Lutte Sénégalaise : Au delà d’un sport, une pratique culturelle

Par le 08/06/2018 0 60 Views

Au départ, la lutte au Sénégal était un jeu, un passe temps entre paysans, et/ou pêcheurs pour célébrer la fin des récoltes et de la pêche chez les ethnies Sérères et Diolas. Mais depuis sa professionnalisation, ce sport est devenu très prisé et draine un grand monde à chaque compétition.

 

Une pratique ancestrale

Encore appelée « Lamb » en Wolof (langue sénégalaise), la lutte sénégalaise est un sport très populaire au Sénégal, qui se déroulait après la saison des pluies et opposait les lutteurs de villages environnants dans des championnats appelés « mbaapat ». Ce jeu à caractère folklorique, avait pour but de mesurer la force des hommes et de désigner le champion du village. Le vainqueur du tournoi pouvait remporter avec lui du bétail, des céréales et autres biens en jeu.

Mais au fil des années, ce sport amateur est devenu professionnel. C’est surtout dans les années 70 que cette lutte s’est professionnalisée et s’est implantée dans les villes. Encore appelé « La lutte avec frappe », ce sport va se cristalliser en donnant forme aux premières arènes de combats et la mise en place de règlement écrit pour définir les règles régissant ce jeu devenu professionnel, grâce au Comité National de la Gestion de lutte (CNG). Les cachets qui étaient autrefois des lots en nature, ont évolué. Avec aussi l’avènement du lutteur Mouhamed Ndao communément appelé « Tyson », la lutte a pris son envol pour devenir un sport professionnel avec des cachets s’élevant à des millions de francs. Aujourd’hui, un lutteur sénégalais signe jusqu’à 100millions de F CFA pour un match.

Des lutteurs prêts pour le combat

Avec la professionnalisation de ce sport, la lutte a désormais des règles comme tout sport. Un combat dure quarante-cinq minutes (45′) en trois tiers temps avec des pauses de cinq minutes (5′). Le combat se termine dès qu’il y a une chute d’un des lutteurs. On considère qu’il y a chute lorsque la tête, les fesses ou le dos du lutteur touchent le sol. La victoire peut aussi être attribuée à un lutteur lorsque son adversaire ne présente plus les conditions physiques ou médicales aptes à la lutte. Cette victoire, les lutteurs la convoite avec passion et sont prêts à tout pour l’avoir.

 

Les rituels, le moment culte

Malgré son caractère sportif, « la lutte intègre une dimension culturelle et folklorique qui met en œuvre au travers d’animations la tradition culturelle mais aussi les us et coutumes du pays de la Téranga ». Tout un arsenal qui met en avant la culture du pays. Si chaque compétition est accompagnée de chants et danses traditionnels du pays, les lutteurs en quête de victoire utilisent aussi des pratiques propres à ce pays pour s’assurer cette victoire qui leur « donne de la prestance mais aussi de la célébrité ».

 

Avant chaque compétition, le cortège des marabouts accompagnant les athlètes dans l’arène de la compétition, viennent cristalliser des prières salvatrices censées donner la victoire à leur protégé qui arbore des gris-gris (talisman) de même que des prises de bains rituels. Avant chaque affrontement le lutteur se livre au « bàkk » qui consiste à chanter ses prouesses en vue d’intimider l’adversaire et de séduire son public en dansant au rythme du tam-tam. Chants, également entonnés par les griots et griottes attitrés, qu’on appelle alors « ndawràbbin ». Le rôle du marabout de chaque écurie est « de protéger le lutteur contre le mauvais sort et contre les génies qui apprécient particulièrement les héros ».

Le bain Mystique

Cette pratique dans ce sport est devenue chose normale malgré la forte croyance de ce pays à 95% musulmans. Pour les sénégalais et surtout pour les lutteurs et responsables d’écurie « pour gagner un combat, c’est toute une chaîne, et la mystique ne constitue qu’une infime partie dans la préparation. Mais sans la mystique, la lutte serait fade et n’aurait pas de sens ».

 

La lutte au Sénégal actuellement, c’est plus d’une centaines d’équipes appelés encore écuries, plus de 3500 lutteurs professionnels, un business qui rend milliardaires ces pratiquants. Mais au delà de tout, elle reste une pratique entièrement sénégalaise.

Perpétue Houéfa AHOMAGNON

Diplômée en journalisme audiovisuel, j'ai découvert après mon cursus universitaire, l'univers des blogs, de la rédaction web. Depuis, je me suis presque auto-formée dans le domaine. Des formations par ci par là, des cours en ligne, tout ce qu'il faut pour me perfectionner et utiliser ces nouveaux médias pour atteindre mes objectifs. Je suis en fait une passionnée des nouveaux médias, des femmes, des jeunes, de la vie au niveau local. Je suis intéressée par les sujets sur l'Afrique, sur la situation des femmes et des enfants sur le continent mais aussi par le développement local. Et c'est ce que je traite à travers mes articles sur ce blog. " La confiance en soi est le premier secret du succès" Ralph Waldo