LES GRANDS HOMMES POLITIQUES NOIRS DU 20e SIECLE: KWAME NKRUMAH (2e partie)

Par le 31/12/2019 0 79 Views

Président de la République du Ghana dès 1957, Kwame Nkrumah a été un grand artisan du panafricanisme et de la libération des États africains du joug du colonialisme. Dans le premier volet de cet article qui lui est consacré, nous avons relaté ses luttes qui ont conduit à l’indépendance de son pays. Cette dernière partie aborde son engagement pour l’unité africaine ainsi la fin de son règne.

En faisant accéder son pays à l’indépendance, il compte répandre ses idées panafricanistes auprès de ses pairs. Comme le renseigne le volume « Le mouvement panafricaniste au XXe siècle » publié au terme de la Conférence des intellectuels d’Afrique et de la Diaspora (CIAD I) organisée à Dakar du 7-9 octobre 2004 par l’Union africaine en partenariat avec le Sénégal, dès avril 1958, la Conférence des États Indépendants d’Afrique réunit dans la capitale ghanéenne les délégués des huit États souverains répartis équitablement entre l’Afrique méditerranéenne (Egypte, Libye, Maroc et Tunisie) et l’Afrique subsaharienne (Éthiopie, Ghana, Liberia et Soudan). Dans son discours inaugural, il déclare que cette conférence marquait l’entrée en scène de « la personnalité africaine » et obtint de ses pairs une déclaration finale qui déclinait clairement les principes panafricains d’indépendance et d’unité. Il revendique non seulement l’indépendance immédiate de l’Afrique, mais prône la formation d’une identité supranationale : les « États-Unis d’Afrique » qui permettrait au continent de devenir l’une des plus grandes forces du monde. Comme rapporté dans la 3e partie de l’émission Archives d’Afrique sur RFI le 4 août 2006, la même année, il est le premier à apporter son soutien à la Guinée indépendante d’Ahmed Sékou Touré, en lui accordant un prêt de dix millions de livres sterling. Il tente un premier pas vers une réalisation concrète du panafricanisme en formant le 1er mai 1959 une union avec la Guinée, rejointe le 24 décembre 1960 par le Mali. En mars 1963, il participe activement à la rédaction de la charte de l’Organisation de l’unité africaine. Pour reprendre Tirthankar Chanda, la pensée visionnaire de Nkrumah sur l’intégration africaine faisait de lui le symbole vivant du panafricanisme et son idéologie commençait à s’enraciner dans les esprits à travers le continent.

Fidel Castro et Kwame Nkrumah

Mais, s’il était perçu en Afrique comme un héros du panafricanisme, dans son pays, il devait faire face à des mécontentements. Des grèves et des manifestations se multipliaient à travers le pays pour protester contre “la pratique de plus en plus mégalomaniaque et solitaire du pouvoir par le chef de l’État.”, explique Tirthankar Chanda. Il était donc de plus en plus isolé à l’intérieur de son pays, mais aussi à l’extérieur. Ses initiatives lui valent l’hostilité tant des pays occidentaux que de certains dirigeants africains qui l’accusent, dans ses projets de panafricanisme, de vouloir propager le communisme en Afrique. Le 24 février 1966, Kwame Nkrumah, premier président de la République du Ghana, est renversé lors d’un coup d’Etat. Ce jour-là, alors qu’il est en visite officielle en Chine, l’armée ghanéenne a profité de son absence pour s’emparer du pouvoir et le déclare persona non grata. Il se réfugie alors en Guinée, chez son ami Sékou Touré. Là, il fonde une maison d’édition qui publie ses théories révolutionnaires et ses livres sur l’Unité africaine. Le 27 avril 1972, il décède dans un hôpital de Bucarest, à la suite d’un cancer de l’estomac.

« Cinquante ans après le coup d’Etat, Nkrumah reste un grand Africain en raison de la portée visionnaire de son ambition panafricaine », affirme le checheur Bokhari-Yabaara, rapporté par Tirthankar Chanda dans son article publié le 24 février 2016 sur RFI.

Comme le conclut un article mis à jour le 28 octobre 2013 sur le site du Nouveau Parti Anti-capitaliste, « passé du mythe à la décadence, Kwamé Nkrumah n’en reste pas moins un des plus grands penseurs de l’unité africaine. Sa pensée renaît parmi les jeunes générations africaines et influence tous ceux qui croient fermement que l’Afrique doit se tourner vers ses propres valeurs et se libérer du complexe occidental pour être libre et forte. »

Un documentaire vidéo à lui consacré par la chaîne CCTVNEWS intitulé “Kwame Nkrumah, a story of vision and tragedy” est disponible.

https://youtu.be/Ns70u3YawoA