Afrique/Environnement : les eaux usées, recyclons-les!

Par le 26/11/2020 0 466 Views

Plusieurs pays africains font face depuis des années à la problématique de l’eau. Il est difficile d’avoir accès à l’eau potable dans plusieurs régions. Les populations parcourent de longues distances pour avoir un peu d’eau et parfois, cette dernière n’est pas propre. En plus de ce souci quotidien, l’apparition de la Covid-19 a placé l’accès à l’eau comme une priorité. Ceci parce que le lavage des mains à l’eau propre et au savon est devenu une des règles importantes pour lutter contre ce virus. Face à ces problématiques, l’on se demande que faut-il faire des eaux usées qui jonchent les capitales africaines.

Bien que possédant de grandes ressources en eau, l’Afrique reste le continent le plus touché avec 450 millions de personnes soit près de la moitié de la population qui subit le manque en eau potable. L’Afrique subsaharienne est la zone du continent où la crise est le plus criard. Non seulement l’accès à l’eau salubre est compliqué puisqu’il faut parcourir des kilomètres pour s’en procurer, mais également, on assiste à la cherté des branchements. Face à cette problématique, l’une des solutions serait les eaux usées. Mais d’abord, comprenons mieux de quoi il s’agit.

Comprendre les eaux usées

Les eaux usées, aussi appelées « effluents liquides » sont des « eaux polluées », constituées de toutes les eaux de nature à contaminer, par des polluants physiques, chimiques ou biologiques, les milieux dans lesquels elles sont déversées. On distingue trois « familles » d’eaux usées : les eaux domestiques, les eaux industrielles et les eaux pluviales et de ruissellement selon le Centre d’Information sur l’Eau. Quand on parle des eaux usées domestiques par exemple, elles proviennent des différents usages domestiques de l’eau et sont, essentiellement, porteuses de pollution organique :

  • eaux ménagères (salles de bains et cuisines) sont généralement chargées de détergents, de graisses, de solvants, de débris organiques…
  • eaux-vannes (rejets des toilettes) chargées de diverses matières organiques azotées et de germes fécaux.

Selon les chiffres, chaque personne produit de façon journalière « 90 grammes de matières organiques ou minérales (en suspension dans l’eau sous forme de particules), 57 grammes de matières oxydables, 15 grammes de matières azotées, 4 grammes de phosphore (issus des détergents), 0,23 gramme de résidus de métaux lourds (plomb, cadmium, arsenic, mercure…), 0,05 gramme de composés (fluor, chlore, brome, iode…), 1 à 10 milliards de germes par 100 ml. Et ceci, pour une personne utilisant 150 à 200 litres d’eau en une journée ».

Il serait donc bien que face à la pénurie d’eau qui s’observe, les eaux usées soient réutilisées. Cela permet notamment d’augmenter la ressource disponible à un moindre coût, notamment dans les régions touchées par les pénuries d’eau et la sécheresse. Une technique que certains pays ont déjà adopté.

Les eaux usées recyclées peuvent servir pour l’agriculture par exemple

Les eaux usées, une grande utilité

À l’échelle mondiale, une eau sale présente des risques importants de diarrhée, d’infections opportunistes et de malnutrition, causant 1,7 million de décès par an, dont plus de 90% dans des pays en développement, la moitié étant des enfants. Ces décès sont principalement dus à l’ingestion de pathogènes fécaux d’origine humaine ou animale. Mais l’eau usée peut être encore assaini et réutilisé. Vers 2015, environ 2,1 milliards de personnes avaient accès à des installations d’assainissement améliorées depuis 1990. Ces dernières années, la pratique s’est accentuée. Pionnière absolue en matière de recyclage des eaux usée, la ville de Windhoek, en Namibie, recycle ses eaux usées en eau potable, depuis… 1968. Et une nouvelle usine de recyclage des eaux usées a été mise en service en 2002, qui met en œuvre des technologies de pointe apportées par Veolia. Donnant aussi l’exemple du Maroc, Afrik 21 informe que « le Maroc, vise la réutilisation (ReUse en anglais) de quelque 325 millions de m3 d’eaux usées à l’horizon 2030, ce qui suppose de passer d’une pratique de « traitement et rejet » à des solutions de « traitement et réutilisation ». Le Maroc n’est d’ailleurs pas seul à s’engager dans cette voie. Les expériences se multiplient en Afrique. Normal, vu que les avantages de cette recyclage ne sont pas négligeables.

Les eaux usées recyclées sont encore majoritairement utilisées dans l’agriculture, pour l’irrigation des plantes, ou l’arrosage des espaces verts. Parfois également pour le maraichage, à condition que le niveau d’épuration de l’eau soit compatible avec cet usage. La réutilisation des eaux usées permet de se rapprocher d’un modèle d’économie circulaire particulièrement avantageux pour la protection de l’environnement. Car la réutilisation des eaux usées évite de prélever localement les rares ressources en eau douce. Mais, surtout, en multipliant les cycles de traitement de l’eau, elle permet de réduire drastiquement la charge polluante rejetée dans le milieu. Avec moins de polluants rejetés dans le milieu, les eaux naturelles qui restent, quand elles sont prélevées pour la potabilisation, sont plus faciles et moins chères à traiter puisque moins polluées. C’est ce qu’on appelle l’accroissement de la productivité des eaux brutes.

Murielle HOZANHEKPON

Riche d’une formation en Protection de l’Environnement, je suis spécialisée dans l’Aménagement et la Gestion des Ressources Naturelles que j'ai validé par l'obtention d'un master. Passionnée d’écriture et de tout ce qui est média numérique, je rentre très vite dans l'univers de la rédaction web. C’est donc tout naturellement que je me lance dans la rédaction des articles pour informer et sensibiliser un grand nombre de personnes. Et mes thématiques favorites tournent le plus souvent autour de l’écologie, de la nature et des énergies renouvelables, même si j’aborde également des sujets qui ont trait à la santé et aux faits de société. « La plus grande victoire de l’existence ne consiste pas à ne jamais tomber, mais à se relever après chaque chute » Nelson Mandela.