POLITIQUE AFRICAINE : LE MALI DANS L’IMPASSE

Par le 06/08/2020 0 100 Views

Le 10 juillet le Mouvement du 5 juin – Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP) réunissant une partie de la société civile, de l’opposition et de religieux a organisé sa troisième manifestation après celles du 5 juin et du 19 juin. Pour trouver une solution à cette crise qui s’enlise, les Chefs d’Etat de la CEDEAO ont tenu le lundi 27 juillet une réunion extraordinaire par visioconférence au terme de laquelle ils ont exigé la démission des 31 députés dont l’élection est contestée. Mais, les concernés refusent de céder, plongeant le pays dans une impasse.

« Il n’y a pas beaucoup à réfléchir : nous avons décidé de ne pas démissionner du tout. Nous ne sommes pas d’accord avec cet appel [de la CEDEAO]« . Par cette déclaration, Goua-gnon Coulibaly, élu sur le la liste de l’Union pour la République et la Démocratie (URD), le parti de Soumaïla Cissé, chef de file de l’opposition enlevé le 25 mars, répond ainsi aux injonctions de la Cédéao. Le lundi 27 juillet, les Chefs d’Etats de l’organisation sous-régionale ont demandé aux 31 députés dont l’élection est contestée par les manifestants de rendre leurs tabliers. Mais, comme l’URD, plusieurs formations politiques concernées par cette décision n’entendent pas s’exécuter. Car, selon Goua-gnon Coulibaly, « l’injonction de la CEDEAO assortie de possible sanction viole la Constitution du Mali et n’est donc pas légale puisque les députés sont élus pour cinq ans. » De son côté, ragaillardi par le soutien de ses pairs ouest-africains, le président malien Ibrahim Boubacar Kéita a durci le ton contre l’Imam Mamoudou Dicko, le visage le plus connu de la contestation qui ébranle le régime malien depuis le 5 juin. Selon des propos rapportés par la Radio France internationale et démenti par la présidence malienne, lors d’un sommet extraordinaire, IBK aurait affirmé que « le but de ces manifestations organisées par l’imam Dicko est de conduire à une transition dirigée par le célèbre marabout et qui devrait ouvrir la voie à un État islamique. C’est là, la rançon de guerre de l’imam Dicko, un crime impardonnable. », avant de dénoncer un coup d’Etat rampant de l’opposition.

Le calme avant la tempête ?

En prélude à la fête de la Tabaski célébrée le week-end dernier au Mali, le M5 avait décidé d’une trêve. Du coup, les manifestations ont été suspendues depuis la journée meurtrière du 10 juillet avec son bilan de 11 morts et de plus d’une centaine de blessés. Mais, les revendications demeurent et les questions dans tous les esprits est de savoir quand les manifestations vont envahir les rues. Ce qui est sûr, les jeunes ont annoncé reprendre la désobéissance civile et le mouvement se cherche une stratégie après la trêve de cette Tabaski. Après l’annonce des Chefs d’Etat de la Cédéao demandant la démission des députés contestés et annonçant des sanctions « contre tous ceux qui tenteront d’entraver le processus de normalisation », les leaders du mouvement contestataire sont revenus sur une revendication qui avait disparu de la liste de leurs doléances : la démission de IBK, à laquelle s’ajoute la demande de la démission du premier ministre.

Face à cette radicalisation des positions, de nombreux observateurs maliens estiment que la solution se trouve dans les mains du Président Ibrahim Boubacar Kéita.  Selon l’article 42 de la Constitution de la République du Mali adoptée par Scrutin Référendaire du 12 Janvier 1992 et Promulguée par Décret N°92-073/P-CTSP le 27 Février 1992, « le Président de la République peut, après consultation du Premier Ministre et du Président de l’Assemblée Nationale, prononcer la dissolution de l’Assemblée Nationale ». Mais, dans un contexte où le Président et le premier ministre sont contestés et où la démission de certains députés est exigée, comment réunir cette condition ? Il faudra peut-être espérer ce que d’aucuns appellent une solution à la malienne