Interview avec Kenneth Yannick

Par le 30/08/2018 0 147 Views

Vendredi 27 Juillet, le Cotonou Comedy Club (CCC) faisait son retour. Un spectacle sponsorisé par KayaMaga à la Plancha qui aura duré environs 1h30. Suite à ce spectacle, nous nous sommes rapprochés de Kenneth Yannick, l’un des concepteurs du CCC.

KayaMaga : Bonsoir Kenneth

Kenneth : Bonsoir Sam

KM : Tu peux te présenter à nous stp ?

Kenneth : Moi c’est Kenneth Yannick, je suis humoriste. Voilà c’est tout (rire)

 

KM : A part l’humour tu ne fais plus rien comme boulot ?
Kenneth : J’étais prof d’EPS, depuis 2013-2014 j’enseignais. Je faisais aussi de l’humour hein, mais j’ai arrêté définitivement avec l’enseignement pour me consacrer entièrement à l’humour.. faut se décider à un moment donné.

KM : Et pourquoi avoir choisi être humoriste parmi les autres formes d’expression artistique qui existent ?
Kenneth : Je sais pas, c’est cool de faire rire les gens (rire). Non en fait, ce que beaucoup de gens ne savent pas, c’est que quand tu as envie de faire de l’art c’est un peu spécial. Déjà les artistes c’est des gens qui aspirent à la liberté tu vois.. on a envie de créer, on n’a pas envie de suivre forcément des règles qui te disent quoi faire tu vois. Je suis passé par le dessin, j’ai même fait du rap.. ce qui fait que beaucoup me demandent : « tiens, tu es sûr que tu ne fais pas du rap ? » parce que quand il voit les jeux de mots, les rimes.. j’ai fait du rap. Mais j’étais tellement nul que voilà j’ai pas continué. Mais l’humour c’est faire rire les gens quoi, et j’aime ça.. c’est le fait de faire rire les gens qui te procure du bonheur à toi. Tu fais une vanne et les gens rigolent. Il suffit que tu sortes des mots de ta gorge pour que les gens reçoivent de la joie.. il n’y a pas d’autre réponse, c’est cela.

KM : Beaucoup confondent l’humour et la comédie. Quelle différence peux-tu nous ressortir entre les deux ?
Kenneth : Effectivement il y a une petite nuance entre les deux parce qu’un humoriste c’est quelqu’un qui produit un contenu à caractère humoristique. Le comédien prête son corps pour des rôles.. ça peut être dans un film, au théâtre ou autres… c’est pour cela que je ne me définis pas comme étant un comédien. Sur le web je fais des vidéos où je joue. Donc un humoriste peut écrire des scénarios dans lequel il peut également être comédien. C’est pour ça tu verras des gens en voulant se présenter, disent qu’ils sont comédien-humoriste.. si ça voulait dire la même chose ils se seraient passés de se répéter. Ou tu es humoriste, ou bien tu es comédien

Kenneth Yannick lors du dernier spectacle

KM : Aurais-tu souhaité faire un autre métier à part être humoriste ?
Kenneth : Ben un autre métier, j’ai envie de dire non. C’est évident parce que si j’en avais envie je l’aurais fait. Moi je suis pour le « faire ce que tu as envie de faire ». si tu as envie de faire un truc, tu le fais, c’est ta vie. Si tu crèves, bah tu crèves seul. Tu vois moi j’ai envie d’être humoriste et j’ai tout abandonné pour me consacrer uniquement à ça. Même si ce n’est pas encore quelque chose qui paye actuellement. Contrairement à ce que pensent les gens, quand tu es artiste, pour eux c’est que tu as raté l’école. C’est un peu le plan C, D ou même X, mais pas le plan Q (rire).. non tu vois, pour eux c’est un peu comme quand tu n’as rien trouvé à faire de ta vie mais non. Moi j’ai été prof, j’ai fait BAC, licence et tout ce qui va avec, et à l’école j’étais pas mauvais, je faisais toujours partie des premiers mais voilà.. faut que les gens sachent que tous les artistes ne sont pas des gens qui le font parce qu’ils sont obligés. C’est d’abord l’envie, on sent que c’est ce qu’on veut faire.

