Violences sexuelles sur les femmes : la honte doit changer de camp

Par le 20/05/2019 0 50 Views

Viol, mutilation génitale, mariage forcée, violences conjugales etc. sont autant de violences qui constituent le quotidien de nombreuses femmes dans le monde et en Afrique en particulier. Les femmes sont, selon plusieurs rapports sur les violences faites aux femmes dans le monde, plus victimes de viol en Afrique que dans les autres parties du monde. Même si l’Inde se classe en tête des 10 pays les plus dangereux pour les femmes en 2018, on retrouve toutefois dans cette liste, 3 pays africains que sont la Somalie, la République Démocratique du Congo, le Nigéria à la 4ème, 7ème et 9ème place. Mais le viol reste encore très impuni dans le monde parce que les victimes ont souvent honte d’en parler.

Ce samedi 18 mai 2019, alors que le palais de la culture de Treichville en Côte d’Ivoire abrite depuis mercredi 15 mai le Salon du Livre d’Abidjan, l’écrivaine Lamazone Wassawaney, en marge de sa participation au Sila, a organisé dans un des jardins du palais, un spectacle dédicace pour faire le plaidoyer des victimes de viol, de pédophilie et de violences conjugales. A cette séance, il n’est pas question du roman « Regards de vérité I, la candeur entachée » de l’écrivaine qui raconte l’histoire de Moya. Moya est une petite orpheline qui subit pendant des années, devant les yeux ouverts mais aveuglés de sa mère, elle aussi battue, les attouchements sexuels de son beau-père. Si l’histoire de cette petite fille est très triste, les témoignages vivants qu’entendront les spectateurs de cette séance le seront encore plus.

Christelle a 36 ans aujourd’hui. C’est dans les larmes qu’elle raconte comment elle a été victime de violences sexuelles pendant 3 ans alors qu’elle n’avait que 7 ans. « Les choses qui marquent restent dans l’esprit. J’avais 7 ans. Il était le cousin de mon père et vivait chez nous. Au début, c’était des attouchements simples. Et puis un jour, il m’a violé. Quand je suis assise, peu importe l’endroit, il se faisait une place à mes côtés et m’introduisait plusieurs doigts dans le sexe. J’avais pour interdiction d’en parler. Il me menaçait constamment. Me disant prêt à tout pour renvoyer ma mère du foyer conjugal si j’osais dévoiler son ‘’horrible secret’’. » Avec un public certes consterné mais suspendu à ses lèvres, elle continuera pour dévoiler la fin de son calvaire. Un calvaire qui aura duré quand même 3 ans et dont les conséquences psychologiques et morales durent encore aujourd’hui. « J’ai été interdite de parler de la classe de CE1 en CM2 jusqu’au jour où pendant une pause récréative, j’ai informé une de mes camarades de classe. Malgré son petit âge, elle comprendra le drame que je vis. Elle prend sur elle malgré ma peur, d’informer ma mère. Elle le fera le lendemain soir. Ma mère refusera d’accepter les faits aux premiers abords. Mais le lendemain, elle m’amènera en consultation. Le diagnostic sera sans appel. Je souffre de graves infections sexuelles. Je ne suis plus vierge. Mon hymen a été détruit me laissant des conséquences graves. En rage, ma mère informera mon père. Prêt à en découdre avec le cousin coupable, elle demandera à ce qu’il soit enfermé. Mais mon père opposera un refus. Je ne peux emprisonner mon frère dira-t-il. Le cousin a été sommé de quitter notre domicile. Et les parents ne recevront plus jamais un étranger, même s’il est de la famille, chez nous. L’affaire, elle, sera étouffée. Je n’ai jamais eu de justice » s’insurge Christelle qui termine son récit en racontant aussi que la petite fille âgée d’un an de sa voisine a été pendant longtemps violée par son oncle. La sœur de Christelle présente à ce spectacle sera étonnée puisque c’est la 1ère fois qu’elle entend cette histoire pourtant, elle est celle de sa sœur. La romancière Lamazone en chœur avec les spectateurs, diront « il est temps de briser le silence ».

