me rends pas compte, je n’arrive pas à cerner la portée de ces chansons. Tous les jours je suis étonné, je suis surpris par la portée que ces sons ont sur la population. Je vais dire qu’il m’est arrivé d’aller une fois en club, et qu’on mette « BIA VIVI HOU COCA » ou « WO » par exemple et que tout le monde se lève instinctivement pour danser. Ce genre de truc moi je le vivais quand on mettait les sons nigérians que tout le monde connaissait et qu’on se mettait à danser. Parfois j’ai l’impression que je suis différent de l’artiste. Parfois j’ai l’impression que je suis Aurel et que Crisba c’est une autre personne. Je ne sais pas si tu peux comprendre un peu ce dont je parle. Si tu ne peux pas comprendre je te comprendrais (rire). En fait je me rends compte que c’est une autre personne qui a chanté la chanson et je me demande comment j’ai pu chanter un truc autant aimé par les gens.

KM : Ensuite il y eu récemment le challenge de NOU OUNDO BUZZ OH. Tu as donné la chance à d’autres jeunes rappeurs comme toi de pouvoir s’exprimer sur ton beat.

C : En fait « NOU OUNDO BUZZ OH » c’est une chanson que j’aime beaucoup et qui me touche énormément. Et j’ai organisé ce challenge dans le premier but de faire la promo de la chanson et aussi de permettre aux gens de toucher la réalité qui est que nous avons beaucoup de talents dans notre pays et que c’est la gestion de ces talents qui est, je ne dirai pas mauvaise, mais insuffisante. Tu vois donc c’est ça mon combat. Moi je veux prouver à tout le monde qu’au Bénin on a du talent et qu’il faut vraiment investir dans ces talents. Vous avez vu il y a eu des petits qui se sont démarqués, il y en a eu qui, vraiment, ont prouvé aux gens qu’ils ont quelque chose à vendre donc hier soir on a même sorti le remix que j’ai enregistré avec les trois premiers, donc on est en train de laisser les gens l’écouter. Voilà un peu le projet.

https://m.youtube.com/watch?v=I9uhH1QaUgU

 

KM : Il t’arrive de passer beaucoup de temps sans parler de musique?

C : Oui j’aime passer le maximum de mon temps sans parler de musique mais je n’y arrive pas. J’aime passer le maximum de temps sans avoir à parler de musique. C’est-à-dire je chante tout le temps, sur ma moto je chante ou il y a toujours une chanson que je suis en train d’écouter. Quand je vais loin de tout ça, et le provoque pas ça en fait. Je me sens bien façon tu vois… ce n’est pas que je me sens mal quand j’ai la musique mais quand je suis en dehors de tout ça et quand je suis avec mes potes je cause et tout, en fait j’oublie que je suis artiste je me sens bien quoi. Et ça m’arrive souvent quoi, surtout quand je suis avec… tu vois. Je n’aime pas trop parler quoi (rire).

 

KM : Tu écris beaucoup de textes?

C : J’ai enregistré beaucoup de chansons et j’en ai une trentaine à mon actif. En 2018 j’en ai déjà enregistré plus de sept tu vois. Depuis 2018 j’ai déjà sorti trois chansons ; là on est en Mars et j’ai déjà fait trois sorties : il a eu NOU OUNDO BUZZ OH et sa vidéo, il y a la vidéo de TU FAIS BOSS, ensuite Y A ÇA AUSSI et le remix avec les petits. J’écris beaucoup et j’enregistre beaucoup de chansons et il y a un truc qui va venir très bientôt encore.

KM : Une surprise donc ?

C : Voilà t’as bien compris. C’est bien une surprise.

KM : Parlons à présent du RAP béninois. Tu penses qu’on peut réussir dans le RAP sans clash?

C : Oui on peut réussir dans le RAP sans faire de clash. C’est vrai que le clash ça attire beaucoup plus les profanes, ça fait le show quoi tu vois… Mais on peut réussir sans faire du clash. Je connais plusieurs artistes qui ont marché sans jamais avoir fait un clash tu vois.

KM : D’accord. Tu as le sentiment que le RAP béninois est en train de vivre un âge d’or? Tu sens qu’il y a un certain nombre de révélations ?

