Cinéma : Ce que pense Olivier Barlet de la Critique cinématographique

Par le 06/01/2020 0 44 Views

Critiquer un film, qu’est-ce exactement ? Olivier Barlet, responsable éditorial cinéma à Africultures a donné son point de vue sur cette épineuse question.

Que comprendre par « critiquer un film » ?

Olivier Barlet : Savoir ce que c’est que la critique, c’est savoir ce que c’est que le cinéma, ce que c’est qu’un film. Il y a plusieurs types de films, du divertissement à la réflexion, qui peuvent d’ailleurs cohabiter dans le même film. Mais dans les deux cas, un film ne m’intéresse que s’il se formule comme une question et pas comme une solution. Je n’ai absolument pas envie qu’on me dise ce que je dois penser.

Ensuite, tout écrit, comme tout film, est subjectif, heureusement. L’objectivité serait un discours s’affichant comme vrai alors que la vérité est personnelle ou bien religieuse. Comme le souligne la philosophe des images Marie-José Mondzain, le mot critique vient du grec krisis qui veut dire la distinction, la séparation, la clarification, par opposition à krasis qui veut dire la confusion, le mélange. Et certainement pas du grec krima qui veut dire le jugement, le verdict. Il ne s’agit pas de dire « c’est bien, c’est mal » mais de partager en quoi le film me parle, ce qu’il me suggère, comment je comprends la question qu’il pose, et bien sûr aussi d’énoncer mes réticences si elles existent, en les justifiant. Etre critique, c’est prendre la parole, en s’appuyant sur sa culture et sa connaissance. Pour donner la parole à ceux qui lisent ou écoutent, les inviter à réagir, à débattre. C’est au fond construire une liberté.

Krisis veut dire la crise, celle qui est dans le film parce qu’il nous bouscule. L’art qui ne dérange pas n’est pas de l’art. C’est en cela qu’il propose un débat, appelle des éclairages multiples.

Ainsi présenté, tout le monde est critique de cinéma, à partir du moment où il commence par donner son avis sur un film ? Ou il faut être expérimenté ?

Olivier Barlet : Ce n’est pas une histoire d’expérience. C’est une histoire d’être clair avec soi-même et de bien comprendre son rôle. Ce n’est pas une question d’expérience mais c’est quand même une question de culture. La culture, on peut en avoir à n’importe quel âge, parce que c’est une ouverture d’esprit. Mais en permanence, il y a un travail. On est sans cesse confronté à des endroits où on hésite, où on n’est pas au clair, parce qu’il manque tel ou tel élément. Dès lors, c’est de la formation permanente, des lectures. Je lis ainsi beaucoup de philosophie pour nourrir mes écrits.

Mais à l’heure où nous avons peu de salles de cinéma et de festivals, comment les jeunes peuvent-ils avoir cette culture, cette expérience ?

Olivier Barlet : On fait avec ce qu’on a. Il y a internet déjà. On y trouve plein de critiques, plein d’articles très fondés sur tous sujets. Personnellement, je lis plein de critiques pour élargir ma vision, tout en essayant de ne pas en lire avant d’écrire sur un film particulier pour garder mon autonomie de réflexion.

La critique cinématographique en Afrique s’en trouve-t-elle renouvelée ?

Olivier Barlet : Oui, elle se renouvelle. Il y a une génération qui émerge et une structuration qui s’opère autour de la Fédération africaine de la critique et son site africine.org. Peut-être faut-il différencier une nouvelle génération d’excellents journalistes qui documentent le secteur et ceux qui s’adonnent vraiment à la critique et qui ont par contre du mal à trouver un espace médiatique. Etre critique demande en outre une certaine distance avec les réalisateurs pour garder sa liberté de ton. Et il y a une nouvelle génération qui arrive et cela me fait très plaisir car je me suis beaucoup engagé dans la formation.

Perpétue Houéfa AHOMAGNON

Diplômée en journalisme audiovisuel, j'ai découvert après mon cursus universitaire, l'univers des blogs, de la rédaction web. Depuis, je me suis presque auto-formée dans le domaine. Des formations par ci par là, des cours en ligne, tout ce qu'il faut pour me perfectionner et utiliser ces nouveaux médias pour atteindre mes objectifs. Je suis en fait une passionnée des nouveaux médias, des femmes, des jeunes, de la vie au niveau local. Je suis intéressée par les sujets sur l'Afrique, sur la situation des femmes et des enfants sur le continent mais aussi par le développement local. Et c'est ce que je traite à travers mes articles sur ce blog. " La confiance en soi est le premier secret du succès" Ralph Waldo