Trafic et travail des enfants : la Côte d’Ivoire dans une grande lutte

Par le 12/05/2019 0 41 Views

Le trafic et le travail des enfants sont un des plus grands fléaux qui touchent les familles des couches vulnérables dans plusieurs pays notamment en Afrique occidentale. Malgré la lutte farouche que mènent les pays et les organisations internationales, le phénomène semble ne pas disparaître. Vu comme un moyen de subvenir à leurs besoins élémentaires, les familles démunies n’hésitent pas à mettre leurs enfants dans le trafic pour des travaux forcés. Et aux frontières des pays, le trafic et le travail des enfants sont légions.

« Il n’y a pas beaucoup d’enfants qui s’adonnent à la vente ici ! » s’étonne Aline, une des passagères d’un bus qui assure la liaison Cotonou-Accra, et qui a pris départ de la capitale béninoise, le vendredi 10 mai 2019. Dame Aline fait référence, dans sa déclaration à la ville de Noé, frontalière du Ghana et de la Côte. Nous sommes le samedi 11 mai 2019 et comme plusieurs bus, celui de la compagnie ghanéenne que nous avons emprunté se prête aux fouilles obligatoires des douanes frontalières.

Avec célérité, les douaniers procèdent à la fouille des bagages. Chaque voyageur se présente devant son sac pour la fouille. Face à notre bus, la fouille ne prendra que quelques minutes. « C’est un bus de voyageur ça se voit. On ne va pas y passer trop de temps comme on le ferait pour un bus de commerçants. Je vais vous rédiger rapidement le laisser passer et vous irez visiter Petit Paris » dit avec sourire et fierté le douanier qui a supervisé la fouille de notre bus. Et pourquoi Petit Paris interrogera un des passagers. Le douanier expliquera toujours avec fierté qu’Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire, est surnommée ainsi parce que toutes les ethnies, tous les pays y sont représentés. « Tous se côtoient et vivent ensemble dans la paix. Et nous avons de grands immeubles, de grandes artères, de belles cités, des routes aux normes. Je ne vous dis pas plus, allez y voir » dit-il avant de s’élancer vers son bureau pour la rédaction du laisser passer.

Pendant ce temps, en remettant les bagages à leurs places, les dockers demanderont de l’argent aux passagers pour chaque bagage. Consterné, un des passagers demandera une justification. « Pourquoi dois je payer alors que votre patron a affirmé que c’est bon ? ». Pour ne pas faire face à une discussion qui leur portera préjudice, les dockers calmeront le passager en expliquant que c’est juste pour arrondir leurs fins du mois. Calmés et compréhensifs, certains passagers leur donneront qui un billet de 500, qui un de 1000 fr cfa. Après s’être rassurés que tous les bagages sont en place, nous nous dirigerons vers d’autres agents de la frontière pour la vérification de nos pièces d’identités et de nos carnets de vaccination. Ceux qui ne sont pas à jour pour la vaccination, payeront sur place la somme de 2500fr CFa pour recevoir le vaccin de méningite. Après quoi, nous traverserons la route pour attendre le bus un peu plus loin.

Les enfants sont exploités dans les champs de cacao sans rémunération
photo: Blasting News

L’imprévu…

20 minutes déjà qu’avec nos voisins de bus, nous attendons notre bus de l’autre côté. Alors que dans une discussion, on constate que les vendeurs et vendeuses à la frontière Noé sont surtout des personnes un peu plus âgées, contrairement à Hilacondji, frontière Bénin-Togo, un autre passager remarquera que le bus tarde à venir alors que 3 autres bus sont déjà partis. Alertés, on se rend compte qu’ils manquent 5 passagers du bus. Il s’agit de deux petits garçons et de leurs accompagnateurs. Alors que chaque passager tente une explication, nous nous approchons d’un agent de la douane pour comprendre. « Ne saviez-vous pas qu’il y avait des enfants sans papiers dans votre bus ? » nous répond-t-il tout énervé. Face à notre stupéfaction, il nous explique que deux jeunes garçons mineurs de notre bus sont sans papier. Après fouille et interrogatoire à leurs accompagnateurs, « nous nous sommes rendus compte que nous sommes face à un trafic d’enfants. Les enfants veulent être envoyés à Abidjan pour travailler sur des chantiers de construction. Nous n’acceptons pas ça en Côte-d’Ivoire » nous confie-t-il sans décolérer.