C : Je pense qu’on a connu le meilleur et je crois qu’un autre meilleure est en train de venir tu vois… pour moi la meilleure époque a été celle de Cotonou City Crew(CCC) avec les Blaaz tout ça tu vois c’était la meilleure époque du RAP béninois et les gens étaient vraiment plus intéressés. Mais je pense que c’est en train de revenir parce qu’il y a de nouveaux talents qui sont en train d’être découverts et je pense que le meilleur reste encore vraiment à venir parce que les choses sont vraiment en train d’évoluer tu vois. Avant c’était au plus deux artistes par année mais au cours de l’année 2017 simplement on a eu au moins cinq artistes qui se sont révélées au grand public, dont j’en fais partie. Donc je pense que le meilleur reste à venir quoi.

KM : Quels jeunes rappeurs comme toi du bled t’intéressent?

C : Euh jeunes rappeurs du bled comme moi…moi celui avec qui je suis souvent c’est Dean Weazi (l’ancien Tôgbê) mais si on doit parler d’artiste, celui dont je veux parler n’est pas forcément un artiste mais c’est un beat-maker, je veux nommer Rauny (Rauny-beat) qui est quelqu’un de très bon, de très très talentueux. Il est immense ce garçon. Je vais te parler de Crédo, ils sont plusieurs…ou d’Héritier, de Sirano, de X-Time ils sont nombreux.

KM : Tu as parlé de X-Time…on a vu votre dernière vidéo TU FAIS BOSS et on a vu qu’il y avait Blaaz dedans. Egalement il y a sa vidéo « Akowé » où il était avec Don Clovis et tu y figurais aussi… Est-ce le début d’une collaboration et d’un futur feat ?

C : Non mais tu sais, Blaaz c’est un grand frère pour moi et je pense qu’on s’est beaucoup rapproché. Il y a beaucoup de choses qui se font en coulisse et je pense que en 2018 il aura beaucoup de surprises.

KM : Quel regard portes-tu sur le traitement médiatique du RAP à la télé?

C : Ben moi je suis pas du tout content parce que sur les chaînes nationales on joue très peu de RAP, on joue très peu de musique béninoise à la base même et le RAP on en joue très peu. Je ne suis pas en train de jeter du discrédit aux artistes qui font de la musique autre que du RAP mais je dirai, sans nous vanter, que les meilleurs clips vidéo sont réalisés par les rappeurs, et même si c’est pas toujours des rappeurs, c’est des gens qui ont commencé avec le RAP. Je pense qu’il y a beaucoup de choses qu’on devrait revoir de ce côté. Je ne sais pas si c’est l’image du délinquant qu’on colle aux rappeurs mais je pense que les gens devraient, tu vois c’est comme la vie en société, il faut apprendre à connaître les gens, avant de se laisser emporter par les préjugés. Donc c’est ce que je peux dire. On joue très peu de musique béninoise à la télé. C’est dommage.

KM : Sinon non attend toujours un featuring avec un artiste de la sous-région Crisba… C’est pour bientôt?

C : Euh Dieu est grand et moi je viens à peine de commencer. On espère que bientôt ça va se faire voilà

KM : Y a-t-il un artiste que tu affectionnes le plus ?qui t’inspire ?

C : Olamide c’est mon modèle. C’est celui qui m’inspire. Je l’adore ce mec. Son style, sa musique tout. C’est à lui que je veux ressembler.

KM : Et si on terminait par un mot sur la politique… que penses-tu de la rupture Crisba?

C : Euh personnellement je ne suis pas habileté à mener ce genre de débat, mais en tant qu’administrateur public de formation, je peux dire que la politique béninoise est bizarre. C’est formidable. C’est extraordinaire quoi c’est spécial. C’est même magnifique (rire).

KM : Et pour finir Crisba, un message à l’endroit de tes fans qui nous lisent actuellement?

C : Euh tout ce que je peux leur dire et leur redire, c’est de toujours me soutenir parce que sans leur soutien, nous on n’est personne, on n’est rien et j’aimerais leur demander de jeter le regard sur d’autres artistes parce que si on est nombreux dans la lutte, je pense qu’on peut vite atteindre les objectifs tu vois. Donc en gros, je veux qu’ils soutiennent la musique béninoise et qu’ils ne soutiennent pas que Crisba. Il y a du meilleur qui vient. 2018 sera une année de confirmation et de beaucoup de surprises.

KM : Merci beaucoup Crisba

C : Merci Sam et à Kaya Maga

Sam Fort

Passionné de médias sociaux, de foot, de voyage et de tout ce qui a trait aux générations X, Y et Z, j'aime écrire, partager mes connaissances et surtout apprendre. "Il faut réfléchir à comment être social, plutôt qu'à comment faire du social" (Jay Baer).