« Na Yi Noukon », de Djamile, n’est pas un album de slam!

Par le 17/04/2019 0 81 Views

Non, non et non ! J’insiste, je persiste et je signe!
Ce n’est pas un album de slam … Djamile MamaGao n’a pas fait du slam, ni du rap, ni du chant, il a fait un album de Djamile. Eh oui, l’artiste a fait du Djamile, une discipline qui allie un parfait phrasé, une musicalité irrésistible et une authenticité irréfutable.

Djamile, c’est une voix agréable, étonnamment musicale, même quand il prétend slamer. Sa voix est son principal instrument et cet instrument mélodieux s’incruste dans votre esprit et vous murmure « réveille toi » ou encore « tu peux »…
« réveille-toi ! », le premier titre de l’album donne le ton
« Amour indéfectible, je n’existe que par mes origines. Fierté majuscule, j’en parle avec l’envie de mes os rigides. Je vous parle de toute cette unité qui attend qu’on l’étreigne. »

Djamile est un amoureux de l’Afrique. Homme d’ouverture et de rencontres, il n’oublie pas la source, Djamile vit, respire, transpire l’Afrique.
Un « panafricaniste de plus », est-on tenté de dire. Oh que nenni, Djamile évite l’écueil de l’invective facile ou de la diatribe creuse. Afro-lucide, il assène : « Si tu penses que l’Afrique dort, réveille-toi… Il n’est plus suffisant de juste rêver l’action. Il faut agir, au-delà de nos contraintes, en immolant nos complaintes. » c’est le véritable hymne d’une génération qui assume son passé, mais refuse de s’y réduire, de s’y enfermer.

(Vu sur Internet)
Djamile Mama Gao lors de la présentation de son album « Na Yi Noukon »

Na yi noukon: le crédo
« … Et aussi douloureux que soient les lendemains, tant que je sentirai vibrer mes jambes, tant que la vie sera encore dans mon cœur… j’avance… »
Na yi Noukon, « j’irai de l’avant », titre éponyme, reste en filigrane, à mesure que l’artiste alterne, avec une grâce déconcertante, entre autres, des titres d’amour (t’aimer OKLM, je t’emmènerai, Koumi dèdè), de motivation ( tu peux), d’engagement pour l’enfance (quand tu seras grand).
Djamile Mama Gao, c’est une plume authentique, une plume de recherche, trempée en entier dans la tradition africaine. A coups de punchlines incisives et sans se départir de la chaleur et de la suavité de sa voix, l’auteur nous ébranle bien souvent avec ses vers profonds :« Aucun vaudou ne tue, ce sont les hommes qui tuent… »

Djamile réussit avec une maestria incroyable, à allier musique de recherche et plaisir. Car avant tout, écouter de la musique est un plaisir et beaucoup d’artistes se servent du prétexte de « ne pas faire de la musique commerciale » pour justifier leur choix musicaux qui peinent à convaincre. Djamile esquive le piège de la rythmique monotone et prend de vrais risques en essayant quelque chose de nouveau sur chaque morceau.

Ah, des sujets éminemment « sérieux », diriez-vous… mais je vous ai prévenus, ceci n’est pas un album de slam, c’est un album de Djamile. Et du Djamile, c’est engagé, mais provocateur sur les bords. L’artiste laisse sa plume s’envoler dans la brise légère de l’amour avec le titre « t’aimer Oklm », une ode à la femme et à son charme. Mais juste derrière, le naturel de Djamile fait son retour avec le titre « poupée », dans lequel il taquine un peu ces chères dames. Djamile, aka besoin an ?😊

En définitive, on ne saurait dissocier l’album de la personnalité de l’artiste Djamile ; ce dernier toujours grande gueule, toujours engagé, fin provocateur et ergoteur sur les bords, éclectique dans les collaborations et le choix des instruments (du gong, du balafon, du djembé, de la flûte) et des langues, mais homme vrai, homme au grand cœur, homme irréversiblement iconoclaste.
Na yi Noukon, une jouissance auditive, un album de sl… Djamile, qui ne se raconte pas.

 

La rédaction

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