Dans nos investigations, nous apprenons que les enfants n’ont aucun papier sur eux. Le chef patron, ayant confié les enfants à trois de ses apprentis a déjà pris un autre bus dans la semaine pour se rendre sur place à Abidjan. Il sera appelé pour fournir une explication. Mais ses explications ne convaincront pas les agents de la douane et de la police qui refuseront de laisser partir les enfants et leurs accompagnateurs mais aussi le bus qui les transportait.

Pendant plus de 4 heures, nous resterons donc à la frontière de Noé à suivre l’évolution de la situation. Au même moment, d’autres passagers feront face à une dame qui essaie de les escroquer en demandant de payer pour les autres enfants. Se cachant sous le titre d’assistance sociale, elle essaie d’intimider des passagers en demandant à voir les papiers des autres enfants ayant déjà passés le contrôle avec leurs papiers en règle. Face à la vigilance de l’un des passagers qui demande à voir ses papiers d’assistance sociale, la dame prendra la fuite.

Elles ont droit à l’éducation
Image: cosmopolitan.fr

Une lutte qui paie…

« En Côte d’Ivoire, c’est zéro tolérance pour le trafic des enfants. Leur place est à l’école et il ne faut pas leur voler leur enfance » déclarait la ministre ivoirienne en charge de l’enfant, Bakayoko-Ly Ramata en décembre 2018 alors qu’elle allait porter assistance à neuf mineurs burkinabè, victimes de trafic d’enfants à Aboisso. Sur le plan international comme national, la Côte d’Ivoire a souscrit à plusieurs engagements et a pris plusieurs décrets et arrêtés pour permettre aux enfants de jouir de leurs pleins droits.  Des comités et cellules ont été mis en place pour lutter contre le trafic et le travail des enfants tel que le Comité National de lutte contre le trafic et l’exploitation des enfants. Mais la lutte est loin d’être gagnée.

Première productrice mondiale de cacao, la Côte d’Ivoire fait quand même plus souvent face au phénomène de travail des enfants. Selon le site afrique-sur7.fr, des enquêtes révèlent la présence d’enfants esclaves dans la chaîne de production des fèves brunes. Des enfants ayant entre 12-14 ans travaillent dans ces plantations comme esclaves. France info révèle qu’il serait entre 300 000 et un million d’enfants à travailler dans le cacao ivoirien. « Ces enfants achetés tout au plus à 230 euros soit 150 000 fr cfa par individu constituent une main-d’œuvre bon marché parce que travaillant dans les plantations sans rémunération » informe le site afrique-sur7.fr. Le site rappelle que la première dame ivoirienne Dominique Ouattara en sa qualité de Présidente du Comité national de surveillance contre la traite et le travail des enfants, a fait de ce fléau son cheval de bataille. Des campagnes de sensibilisation sont organisées par ledit comité. Mais aussi une destruction des champs dans les forêts classées de l’ouest ivoirien exploitant des enfants est souvent organisée. « Mais la tâche s’avère difficile face à une mafia opérant dans les pays frontaliers. Elle a fait du trafic d’enfants vers la Côte d’Ivoire un marché juteux » nous apprend France info.

Les passager reprennent le bus après 5 heures de retard

A Noé, ce samedi 11 mai, avec 5 heures de retard, notre bus reprend la route vers Abidjan. Sans les enfants et un des accompagnateurs. Ils sont retournés vers le Bénin, nous apprend plus tard le douanier, joint au téléphone par nos soins. « Nous avons donné des instructions pour que la police béninoise reprenne l’affaire » nous apprend-t-il.

De notre côté, sous les coups de 18 heures, nous voici à Petit Paris. Une ville que nous vous ferons découvrir, le temps d’un séjour. En attendant, disons-nous « Akwaba à Abidjan !! »

Perpétue Houéfa AHOMAGNON

Diplômée en journalisme audiovisuel, j'ai découvert après mon cursus universitaire, l'univers des blogs, de la rédaction web. Depuis, je me suis presque auto-formée dans le domaine. Des formations par ci par là, des cours en ligne, tout ce qu'il faut pour me perfectionner et utiliser ces nouveaux médias pour atteindre mes objectifs. Je suis en fait une passionnée des nouveaux médias, des femmes, des jeunes, de la vie au niveau local. Je suis intéressée par les sujets sur l'Afrique, sur la situation des femmes et des enfants sur le continent mais aussi par le développement local. Et c'est ce que je traite à travers mes articles sur ce blog. " La confiance en soi est le premier secret du succès" Ralph Waldo