KM : As-tu pour objectif d’orienter ta carrière beaucoup plus vers l’international et de jouer sur de grandes scènes?
Kenneth : Quand on me pose la question de savoir « qu’est ce que tu voudrais faire ? », ça peut paraître prétentieux mais je réponds que je veux conquérir le monde. J’ai pas l’intention de rester uniquement au Bénin. C’est vrai que je ne suis pratiquement qu’ici, mais je ne m’impose pas de limite, c’est dangereux. Tu vois le monde est vaste et grand. Je ne peux pas accepter rester seulement dans mon monde et ma petite bulle là non.. je pourrais juste continuer de rester au Bénin et de bouffer quelques trucs ici et dans certains pays en Afrique mais je pense qu’il faut voir grand, mondial. Dès que tu as une limite, il faut considérer que c’est un nouveau seuil à franchir. Pour moi c’est comme un level à franchir dans un jeu vidéo tu vois..

KM : Sinon, dis-nous aimes-tu improviser avec ton public ?
Kenneth : Ouais j’adore ça (rire). Tu vois quand tu prépares ton sketch, tu connais ton sketch et tu le maîtrises. Mais une fois devant le public, quand ce dernier dit un truc, ça t’amuse.. quand j’ai la possibilité d’improviser, je ne manque jamais de le faire.. surtout quand ça prend, ça fait plaisir..

KM : Y-a-t’il une chose que tu n’as pas encore fait mais que tu aimerais faire, en spectacle ou dans la vie active ?
Kenneth : Me bra*ler en public par exemple (rire)..non je déconne. Il y a plein de trucs comme par exemple faire un spectacle devant 1000 voire 10000 personnes, ce serait juste magique. Je l’ai fait devant 100, 300 et 500 personnes.. mais juste être devant 10000 personnes et dire une phrase, une vanne et voir devant toi 10000 personnes qui rigolent, je sais pas, pour moi c’est le WAOUH quoi..

KM : Sinon as-tu une idole ? Quelqu’un à qui tu demanderais un autographe par exemple ?
Kenneth : Moi je vois n’importe quelle star que j’aime bien je pourrais lui demander un autographe.. même moi je pourrais me signer un autographe.. c’est d’ailleurs ça le mot : auto-graphe (rire). Non c’est vrai que j’ai des modèles comme Gad Elmaleh (humoriste français). C’est même lui qui m’a motivé à choisir ce métier. Même si aujourd’hui je le trouve plus accrocheur, pour moi il reste un modèle. Ensuite il y a Arnaud Tsamère (humoriste français aussi) qui est aussi mon idole. Après il y a aussi plusieurs stars qui sont mes idoles, même béninoises comme Nasty Nesta qui est un bon gars que je kiffe bien, Nanawax aussi franchement c’est une très bonne femme. Donc il ya de ces personnes qui sont des sources d’inspiration pour moi.

KM : Y-a-t’il quelqu’un avec qui tu aimerais travailler ? Un slameur, un artiste ?
Kenneth : Non non, je suis déjà bien avec le Cotonou Comedy Club (CCC). C’est mon kiff tu vois..

KM : Donc si jamais un Jamel débarque..

Kenneth : Ben je laisse le CCC (rire) mais c’est Jamel frère.. Jamel quoi.. non mais sérieusement on ne change pas l’équipe qui gagne. Le CCC on a commencé ensemble donc si quelqu’un beaucoup plus expérimenté et connu devait venir, ben on va collaborer.

KM : Le CCC, on en parlait.. comment est-il né ?
Kenneth : C’est simple. Au début il n’y avait que moi sur la scène et parce qu’il n’y avait pas de scène de stand-up (et après le CCC il n’y en a toujours pas eu). Or un humoriste a besoin de la pratique.. et moi j’ai donc commencé à lire beaucoup de livres, regarder des vidéos et apprendre comment réaliser un spectacle de stand-up. Je ne faisais que des scènes de Miss (miss ENAM, miss HECM, miss Bénin…) tu vois, c’est un peu la particularité au Bénin. Je sautais sur ces occasions pour m’exercer. Je ne prenais même pas de cachet parfois. On m’en proposait mais je refusais. Déjà l’occasion qu’ils me donnent de pouvoir me présenter sur scène me suffisait. Et faut dire qu’il y en avait aussi qui te proposaient un cachet mais à la fin te remettent juste ton déplacement (souvent 1000f), ce que je refusais. C’était donc comme ça tout le temps entre 2015 et 2016 et avec les potes, ceux avec qui j’ai fondé le CCC (Morel et Fadil), ensemble on discutait puis on s’est dit « mais bordel, faut qu’on crée une scène de stand-up pour pouvoir pratiquer librement ».. il y a peut-être plein de personnes qui, par faute de l’inexistence d’une scène de stand-up, n’arrivent pas à s’exprimer. C’est ainsi que fin Décembre 2016, on a fait notre premier spectacle « le Comic Out », un semblant de CCC.. Ensuite il y a eu le premier Comedy Club en Août 2017 à la Plancha. Dès qu’on a commencé là, on n’a fait que des spectacles complets, c’est magique, jusqu’au Canal Olympia avec 300 personnes..et j’espère que ça va continuer. Plus il y a de gens qui rient, plus on est content.

