Le racisme environnemental : le rapport entre les inégalités raciales et écologiques

Par le 29/06/2020 0 40 Views

Le décès de l’Afro-américain Georges Floyd lors de son interpellation aux Etats-Unis a suscité une prise de conscience collective sur la question du racisme. Par conséquent, de gigantesques vagues de protestation ont eu lieu dans le monde. Le poing levé en signe de contestation, le genou à terre, ou couché à même le sol, les manifestants ont réclamé la fin de toutes formes de discrimination raciale. Y compris celle du racisme environnemental qui est une composante du racisme systémique et qui touche tout aussi durement les minorités raciales.

Dans son ouvrage ‘’La nature est un champ de bataille’’, le sociologue Razmig Keucheyan affirme que « la crise écologique ne frappe pas tout le monde de la même façon ». Très souvent en effet, on constate que dans une population, les communautés de couleur, en particulier les personnes d’ascendance africaine sont plus confrontées aux problèmes environnementaux que les autres. Ceci parce qu’ils habitent pour la plupart, les banlieues et les quartiers défavorisés. Ce qui démontre qu’il existe bel et bien des inégalités écologiques dans le monde. D’où la notion de racisme environnemental. La Fondation Canadienne des Relations Raciales la définit comme « toute politique, pratique ou directive liée à l’environnement et qui touche différemment ou défavorise (intentionnellement ou non) des individus, des groupes ou des communautés en raison de leur race ou de leur couleur ». Selon eux « les gens de couleur, les groupes autochtones, les gens de la classe ouvrière et les personnes à faibles revenus se trouvent exposés aux dangers environnementaux et aux risques que présentent des substances industrielles toxiques, l’air pollué, l’eau insalubre, les conditions de travail nuisibles à la santé et l’emplacement d’installations dangereuses et toxiques, telles que des incinérateurs et des décharges de déchets toxiques ».

Ces cas qui interpellent

Le racisme environnemental existe sous plusieurs formes et est présente un peu partout dans le monde. Son histoire est propre à chaque pays avec différents cas de catastrophes écologiques. Certains sont cependant restés gravés dans la mémoire de l’humanité à cause de l’importance de leur impact sur les communautés racisées. C’est en 1982, que le concept de racisme environnemental a fait sa première apparition grâce aux manifestations de protestation des habitants de Warren (comté de Caroline du Nord constitué en majorité de personnes noires). Les faits remontent en 1970 où une grande quantité de déchet hautement toxique est accidentellement déversé sur l’une des routes de l’Etat. Dépassé, le gouvernement avait décidé d’acheminer ces déchets constitués de biphényl polychlorés vers un site de décharge situé à Warren pour y être enfoui sous terre. Et pourtant, il était bien connu de tous que ces substances sont très dangereuses et peuvent provoquer des pathologies telles que les cancers, les dérèglements hormonaux, etc. Cet événement fait écho au déversement illégal de déchets toxiques dans le port d’Abidjan en 2006. En effet, après plusieurs tentatives infructueuses dans plusieurs autres pays dont le Nigeria, le navire Probo Koala a finalement déversé en Côte-d’Ivoire, des centaines de tonnes de déchets produit par la multinationale pétrolifère Trafigura. Cela a eu comme conséquence, des émanations de gaz toxique qui ont provoqué sur 100.000 personnes des problèmes de difficultés respiratoire, des irritations cutanées, des brûlures chimiques et la mort de 17 autres personnes. Ces différents événements justifient certainement les propos de Razmig Keucheyan qui affirme que « si vous voulez savoir où un stock de déchets a le plus de chances d’être enfoui, demandez-vous où vivent les Noirs, les Hispaniques, les Amérindiens et les autres minorités raciales ». Plusieurs études se sont ensuite succédé pour démontrer que les communautés à majorité noire et pauvre, et les migrants ont un risque plus élevé d’avoir des déchets toxiques près de leur milieu de vie.

Un autre cas de racisme environnemental qui a indigné le monde est celui de l’ouragan Katrina qui en 2005, a fait d’énormes dégâts et plus de 1200 victimes dans les quartiers pauvres et vulnérables aux inondations de la Nouvelle-Orléans en Louisiane. Il faut signaler que la moitié des résidents de cette ville sont des Afro-américains, et une bonne partie est confrontée à la pauvreté. À l’époque, le président Georges W. Bush affirmait dans un discours adressé à la nation et rapporté par equiterre.org qu’ « il y a aussi une pauvreté profonde et persistante dans cette région. Et cette pauvreté a ses racines dans une historique de discrimination raciale qui coupe des générations de l’opportunité de l’Amérique ». Le scandale de l’eau contaminée au plomb à Flint au Michigan, ou l’affaire de pollution de l’air de « Chemical Valley » sont autant de cas de discriminations environnementales que subissent les minorités racisées.

Ces quelques exemples démontrent l’importance et l’urgence de procéder à une lutte collective contre le racisme environnemental. Pour cela, l’association québécoise Equiterre affirme qu’ « il faut reconnaître que les personnes à faible revenu, les communautés autochtones, les personnes racisées et les personnes marginalisées sont davantage exposées à des problèmes environnementaux et qu’elles ont moins accès à de bonnes conditions de vie : espaces verts, transport en commun, aliments sains. Nous devons ainsi déterminer si l’accès à un environnement sain ou les risques environnementaux sont répartis de façon juste sur le territoire. Et en tenir compte dans l’évaluation des projets, dans nos choix d’aménagement ou dans l’allocation des ressources. Ces facteurs doivent non seulement être considérés, mais il faut statuer sur des conditions minimales à respecter pour éviter que des décisions soient prises au gré des aléas politiques ».