Violences xénophobes en Afrique du Sud : la résultante du fort taux de chômage ?

Par le 16/09/2019 0 44 Views

Ce début de mois de septembre, des violences xénophobes ont éclaté dans la région de Johannesburg en Afrique du Sud. Ces violences ont visé notamment les commerces tenus par des étrangers et ont duré plusieurs jours. La communauté internationale face à cette situation déplorable qui a vu des morts et des arrestations, a regretté la situation. Mais les violences xénophobes en Afrique du Sud ne sont pas des faits rares et risquent de se répéter dans les mois ou années à venir.
L’artiste béninois Nel Oliver chantait en 1993 « Upheaval ». Un titre contre l’apartheid et en hommage à Nelson Mandela, figure de proue de la lutte contre les violences xénophobes et l’apartheid. « We must refuse segregation. We are born to live together. Open your heart sing in harmony. Apartheid, in South Africa, you will never pass ». Un appel à la paix et au courage pour tous les noirs Sud-Africains qui subissaient les violences xénophobes. Mais en septembre 2019, tout comme en 2008 et en 2015, ce sont les noirs Sud-Africains qui se sont retournés contre les étrangers notamment d’autres africains réclamant des emplois. Faisant le bilan, le Président sud-african Cyril Ramaphosa a annoncé qu’au moins 10 personnes dont un ressortissant étranger, ont été tuées au cours de cette semaine de violences et des centaines de personnes ont été arrêtées.

Des commerces ont été saccagés et brûlés au cours de ces violences
Image: senenews

De multiples causes…
La nation Arc-en-ciel comme l’a surnommée son ancien président Nelson Mandela est une grande puissance industrielle en Afrique. Pour de meilleures conditions de vie, l’Afrique du Sud voit débarquer chez lui chaque année des millions d’immigrés africains. « Mais le pays se débat avec un fort taux de chômage (29%) et d’énormes disparités sociales et économiques qui alignent régulièrement un sentiment xénophobe » explique le site de l’OBS. Sur cette même Léonce Gamai, journaliste, analyste politique nous dit que ce n’est pas la 1ère fois que le pays fait face à ce genre d’évènements. A son avis, l’Afrique du Sud a été ces dernières années le théâtre de ces violences. « Il y en a eu en 2008 avec plus de 60 morts. En 2015 aussi avec 7 morts et il y a eu cette année et face à cela, il faut se poser des questions sur les causes de telles violences ». Le journaliste continue pour expliquer que c’est un ensemble de facteurs. « Il faut noter que ces violences se déroulent dans les Townships qui sont des quartiers précaires habités par les noirs. Donc la 1ère raison déjà, c’est une manifestation d’une certaine frustration. Il faut partir du contexte global. La situation économique du pays est en berne. Ce qui veut dire que les grosses entreprises qui créent de l’emploi et de la richesse ne prospèrent pas. La 2ème raison est la courbe du chômage. Le taux de chômage actuellement en Afrique du Sud est de 29 voire 30%. Et selon certains experts, le taux de chômage dans les quartiers précaires est au-delà de ce chiffre. A cela, il faudra ajouter les rivalités professionnelles. Si les Townships sont des quartiers précaires et donc où le niveau de vie est très bas, l’une des raisons c’est la pauvreté, résultante du manque d’emploi. Et dans le même temps où ces habitants vivent dans la précarité, il y a des ressortissants noirs qui sont employés par des entreprises et qui ont un niveau de vie plus ou moins stables. Du coup, les Sud-africains considèrent que les ressortissants noirs sont leurs rivaux » poursuit Léonce Gamai avant d’aborder aussi les causes politiques de ces violences.

Les ressortissants nigérians rentrent chez eux
Image: France 24

Une situation regrettable
Ces violences xénophobes ont été très vite dénoncées par la communauté internationale et par les internautes. Le Président sud-africain Cyril Ramaphosa diffusé sur le réseau Twitter un message vidéo dans lequel il condamnait fermement les violences. Il a aussi appelé les auteurs de ces actes a cessé immédiatement le massacre. Mais ces violences se sont poursuivies des jours après son message. Des milliers de personnes se sont déplacées, des entreprises pillées sans raison, des commerces de ressortissants africains ont été massacrés durant ces jours de violences.
Les ressortissants nigérians semblent avoir été les plus touchés. Face à cette situation, la diplomatie nigériane a demandé le rapatriement de ses ressortissants. Le site Afrik.com confirme que « après une semaine de violences xénophobes en Afrique du Sud, le Nigéria a pris l’option de rapatrier quelques 600 de ses ressortissants, dans un contexte de tensions entre les deux pays alors que de nouvelles tensions ont éclaté dimanche 08 septembre dans plusieurs quartiers de Johannesburg ». France 24 informe que mercredi 11 septembre, une première vague de 189 ressortissants nigérians a quitté l’Afrique du Sud. « Au total, 600 compatriotes doivent être rapatriés au Nigéria sur les 100 000 qui vivent actuellement en Afrique du Sud ». Et après le Nigéria, de nouveaux pays ont décidé de rapatrier certains de leurs ressortissants en Afrique du Sud. « Des bus ont été mis en place pour permettre à plus de 200 personnes originaires du Zimbabwe et du Mozambique de rentrer volontairement dans leur pays, avec la coopération de l’Organisation Internationale pour les migrations. Après les violences, ces ressortissants ont perdu leur toit ou fui leur quartier. Réfugiés dans des halls aménagés par la ville, ils ont préféré rentrer plutôt que de devoir tout reconstruire » explique RFI Afrique.
Pour Léonce Gamai, analyste politique, pour mettre fin à ces violences, l’homme politique doit avoir le courage de dénoncer ce qui se passe. « Mais au-delà, il faudra mettre en place une politique économique et social assez volontariste pour répondre aux besoins des habitants des Townships. Besoin en termes d’emplois mais aussi d’éducation et de formation pour leur permettre d’être compétitifs sur le marché de l’emploi. Il faudra aussi qu’il y est reprise de l’activité économique et que le pays quitte la situation dans laquelle il se trouve actuellement. La lutte contre la corruption est aussi un point crucial » énumère le Journaliste. Nelson Mandela disait « il ne peut y avoir plus vive révélation de l’âme d’une société que la manière dont elle traite ses enfants ». Il est clair qu’il faut garantir aux Sud-Africains notamment les sous et sans emplois de meilleures conditions de vie pour espérer « une nation arc-en-ciel, en paix avec elle-même et avec le monde » comme le voulait son ancien Président Nelson Mandela.

Perpétue Houéfa AHOMAGNON

Diplômée en journalisme audiovisuel, j'ai découvert après mon cursus universitaire, l'univers des blogs, de la rédaction web. Depuis, je me suis presque auto-formée dans le domaine. Des formations par ci par là, des cours en ligne, tout ce qu'il faut pour me perfectionner et utiliser ces nouveaux médias pour atteindre mes objectifs. Je suis en fait une passionnée des nouveaux médias, des femmes, des jeunes, de la vie au niveau local. Je suis intéressée par les sujets sur l'Afrique, sur la situation des femmes et des enfants sur le continent mais aussi par le développement local. Et c'est ce que je traite à travers mes articles sur ce blog. " La confiance en soi est le premier secret du succès" Ralph Waldo