Afrique / Société : le lévirat, une pratique à la peau dure

Par le 01/10/2018 0 299 Views

En Afrique, la femme, dès son mariage devient la propriété de sa belle-famille. Surtout quand la dot a été donnée à cette dernière. Etant donnée cette appartenance, la femme se voit obligée après la mort de son époux ou l’infertilité de ce dernier, de se remettre en couple avec un membre de la famille de son époux. Cette pratique appelée le lévirat, continue d’exister de nos jours malgré la résistance que lui opposent de plus en plus les femmes et les lois promulguées dans ce sens.

Samedi 15 septembre 2018, le cri de Faty Dramane, vient d’alerter ses voisins de cette maison située aux alentours de l’université d’Abomey-Calavi. La raison de ce cri : l’appel téléphonique qu’elle vient de recevoir, l’a informé du remariage de sa mère. En effet, Faty d’origine Burkinabé, a perdu son père en juin 2018. Le conseil de famille vient de se réunir à Gao dans la province de Ziro située au centre-ouest du Burkina Faso. La maman de Faty, devra se mettre en couple avec le petit frère de son défunt époux. Si elle oppose un refus, elle se fera chasser de la maison de son époux, perdra tous les biens de son époux ainsi que ses enfants. Consternée et horrifiée, elle vient d’appeler sa fille pour avoir une idée du comportement à tenir.  Faty, tout en pleurs nous explique que le lévirat est une tradition très pratiquée au Burkina-Faso.

Le lévirat est, pour, le professeur Hubert Topanou, cité par le site afrique-gouvernance.com, « une pratique culturelle qui consiste à donner en mariage les veuves à l’un des frères de l’époux défunt parfois même à ses fils ainés issus de premiers mariage ». Les femmes se voient imposer cette pratique dans les familles pour ne pas selon la belle-famille perdre l’héritage du défunt ou pour perpétuer sa lignée. L’argument avancé pour justifier cette pratique est, selon la sociologue ivoirienne Olivia Katy, le maintien de la dot dans la famille de l’époux défunt. Mieux, il est dit que « les enfants issus du lévirat portent le nom du mari initial défunt ».

Vu sur internet
le lévirat attriste les Femmes

Le revers de cette pratique

Geneviève A. est Togolaise. Il y a dix ans, elle a perdu son mari Damien dans un accident. Ils avaient trois enfants ensemble. A la mort de son mari, la famille a décidé de la marier à Firmin, le frère cadet de son mari. Sous la contrainte, elle a accepté rejoindre son nouveau foyer et avoir une rivale puisque Firmin était déjà marié. Le regard vide, elle nous raconte : « durant ce second mariage forcé, j’ai eu deux enfants avec Firmin. Mais ce fut un mariage sans repos. Entre disputes et rivalités, j’ai fini par décider de quitter mon second foyer au risque de tout ce qui suivra ». La famille au vu des désaccords entre elle et son second mari, a accepté ne plus la remarier mais aussi de la loger dans la maison de son premier mari défunt. Soulagée mais aussi très amère, elle vit dans cette maison depuis trois ans où elle éduque ses nouveaux enfants tant bien que mal. « J’aurais dû refuser ce mariage dans le temps. Mais, mes premiers enfants étaient en bas âge. J’avais besoin d’aide pour les éduquer et les élever » regrette-t-elle. « Je suis ressortie de ce mariage complètement meurtrie et vide. Pire je fais face tout seule aux charges actuellement » nous confie-t-elle avant de murmurer pensante « je me demande si la mort de mon défunt mari est naturelle. Si son frère n’y a rien à avoir puisqu’il m’avait courtisé dès mon arrivée dans cette famille ».

Pour jouir très tôt de ce droit coutumier, certains frères ou même fils utilisent des pratiques mystiques pour éliminer le mari initial. La sociologue Olivia Katy nous explique que ce sont là les inconvénients de cette pratique très courante en Afrique. Des familles sont divisées, des frères se renient. « Ils sont nombreux à perdre la vie dans cette bataille » nous confirme-t-elle. Une bataille qui n’est pas souvent de l’avantage de la femme.

Si Dame Geneviève n’a que des soupçons sur les raisons de la mort de son époux, dame Mariam, Yoruba du Nigéria, elle, en est sure. Pour elle, la mort de son mari arrivée prématurément n’est pas naturelle. « Le fils ainé de mon mari en est pour quelque chose » assure-t-elle le regard déterminé. J’ai été mariée dans la fleur de l’âge. Dès mon arrivée, nous narre t’elle « le fils ainé de mon mari a commencé par me faire des avances. Face à mon refus, les menaces ont commencé. J’ai informé mon mari qui a convoqué une réunion. Ce fut un jour difficile parce que c’était ma parole contre celle de mon beau fils. Mon mari m’a soutenu jusqu’à la fin. Peu après cette réunion, mon mari a été retrouvé mort poignardé ». Un drame qui m’a laissé veuve poursuit-elle. La famille a décidé de me marier à mon beau fils. J’ai dû refuser, j’ai pris mes enfants et nous avons fuis du Nigéria.

Ce récit n’est pas différent de ceux de plusieurs femmes qui ont été contraintes de vivre le lévirat. Mais malgré le tort que cette pratique cause aux femmes, les pays africains n’ont pas mis en place une politique solide pour lutter contre cette tradition à la peau dure. Au Bénin, le lévirat est supprimé par le code de la famille mais dans les faits, la pratique subsiste toujours dans les milieux ruraux. Des campagnes de sensibilisation sont cependant organisées par des organisations non gouvernementales qui luttent pour le droit des femmes. Au Niger par exemple, les militants des droits de l’Homme et les Organisations féminines ont adopté un plan de plaidoyer pour une élimination progressive du lévirat en tant qu’institution qui dénie certains droits aux veuves. Reste à la faire accepter par les familles.

En attendant, la mère de Faty Dramane devra prendre une décision. Epousera-t-elle son beau-frère ou opposera-t-elle un refus au risque de se faire renvoyer de la maison de son défunt époux ?

Perpétue Houéfa AHOMAGNON

Diplômée en journalisme audiovisuel, j'ai découvert après mon cursus universitaire, l'univers des blogs, de la rédaction web. Depuis, je me suis presque auto-formée dans le domaine. Des formations par ci par là, des cours en ligne, tout ce qu'il faut pour me perfectionner et utiliser ces nouveaux médias pour atteindre mes objectifs. Je suis en fait une passionnée des nouveaux médias, des femmes, des jeunes, de la vie au niveau local. Je suis intéressée par les sujets sur l'Afrique, sur la situation des femmes et des enfants sur le continent mais aussi par le développement local. Et c'est ce que je traite à travers mes articles sur ce blog. " La confiance en soi est le premier secret du succès" Ralph Waldo