KM : Et si ce n’est pas un peu indiscret, peux-tu me dire comment vous financez vos spectacles ?
Kenneth : Contrairement à ceux que les gens pensent, jusqu’à maintenant, il n’y a que le dernier spectacle qui soit sponsorisé. On a tout fait sans soutien de sponsor. Les gens ont du mal à y croire. Avec les grands spectacles pleins qu’on réalise et les tickets en prévente, ils se demandent comment on y arrive. C’est nous-mêmes, on n’est pas super riches, on n’est pas riches, mais on a pris des risques en se disant que si ça foire, bah on ramasse les pots cassés. Parfois on est aussi étonné d’avoir pris ce risque. On s’est dit qu’on y va juste avec l’argent des tickets, et nos propres sous. Et ça a pris. Il y avait même des gens qui venaient, de petits sponsors, mais on refusait parce qu’on ne veut pas dénaturer le concept, puisqu’il est toujours en pleine naissance tu vois.. Finalement on a décidé cette année de s’ouvrir un peu plus aux gens.. après mais écoute, on fait des spectacles complets mais on ne gagne rien (rire).. il faut trouver des gens pour t’aider à un moment donné, plutôt que de vouloir tout faire seul.

KM : Lors du spectacle symbolisant le retour du CCC, tu as parlé de Jean-Paul II, d’un mariage gay, de la Chorée qu’a voulu se faire Trump, et d’autres choses..d’une manière générale, peut-on rire de tout ?
Kenneth : Cette question est un peu compliquée.. il y a Pierre Desproges qui a dit « on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui ». Il y a des gens qui l’interprètent mal. Rire c’est un peu comme une arme contre la dépression, le stress, la tristesse.. c’est également une arme qu’un humoriste peut utiliser pour sensibiliser. Malheureusement les gens minimisent l’impact que peut avoir un humoriste. L’humoriste c’est le gars qui dérange, il peut tout te dire, mais en te faisant rigoler. Mais malgré qu’il ait ce pouvoir là, il doit le faire avec responsabilité. L’humour est technique, donc l’humoriste doit faire beaucoup attention à ses vannes. Par exemple si tu veux parler d’homosexualité, n’attaque pas violemment la communauté. Il ne doit pas s’attaquer à une communauté pour faire rire une autre. Il existe des techniques pour s’attaquer à une communauté sans la dénigrer. Même moi j’y travaille encore puisque je suis pas encore un pro. Ce n’est pas aussi facile qu’on le croit. C’est facile de faire une vanne sur les gays, mais c’est difficile de faire une vanne sur les homophobes, tu as remarqué ? c’est facile de faire une vanne sur les Noirs, mais c’est difficile de faire une vanne sur les racistes.. les gens s’attaquent aux minorités. En tant qu’humoriste, si tu t’attaquais à ceux qui s’attaquent sans pour autant les blesser, là tu aurais rempli ton rôle d’humoriste. Donc on peut rire de tout, mais on ne peut pas rire de tout avec n’importe qui.

KM : Comment faites-vous la sélection des humoristes pour les spectacles ?
Kenneth : Oui il y a un casting qui est organisé de façon périodique. On en refera un autre l’année prochaine probablement.

