Rwanda/Génocide : 25 ans après, une nouvelle ère ?

Par le 10/04/2019 0 106 Views

Les cicatrices physiques et psychologiques sont encore présentes, les souvenirs eux, sont aussi assez vivants. 25 ans, même s’il constitue un quart de siècle, reste quand même peu pour faire oublier à toute une communauté, tout un peuple, les massacres auxquels, il a fait face. Aujourd’hui, le Rwanda présente un nouveau visage. Un visage rayonnant qui séduit l’extérieur. Mais le chemin pour y arriver se fait depuis juillet 1994 et constitue un long travail.

Dimanche 07 avril 2019, le Président rwandais Paul Kagamé a lancé les célébrations marquant le 25ème anniversaire du génocide ayant frappé son pays en 1994, en allumant une flamme du souvenir au mémorial de Gisozi à Kigali, où plus de 250.000 victimes du génocide sont enterrées. Le 07 avril 1994, ce pays de l’Afrique de l’Est ouvrait une grande page de son histoire. Pas heureuse.

En effet, le 06 avril 1994, les présidents rwandais et burundais, Juvénal Habyarimana et Cyprien Ntaryamira, meurent, lorsque leur avion, qui s’apprêtait à atterrir à Kigali, est abattu par un missile. Le lendemain de cet attentat et après la mort de plusieurs personnalités hutus du gouvernement, des barrières sont dressées par des milices Hutus à Kigali puis dans le reste du pays, et, au vu de leurs cartes d’identité, les Tutsis sont systématiquement assassinés. Pour les spécialistes, cet attentat, qui n’a pas été élucidé jusqu’à présent, est considéré comme l’élément déclencheur du génocide. Dans son analyse de la situation, le journaliste spécialiste du Rwanda, Mehdi Ba dit en parlant du génocide rwandais qu’il s’agit « fondamentalement d’un état qui a décidé d’exterminer une partie de sa population pour se maintenir au pouvoir et donc d’éliminer les tutsis du Rwanda qui était assimilés à la rébellion de FPR (Front Patriotique Rwandais) à l’époque ».

Campement Improvisé pendant le génocide en 1994

Une analyse appuyée par John R., ancien capitaine des forces de défense du Rwanda. Il affirme que « le gouvernement d’avant 1994 avait prévu ce génocide depuis la 1ère République. En 1963, il y a eu les massacres des tutsis, de même sous la 2ème République en 1973. En 1990, la même République a massacré des tutsis faisant croire que le FPR avait lancé l’attaque au Rwanda. Ensuite, ils sont arrivés à leur objectif ouvertement en commettant le génocide la nuit du 06 avril 1994 ». Mais les victimes se compteront dans tous les camps au Rwanda. Des Hutus comme des Tutsis seront attrapés, massacrés, obligés d’assister à des scènes de violence sur leurs femmes et enfants. Durant les 100 jours qu’a duré le génocide, l’Organisation des Nations Unies (ONU) estimera à 800 000 milles le nombre de rwandais massacrés et tués. Un quart de siècle après, les souvenirs restent assez vivaces dans le cœur des survivants.

Photo des victimes du génocide

Des mauvais souvenirs

John R. est un ancien militaire, ancien capitaine des forces de défense du Rwanda, aujourd’hui, ingénieur en génie civil. En tant qu’ancien militaire, ayant combattu pour l’arrêt du génocide, il décrit cette période de l’histoire rwandaise comme l’horreur. « Une nuit de pleurs, une nuit d’incendie avec criminalité, avec des massacres ciblés pour exterminer les tutsis » raconte t-il en parlant de la nuit du 06 avril juste après l’attentat contre l’avion de l’ancien Président rwandais. Dans son témoignage, il ajoute qu’« il y avait des cadavres partout. Peu importe où on mettait les pieds, on trouvait des morts, des blessés. On faisait les combats tout en aidant la population et en soignant les blessés ».

Tout comme lui, Jean-Hervé Bradol était au Rwanda pendant le génocide pour le compte de Médecins sans frontières (MSF). Dans une interview accordée à la journaliste Sonia Rolley de RFI, il raconte ses souvenirs des journées du 06 et 07 avril 1994. « Une journée de fébrilité, une journée d’inquiétude pour nos équipes, nos personnels, nos patients. On était vraiment catastrophé, au sens strict du terme. On avait prévu évidemment que la situation politique et militaire se dégradant, il y aurait vraisemblablement des massacres contre les Rwandais tutsis. Donc on s’était organisé pour ce faire, on avait prévu des kits d’urgence, on s’était réparti les salles d’urgence de Kigali et autour de Kigali qui pouvaient accueillir des blessés. Donc on s’estimait prêts. Mais ce que l’on n’avait jamais imaginé, c’est que ça puisse être aussi exhaustif, aussi massif » témoigne-t-il à la journaliste.

La réconciliation, le grand projet

« La réconciliation vu ce qui s’est produit pendra peut-être encore 25 ans de plus pour qu’on puisse passer à autre chose. Il faut éradiquer l’idéologie de génocide et permettre aux gens de cohabiter. C’est un processus qui a pas mal avancé mais qui continue de se faire au jour le jour ». A travers ces propos, le journaliste Mehdi Ba, rédacteur en chef du site www.jeuneafrique.com, tout en reconnaissant le grand travail qui a été fait depuis la fin du génocide estime cependant, qu’il reste encore du chemin pour le Rwanda. 25 ans après le génocide au Rwanda, le pays fait de grandes avancées sur plusieurs plans. Lors de la commémoration ce dimanche des 25 ans d’anniversaire, le Président rwandais Paul Kagamé a décrété un deuil de 100 jours, pour le nombre de jours qu’a duré le génocide en 1994. Dans son discours, le Président face à certains de ses pairs africains, et face à son peuple se réjouit du visage actuel de son pays. « En 1994, il n’y avait pas d’espoir, seulement les ténèbres. Aujourd’hui, la lumière irradie de cet endroit. Comment cela est arrivé ? Le Rwanda est redevenu une famille » dira t’il.

Paul Kagamé
Président du Rwanda

John l’ancien combattant, tout comme son Président estime que le pays évolue au jour le jour. « Le gouvernement prône unité et la réconciliation et refuse l’esprit de vengeance. Les ethnies vivent ensemble et les génocidaires ont demandé pardon et ont été pardonnés. Ce pardon est profond car on assiste à des mariages inter-ethniques, mariage entre victimes et génocidaires, mariage entre enfant des rescapés et enfant des génocidaires » s’extasie t’il. Des gestes de réconciliation qui, à coup sûr, contentent l’avocat rwandais Gateté Nyiringabo qui nous disait que ces faits simples marqueront plus la réconciliation au Rwanda.

Perpétue Houéfa AHOMAGNON

Diplômée en journalisme audiovisuel, j'ai découvert après mon cursus universitaire, l'univers des blogs, de la rédaction web. Depuis, je me suis presque auto-formée dans le domaine. Des formations par ci par là, des cours en ligne, tout ce qu'il faut pour me perfectionner et utiliser ces nouveaux médias pour atteindre mes objectifs. Je suis en fait une passionnée des nouveaux médias, des femmes, des jeunes, de la vie au niveau local. Je suis intéressée par les sujets sur l'Afrique, sur la situation des femmes et des enfants sur le continent mais aussi par le développement local. Et c'est ce que je traite à travers mes articles sur ce blog. " La confiance en soi est le premier secret du succès" Ralph Waldo