La honte doit changer de camp Photo: africapostnews

Une justice injuste

Savez vous comment on parle de viol juridiquement en Côte d’Ivoire ? lance Lamazone Wassawaney, à l’assemblée en face d’elle. On parle d’atteinte à la pudeur répond -elle indignée. « C’est une façon très minimaliste de considérer le viol qui est un crime. On n’y accorde pas assez d’importance en Afrique. Ce sont les victimes qui ont honte à cause du regard de la société, à cause de la famille alors que le coupable est presque célébré, impuni » ajoutera-t-elle. Des propos qui rejoindront ceux de l’activiste-militante Camerounaise Minou Chrys-Tayl. Celle qui se bat pour les droits des femmes en Afrique, explique qu’en Afrique Francophone, dans la plupart du temps et aussi par rapport à tous les témoignages que reçus, « on a un gros souci en matière de lois, et aussi du fait que la violence à l’égard de la femme est intégrée. C’est-à-dire qu’une femme n’a pas le droit de se plaindre si par exemple son mari a envie de faire l’amour et elle ne veut pas, alors que c’est un viol ».

Campagne de Minou contre les violences faites aux femmes
source: Instagram Minou

Un fait qui se justifie selon elle par le fait qu’on n’a pas encore fait des réformes sur le statut de la femme. On ne lui a pas encore donné sa dignité humaine. On la prend encore comme une chose du fait qu’on l’achète par rapport à une dot.  « Et ce n’est pas juste la femme, c’est aussi la jeune fille parce qu’il y a au Cameroun près de 432 000 femmes citées officiellement comme victimes de viols et de jeunes filles » nous informe-t-elle pour finir. Mais que dit la loi ?

« Il y a viol en cas de rapport sexuel non consenti. Il y a rapport lorsqu’il y a pénétrations peu importe la voie (buccale, nasale, annale, etc.). Le défaut de consentement est présumé chez le mineur de moins de 18 ans car le législateur estime qu’un mineur n’a pas de discernement pour accepter un acte aussi grave. En principe, le viol sur mineur est un crime puni comme tel » nous informe Maitre Irenée Gafi. Dans son explication sur les lois liées au viol, celui qui a déjà traité des dossiers de viol où dans un cas, il a été amené à défendre le présumé auteur, nous dit que dans certaines circonstances de viol, le procureur ou le juge est amené à le correctionnaliser c’est-à-dire à le considérer comme un délit pour rapidement aller à une sanction et diminuer la douleur des parents et des victimes et aussi pour une prise en charge rapide par les auteurs car dit l’avocat, « si l’on devait suivre la voie du crime, la procédure prendra du temps et parfois le dossier perds tout son intérêt. ».

« Non, les lois actuelles sont suffisantes. Le reste est une question d’application » nous dit Maitre Irené Gafi avant de conseiller que lorsqu’on est victime de viol, le premier acte c’est de voir un médecin, un gynécologue plus précisément pour voir l’état des organes et délivrer un certificat médical. Après continue l’avocat, il faut saisir le commissariat le plus proche pour déposer une plainte et si possible obtenir une assistance psychologique pour la victime.

Quoi qu’on dise, Le chemin pour plus de droits, moins de violences sur la femme est encore long. Dommage !

Perpétue Houéfa AHOMAGNON

Diplômée en journalisme audiovisuel, j'ai découvert après mon cursus universitaire, l'univers des blogs, de la rédaction web. Depuis, je me suis presque auto-formée dans le domaine. Des formations par ci par là, des cours en ligne, tout ce qu'il faut pour me perfectionner et utiliser ces nouveaux médias pour atteindre mes objectifs. Je suis en fait une passionnée des nouveaux médias, des femmes, des jeunes, de la vie au niveau local. Je suis intéressée par les sujets sur l'Afrique, sur la situation des femmes et des enfants sur le continent mais aussi par le développement local. Et c'est ce que je traite à travers mes articles sur ce blog. " La confiance en soi est le premier secret du succès" Ralph Waldo