KM : Pourquoi ne faites-vous pas des spectacles dans des salles plus grandes pouvant contenir 200 à 300 personnes ?
Kenneth : En fait c’est à cause de plusieurs facteurs qu’on gère en coulisses. Déjà il y a le concept qu’on veut toujours conserver, le concept de « café-théâtre ». il n’y a pratiquement pas de bar (à part la Plancha) qui offre ce cadre. Donc à Cotonou quand on cherchait on n’a pas trouvé de lieu qui respectait ce concept pour un Comedy club, ambiance, décor… c’est pour cela qu’on garde ça. Tu vois tu as le CCC d’un côté et de l’autre tu as le Comic-Out qui est plus grand. Si je dois faire une petite comparaison vulgaire, c’est un peu comme le Jamel Comedy Club et le Marrakech du Rire. C’est juste qu’on fait des spectacles pendant une période, et on fait un grand spectacle à la fin comme une conclusion, c’est tout. Ce n’est pas un si Marrakech que ça. Et c’est pour ça qu’on prend le Canal Olympia comme c’est plus grand. Mais les gens réclament qu’on prenne de grandes salles pour le comedy club. Mais si on prend Canal Olympia pour le Comedy club, vous voulez qu’on fasse le Comic-Out où ? Au Palais des Congrès ? (rire).. ça va venir. Mais ils sont en rénovation et c’est beaucoup plus de protocole.. et comme nous on le fait pas d’abord pour l’argent… l’argent c’est bien hein mais on va grandir petit-à-petit.

KM : On va revenir au dernier spectacle. C’était prévu que ça allait durer 2h.. mais finalement ça n’a durer qu’environs 1h30.. le public n’était-il pas rester un peu sur sa faim ?
Kenneth : C’est bien quand on reste sur sa faim (rire). Par exemple quand tu couches avec une meuf, c’est mieux qu’elle te dise « c’était trop cool, j’en veux encore » plutôt qu’elle te sorte un « franchement ça me saoule » tu vois. Donc quand les gens venaient me dire moi « on a adoré franchement et ça ne nous a pas suffit », je préfère ça que quelqu’un qui me dit « ouais c’était cool, on a adoré mais c’était long ». donc pour les spectacles on va essayer de rester dans la normale quoi.. genre 1h45 ou les 2h maxi. Déjà même ce que le public béninois ignore, c’est parce qu’on est à nos débuts, et également compte tenu des réalités du pays. C’est vrai que l’écosystème est différent. Sinon si on doit faire une comparaison avec la Côte d’Ivoire ou même aller en France, ils ont payé 3000f pour un spectacle de 2h. je ne sais pas où ils verront ça. Le Jamel Comedy Club par exemple, ne dure que 30 mn maxi, c’est une émission de télé mais les gens paient dans les 25 000f voire 30 000f pour ça. Mais nous on veut faire rire les gens et voilà, on fait avec ce qu’on a.

 

KM : Et si tu nous parlais un peu du prochain spectacle qui est pour ce 31 Aout..y aura-t-il du nouveau ? D’autres humoristes ou ce sera les mêmes ?
Kenneth : Non ce ne sera pas les mêmes humoristes. On a fait en sorte de les changer à chaque fois. On a décidé, depuis le dernier spectacle, d’ouvrir la scène à de nouveaux humoristes qui ont envie de s’exprimer. Donc il y aura peut-être de petites surprises .. venez voir (rire)

KM : Dis-nous, le spectacle passé, qui a été ton coup de cœur ? L’humoriste que tu as kiffé ?
Kenneth : Parmi les humoristes.. disons que mon coup de cœur c’était Kenneth (rire).. sans déc je peux dire que c’était Harold. Il travaille vraiment beaucoup et il arrive toujours à s’en sortir. Il y a aussi Omer (sans H) qui travaille aussi chaque jour pour donner le meilleur de lui.

de gauche à droite Harold et Omer sans H

KM : Et pour finir, que fais-tu généralement pour te distraire ? j’ai remarqué que tu es un fan de mangas (rire)
Kenneth : En effet suis archi fan de mangas.. et plus précisément de One Piece. Là t’es chez moi et tu vois partout des affiches de One Piece, le chapeau de paille.. je m’inspire beaucoup de One Piece. Toute ma détermination tourne autour de One Piece. Les mangas je les adore. Après ça il y a les jeux vidéos. Tu vois là il y a ma PS4. Depuis mon enfance j’étais l’intello aux mangas et aux jeux vidéos et c’est resté.

KM : C’était tout, merci Kenneth
Kenneth : Merci Kaya Maga et précisément toi Sam

Sam Fort

Passionné de médias sociaux, de foot, de voyage et de tout ce qui a trait aux générations X, Y et Z, j'aime écrire, partager mes connaissances et surtout apprendre. "Il faut réfléchir à comment être social, plutôt qu'à comment faire du social" (Jay Baer).